Jacky Hildenbrand : « Ça s'est vraiment passé comme ça » à la CCOG
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Jacky Hildenbrand : « Ça s'est vraiment passé comme ça » à la CCOG

Pierre-Yves CARLIER
Léon Bertrand, hier au deuxième jour du procès en appel des marchés publics de la CCOG (PYC)
Léon Bertrand, hier au deuxième jour du procès en appel des marchés publics de la CCOG (PYC)

Hier, au deuxième jour du procès en appel de Léon Bertrand, le chef d'entreprise a raconté comment il a obtenu deux chantiers dans l'Ouest en échange d'enveloppe. Pour l'entourage du maire de Saint-Laurent, « c'est faux » .

Coup de tonnerre, hier matin à la cour d'appel de Fort-de-France. Jacky Hildenbrand est apparu, au deuxième jour du procès de Léon Bertrand. Ce chef d'entreprise est soupçonné d'avoir donné des enveloppes aux proches du maire de Saint-Laurent, afin de décrocher des marchés de la communauté de communes de l'Ouest guyanais (CCOG). Il ne s'était jamais présenté au premier procès, il y a un an, et avait écopé d'une peine d'un an de prison ferme, dont il a fait appel.
Pendant l'enquête, il avait avoué avoir donné des enveloppes. Des aveux renouvelés hier, qui accusent explicitement l'entourage de Léon Bertrand d'avoir truqué les marchés publics en échange de grosses sommes d'argent.
« UNE FOIS 10 000, UNE FOIS 25 000 »
Aujourd'hui, que dit-il, Jacky Hildenbrand ? « Je n'ai versé que deux fois. Une fois 10 000 euros et une fois 25 000 euros. [...] Vous dire, quinze ans après, si c'était en février ou mars, je ne sais plus. Mais j'ai retiré les 25 000 euros à la Poste, enfin ma femme... et j'ai eu le marché. C'était pour le centre multiservices d'Awala-Yalimapo. Les 10 000 euros, c'était pour le centre multiservices de Maripasoula. À aucun autre moment, je n'ai été sollicité par (Augustin) To-Sah. »
Debout à ses côtés, l'ancien directeur de la CCOG se récrie : « C'est faux. » Jacky Hildenbrand persiste : « M. To-Sah, c'est à vous que j'ai remis l'argent, dans les conditions que j'ai dites, à l'endroit que j'ai dit. » Augustin To-Sah ne se laisse pas faire : « Je le redis avec force : c'est totalement faux. »
ME LIGER : « IL DIT N'IMPORTE QUOI »
Ces déclarations, qui lui vaudront sans doute d'être condamné lorsqu'il sera rejugé, Jacky Hildenbrand les a déjà faites durant l'enquête. Il est le troisième chef d'entreprise à accuser l'entourage de Léon Bertrand, après Abongo Adam et François Combelles. Mais Didier Liger, l'avocat d'Augustin To-Sah Be-Nza, promet de « démontrer que ces trois personnes ont menti. Abongo Adam a dit l'an dernier que c'était faux. La preuve a été apportée que François Combelles a menti (sur la date de remise de 30 000 euros à son client). Les déclarations de Jacky Hildenbrand sont à géométrie variable. C'est un Monsieur qui dit n'importe quoi. » En effet, tout comme François Combelles s'était emmêlé les pinceaux, l'an dernier, dans les dates auxquelles il aurait remis des enveloppes, les déclarations de Jacky Hildenbrand n'ont pas été limpides, hier. Il décrit tantôt une scène où il remet 25 000 euros à Augustin To-Sah dans un restaurant, une autre où il donne 10 000 ou 9 700 euros à l'ingénieur Jean Pradié chez lui, une troisième où Richard Cheung-A-Long, le cousin et ancien directeur de cabinet de Léon Bertrand, passe chercher 20 000 euros à son bureau. Les avocats des mis en cause s'engouffrent dans les imprécisions comme dans autant de brèches. Augustin To-Sah Be-Nza est persuadé que Jacky Hildenbrand l'accuse pour masquer des ententes qu'il aurait nouées avec d'autres entreprises et des agents fonctionnaires indélicats pour « frauder » la CCOG. Jacky Hildenbrand est au bord des larmes.
CHÔMEUR, MALADE, COCU
À la tête de deux entreprises avant son arrestation, il a tout perdu. Il ne travaille plus. Le diabète lui attaque les pieds. Il a découvert dans les procès verbaux puis dans la presse que sa femme était la maîtresse de Myrtho Fowel, le directeur financier de la CCOG dont la disparition a déclenché l'enquête. « J'ai même lu que j'étais un alcoolique. »
Face à ceux avec qui il a travaillé pendant des années, il tente de se contenir. Il redit à Jean Pradié l'admiration qu'il avait pour sa connaissance du secteur du bâtiment. Lors d'une suspension de séance, l'ingénieur ne peut réprimer un geste complice à celui qui l'accuse. Jacky Hildenbrand le fixe, les larmes aux yeux, la bouche tordue : « Désolé. » Avant d'ajouter : « Ça s'est vraiment passé comme ça. »
L'ancien chef d'entreprise Jacky Hildenbrand a affirmé avoir versé deux fois des pots de vin pour obtenir des chantiers. (PYC)
L'ancien chef d'entreprise Jacky Hildenbrand a affirmé avoir versé deux fois des pots de vin pour obtenir des chantiers. (PYC)
Les couples Bertrand et Le Navennec, en compagnie de Me Kelidjian, hier. (PYC)
Les couples Bertrand et Le Navennec, en compagnie de Me Kelidjian, hier. (PYC)
L'ancien directeur de la CCOG (au second plan) et son avocat Didier Liger (au premier plan). (PYC)
L'ancien directeur de la CCOG (au second plan) et son avocat Didier Liger (au premier plan). (PYC)
L'architecte Jean-Pierre Lassalarié (à droite) et son avocat Nicolas Bonfait. (PYC)
L'architecte Jean-Pierre Lassalarié (à droite) et son avocat Nicolas Bonfait. (PYC)
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