« Honnêtement, on ne s'attendait pas à tomber sur aussi gros. » Une source judiciaire commentait ainsi le dossier la semaine dernière. Au départ, la douane a dans le viseur le gérant d'une entreprise qui revend des véhicules d'occasion, Auto Plus, situé route de la Madeleine à Cayenne. Pendant six jours, les douaniers surveillent Gérard Vittorelli, un Lyonnais de 48 ans. Il est connu sous le surnom d'Angelo. Lundi 10 février, vers 11 heures, la douane l'interpelle dans sa voiture, « arme à la main » , à deux pas de la Poste de Baduel. Dans le coffre de la voiture, les policiers trouvent une valise. Dans son double fond, se cachent 2,5 kilos de cocaïne. Sur le chef d'entreprise, les enquêteurs trouvent 9 200 euros. « Cet argent provenait de la vente d'un véhicule d'occasion et du fonds de caisse » , explique un de ses deux avocats, Me Rudy Constant. L'homme a été remis à la police judiciaire. « C'EST L'AUTRE QUI L'A MISE DANS LE COFFRE »
Pendant toute la garde à vue, il est resté silencieux. Au terme des quatre jours passés à la PJ, il a été présenté à une juge d'instruction et mis en examen pour trafic de stupéfiants en bande organisée et placé en détention provisoire. Me Constant nous expliquait la semaine dernière que la valise retrouvée dans le coffre du gérant ne lui appartenait pas. Il aurait rendu service à un client qu'il connaît « depuis cinq ou six ans » . « On lui a demandé de la garder. [...] Il l'a regardée, elle était vide. » Étrange quand même qu'il n'ait pas remarqué qu'elle était un peu lourde pour une valise vide. « Il ne l'a pas portée. C'est l'autre qui l'a mise dans le coffre. » L'« autre » en question, c'est le second suspect, Guibens Hyacinthe. Ce Guyanais de 29 ans, est militaire depuis neuf années. Caporal-chef, il est cuisinier à la base aérienne. Lui aussi a été mis en examen, vendredi dernier, pour le même motif. Il a demandé un délai pour préparer sa défense. Il a été incarcéré vendredi mais c'est avant-hier soir que la juge des libertés et de la détention l'a placé en détention provisoire « pour une durée de quatre mois » . Contrairement à Gérard Vittorelli, il a répondu aux questions des enquêteurs, selon son avocat, Me Jérôme Gay. Le militaire rejette la faute sur l'entrepreneur. Qui le lui rend bien. Le caporal-chef a dit à la juge des libertés et de la détention : « J'ai rendu service et je me retrouve lié à cette histoire. » UN PATRIMOINE DE 500 000 EUROS
Jusqu'ici, personne ne sait d'où vient cette drogue ni ce qu'elle faisait dans le coffre de Gérard Vittorelli. On ne sait pas non plus pourquoi le chef d'entreprise a accepté de conserver un bagage supposé vide dans son coffre. Une valise venant d'un client qu'il ne connaissait pas plus que ça. Une source croit savoir que Gérard Vittorelli aurait chargé Guibens Hyacinthe d'aller acheter la cocaïne du côté de Balata. Il lui aurait donné pas loin de 10 000 euros pour cette mission. Évidemment, l'intéressé nie. Il dispose d'un beau patrimoine : 500 000 euros, a-t-il dit à la juge. Me Jérôme Gay, devant cette même juge, a parlé de « 250 000 euros » répartis « sur une douzaine de comptes » . Ce sont là des revenus que la justice trouve suspects. QUATRE EMPLOYÉS AU CHÔMAGE TECHNIQUE
L'intéressé se défend en expliquant que cet argent provient de la vente des véhicules d'occasion. Il ajoute qu'il dispose aussi d'une société immobilière. Au sein de la première, il emploie quatre salariés. Aujourd'hui, la société en question est fermée et les employés sont au chômage technique. Pour le ministère public, l'entrepreneur serait passé par le militaire pour accéder à des fournisseurs de cocaïne. Si cette thèse est vraie, que faisait-il ensuite de la drogue ? Était-ce la première fois ? Et surtout : y a-t-il d'autres complices à retrouver ? Ce matin, à 11 heures, les deux avocats de Gérard Vittorelli vont tenter de convaincre les juges de la cour d'appel de le remettre en liberté. Cette audience, se fera en l'absence du chef d'entreprise, qui restera en prison. Hier soir, l'avocat de Guibens Hyacinthe annonçait qu'il avait lui aussi fait appel. Le général Philippe Adam, chef des soldats de Guyane, expliquait de son côté que du point de vue militaire, Guibens Hyacinthe demeurait « présumé innocent. Mais nous allons lancer une commission d'enquête qui rendra sa décision. » Les éventuelles sanctions seront prises à l'issue de cette procédure par l'état major des armées.
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