Acte de piraterie sur une tapouille guyanaise
Les deux marins-pêcheurs de la « Montjolienne » ont été abordés par une coque aluminium avec à son bord quatre hommes armés. Après les avoir ligotés, ils les ont abandonnés en emportant tout le matériel.
La « Montjolienne » , une des six tapouilles de pêche aux poissons blancs de l'armateur Aland Soudine, est partie samedi pour cinq à six jours. À bord de cette embarcation d'une dizaine de mètres, deux marins expérimentés, le capitaine Paulo Ferrera Da Silva, 45 ans, et son fils Marlan Dos Santos Da Silva, 25 ans.
Alors qu'ils naviguaient au large des côtes de Kaw et de l'embouchure de l'Approuague, lundi vers 21 heures, ils ont été abordés par une coque aluminium qui avait à son bord quatre hommes armés. « Un des hommes avait une sorte de mitraillette » , souligne un des marins surpris alors qu'ils mangeaient. Un des agresseurs a attrapé de force le capitaine et ordonné aux deux hommes de se mettre à plat ventre et de les laisser faire. « En portugais. » Les deux marins-pêcheurs ont appliqué les consignes de leur armateur : « Ne pas résister, aussi il n'y a pas eu de violence mais ils ont été ligotés. »
Les pirates ont coupé le filet qui était à l'eau et ils ont dirigé la tapouille vers la mangrove au niveau de la pointe Akoupa. Là, ils ont pris le moteur, un 90 CV, la radio VHF, les téléphones portables et l'essence de réserve avant d'abandonner les deux marins ligotés. Il a fallu à ces derniers plusieurs heures pour réussir à défaire leurs liens et alerter par leurs cris les autres bateaux qui pêchaient dans cette zone.
« C'est la deuxième fois qu'un de mes bateaux est victime d'un tel acte. Le moteur avait à peine six mois, il ne coûte pas moins de 14 000 euros » , souligne l'armateur qui estime que le préjudice subi par cette agression dépassera les 20 000 euros.
Hier matin, dès 9 heures, il a rejoint, accompagné d'un gendarme maritime, la zone où était la « Montjolienne » pour la remorquer jusqu'à la marina de Dégrad-des-Cannes. Une opération qui a pris presque toute la journée. Ce matin, il déposera plainte auprès des gendarmes. Mais au-delà du préjudice matériel, il y a l'émotion suscitée par l'agression : « Deux bateaux devaient repartir. Ils attendent de voir désormais! Ceux qui sont en mer vont se regrouper pour passer la nuit, ils ne pêcheront pas. Il faut que les navires étrangers arrêtent de saccager la zone. Quand nous pêchons avec 2 000 mètres de filet, ils en ont plus de sept kilomètres avec des mailles de 80 à 100 mm au lieu des 140 mm de nos normes... »
Une lutte contre le pillage de la ressource halieutique que souligne également Jocelyn Médaille, président du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM). « Il faut un traitement de fond du problème. Nos eaux sont tellement infestées de bateaux étrangers que c'est une épidémie qui s'est installée et qu'il faut combattre. »
Un « traitement de choc » indispensable qui doit se faire avec l'État, et même si la coopération avec le Brésil et le Suriname sera difficile, « les eaux guyanaises doivent être respectées. C'est l'avenir de la ressource qui est en jeu. Il faut des solutions à long terme »
Le sénateur profitera de sa rencontre avec le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, prévue aujourd'hui, pour l'alerter « sur la nécessité d'entreprendre une action vigoureuse afin de restaurer de toute urgence l'État de droit en Guyane » et de lui demander « d'intervenir rapidement auprès des pays voisins, Brésil et Suriname, afin que soit garanti le respect du droit international » .
Le Président de Région, Rodolphe Alexandre, « condamne une fois de plus la multiplication et la radicalisation des actes de piraterie en mer, qui, au-delà de leur activité, mettent en péril l'intégrité, voire la vie des pêcheurs locaux » . Aussi il réitère son appel lancé au Premier ministre dans son courrier daté du 19 juillet pour que soient prises au plus vite, avant qu'un drame ne sur vienne, les décisions et les mesures qui s'imposent, qui permettraient aux professionnels de la pêche d'exercer leur activité dans des conditions minimales de sécurité.
Des « pirates » dans les eaux guyanaises
« La lutte contre la pêche illégale est une des priorités de l'État qui met tout en oeuvre pour sécuriser les zones de pêche et permettre ainsi aux marins-pêcheurs d'exercer leur métier sans risque » souligne la préfecture suite à cet acte de piraterie dans les eaux guyanaises.
« Malgré le survol par un hélicoptère de la gendarmerie de la zone où s'est produit l'accrochage et dans laquelle des informations concordantes indiquaient la présence de navires dans des criques non cartographiées, aucun bateau correspondant à la description des navires des « pirates » n'a pu être repéré » poursuit la préfecture qui rappelle que « des incidents de ce type avaient déjà été déplorés. Un dispositif renforcé a été mis en place, le 18 juillet dernier, pour lutter contre la pêche illégale dans notre département » .

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