Arrêté anti-mendicité : une mesure qui divise
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CAYENNE

Arrêté anti-mendicité : une mesure qui divise

Karin SCHERHAG
L'arrêté anti-mendicité ne concerne que le centre-ville (PR & KS)
L'arrêté anti-mendicité ne concerne que le centre-ville (PR & KS)

Signé par le maire le 14 novembre, cet arrêté interdit aux SDF de faire la manche dans les rues du centre-ville aux heures d'ouverture des magasins.

Promis aux quelque cent dix commerçants signataires d'une pétition qui dénonçait les problèmes d'insécurité liés à la présence de sans domicile fixe (SDF) dans le centre de Cayenne, l'arrêté anti-mendicité est officiellement entré en vigueur le 14 novembre. Soit un mois et demi après l'annonce du maire, Marie-Laure Phinéra-Horth. Il interdit « de se livrer à toute forme de sollicitation ou appel à la quête de nature à entraver la libre circulation des personnes, la commodité du passage dans les voies et espaces publics, l'accès aux immeubles et aux commerces, et de manière générale, de porter atteinte par ces comportements au bon ordre, à la tranquillité et à la sécurité publiques » . Les problèmes de « salubrité » sont aussi mis en avant.
Conformément à la loi, cet arrêté est « limité dans le temps et dans l'espace » , précise Patrick Johannes, directeur de la sécurité de la ville de Cayenne. La mendicité est donc bannie des rues de 9 à 13 heures puis de 16 à 20 heures (ce qui correspond aux heures d'ouverture des commerces) et dans un périmètre bien précis englobant les grands axes du centre historique. Cette interdiction ne s'applique ni les dimanches, ni les jours fériés, sauf en cas d'ouverture exceptionnelle des magasins. Objectif affiché : endiguer « la désertion du centre-ville » .
Les contrevenants s'exposent à une amende de première classe (38 euros). Mais aucun SDF n'a encore été verbalisé. « C'est tout nouveau » , souligne Patrick Johannes. Les principaux intéressés semblent même ignorer cette loi. À l'instar de Divindra, dans la rue depuis la perte de son emploi de crevettier, en 2006. « C'est bien, lâche-t-il quand on lui annonce la mise en place d'un tel arrêté. Il y a beaucoup de gens dangereux. Ils font la manche et s'ils n'obtiennent pas ce qu'ils veulent, ils insultent les passants. Moi, je fais très peu la manche. Les gens me connaissent et m'offrent à manger ou à boire. »
Quelques minutes plus tard, une jeune femme va lui donner raison : en sortant de l'épicerie voisine, elle s'arrête et lui tend une brique de jus de fruits. Divindra reprend le fil de sa pensée : « Si la manche est interdite, ils (les SDF) vont voler ou pire encore. Donc en fait cet arrêté n'est pas une bonne idée. » Très à la mode dans l'Hexagone, ce genre d'arrêté fait débat. Les associations de lutte contre la pauvreté dénoncent unanimement « l'inutilité » de ces mesures qui visent à « déplacer la misère, à l'expulser du centre-ville. »
Dans les rues de Cayenne, cette mesure divise. « La ville appartient à tout le monde » , déclare Sanogo. Un peu plus loin, Yolande est septique : « C'est une bonne chose mais je ne pense pas que ce soit respecté. Les piétons sont toujours importunés. Il faudrait plus de contrôles. » Visiblement très pressée, une autre dame lance : « C'est bien de faire ça mais maintenant il faut créer des structures d'accueil. »
ET AUSSI : Les commerçants satisfaits
À l'origine du mouvement de protestation des commerçants, Natacha Chaya se dit « satisfaite » : « C'est déjà une première étape. Notre problème a été pris au sérieux » , commente la gérante d'un magasin de prêt-à-porter féminin de l'avenue de Gaulle. « Ce n'est pas suffisant mais ça prouve la bonne volonté de la municipalité. Il y a une nette amélioration depuis la réunion avec les commerçants (du 23 septembre). Les clients aussi sont contents, ils reviennent. Mais la mairie ne doit pas en rester là et doit poursuivre ses efforts. » Elle ajoute : « Est-ce que cet arrêté va résoudre tous nos problèmes ? J'en doute. Je ne crois d'ailleurs pas que Madame le maire puisse tout régler seule. Il faut que des organismes comme l'ARS (Agence régionale de santé) se mobilisent. On manque de structures de longue durée pour prendre en charge ces gens-là (les SDF, ndlr). Alors ils finissent toujours par revenir. »

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