Education : le « Choc des Savoirs » Acte 2
Ce mardi 12 novembre, Anne Genetet, la ministre de l'Éducation nationale a présenté les réformes de l'acte 2 du « Choc des Savoirs ». Parmi ces dernières, il y a la réussite obligatoire du brevet pour entrer au lycée.
L'opération du ministère de l'Éducation nationale qu'est le Choc des Savoirs se poursuit. Elle a pour objectif de relever le niveau dans le 2e degré (collèges et lycées), tout en renforçant l'exigence de manière graduée avec plus d'accompagnement pour l'obtention du brevet des collèges. Décryptage de ces mesures caractéristiques de cette opération.
Le brevet : passeport obligatoire pour le lycée dès 2027
À partir de juin 2027, le passage du Brevet des collèges sera obligatoire pour entrer au lycée. Cela concerne donc les élèves qui sont actuellement en 5e. Il faut par ailleurs noter qu'à partir de la prochaine saison scolaire (2025-26), son obtention deviendra plus difficile pour les élèves actuellement en 4e, puisque au lieu d'une répartition moitié-moitié entre l'épreuve finale et le contrôle continu, le ministère compte faire la répartition qui suit : 60% pour l'épreuve finale et 40 % pour le contrôle continu respectivement. Ce dernier ne comportera d'ailleurs plus vraiment l'évaluation du domaine de compétence (jugée très favorable pour l'élève), mais plutôt des notes obtenues tout au long de l'année scolaire. En cas de non-obtention du Brevet, l'élève n'entrera plus en 2nde, mais sera redirigé vers un CAP* ou une prépa seconde au lycée avec, à terme, 25 000 élèves dans celle-ci. En 2024, 13 % des candidats n'ont malheureusement pas obtenu le Brevet des collèges.
Des groupes de besoin en 4e et 3e
Autre réforme du Choc des Savoirs, les groupes de besoins pour les élèves de 4e et de 3e. Cette mesure consiste à mettre en place l'accompagnement renforcé pendant une heure par semaine en alternance dans les matières comme le français ou les mathématiques, afin de mieux les préparer aux épreuves du brevet. On peut constater qu'Anne Genetet poursuit la mesure lancée par son prédécesseur Gabriel Attal l'an passé pour les élèves de 6e et 5e, d'autant plus que son déploiement n'est pas encore tout à fait généralisé sur l'ensemble du territoire national. Entre 2023 et 2024, les résultats des évaluations nationales en 4e sont contrastés selon les matières : stables en mathématiques et en « recul » en français, de quoi inquiéter le ministère de l'Éducation nationale. 800 000 élèves de 4e et de 3e au minimum bénéficieront d'une heure de temps d'étude pour réaliser leur devoir, d'autant plus que les enseignants qui assureront cela seront rémunérés avec le pacte. Quant aux groupes de besoins en 6e et 5e, ils seront maintenus sur une heure entière. À noter enfin que le nombre de stages de réussite proposés durant les vacances scolaires aux élèves vont doubler, puisqu'ils passeront à 22 000.
Une épreuve anticipée de mathématiques en 1ère
Le lycée n'est pas en reste, puisque l'Éducation nationale cherche à faire revenir en force les mathématiques avec la mise en place, dès 2026, d'une épreuve anticipée destinée à tous les élèves de 1ère sur le modèle des épreuves de français. En revanche, le coefficient de cette épreuve n'a pas encore été défini. Des effectifs seront également créés avec l'ajout de 150 CPE (conseillers principaux d'éducation) et de 600 postes d'assistants d'éducation (surveillants) dans les établissements qui en ont le plus besoin.
Autres mesures
Concernant l'école primaire, un tout nouveau programme incluant des repères annuels pour les élèves des deux dernières années du cycle (CM1 et CM2). Celui-ci concerne également ceux inscrits en 6e. Enfin, l'État va financer l'achat de manuels scolaires labellisés pour tous les établissements classés REP (réseau d'éducation prioritaire) et REP+.
*certificat d'aptitude professionnelle
« Depuis 10 ans, l'impact des réformes sur l'académie de Guadeloupe est inquiétant »
Que pensez-vous des réformes du ministère de l'Éducation concernant les 1er et 2e degrés (écoles primaires, collèges et lycées) ?
Depuis la rentrée 2024, le ministère a contraint les établissements scolaires à mettre en place leur réforme appelée « Choc des Savoirs ». Pour le Snes-Fsu Guadeloupe, nous sommes fortement opposés, car le ministère propose de trier les élèves. Ce que nous demandons, c'est au contraire un projet ambitieux pour l'école publique et les élèves. Depuis plus de 10 ans, les réformes des gouvernements successifs ne font que de la gestion de crise avec pour unique objectif des économies budgétaires. Réforme Blanquer, Choc des Savoirs, les réformes prétendent aider les élèves mais les outils sont : moins de personnel, d'heures et de moyens. Les annonces de ce matin qui veulent étendre le tri des élèves aux classes de 4ème et de 3ème vont aggraver la pression sur les emplois du temps et augmenter les suppressions d'options comme le créole, le latin ou les groupes puisqu'il faudra financer à moyens constants les nouvelles mesures.
Est-ce que cela améliorerait la réussite des élèves, notamment au Brevet des collèges et au Bac ?
Depuis 10 ans, l'impact des réformes sur l'Académie de Guadeloupe est inquiétant. Les élèves guadeloupéens réussissent très bien mais ceux qui rencontrent des difficultés sociales ou scolaires ne sont pas accompagnés comme ils le devraient. C'est ce que nous dénonçons au Snes-Fsu depuis plus de 10 ans. Nous voulons que les moyens auxquels notre académie et nos élèves ont droit soient attribués. Nous avons encaissé des suppressions massives de postes, alors qu'1/4 de notre jeunesse n'est ni en emploi, ni en études, ni en formation. Les élèves passent d'une classe à l'autre en cumulant les difficultés. Nous alertons à chaque réunion la Rectrice (Christine Gangloff-Ziegler, ndlr) sur l'utilisation de la baisse démographique comme seul critère de la politique académique. Nous lui demandons, avec nos camarades du Snuipp (professeur des écoles), du Snep (professeur d'Eps) et du Snuep (professeur des lycées professionnels), de profiter au contraire de cette baisse démographique pour limiter les effectifs par classe. Toutes les études montrent que le nombre d'élèves par classe participe à la réussite scolaire des enfants. Nous ne pensons pas au Snes-Fsu que les réformes annoncées par la ministre ce matin auront un impact positif sur la réussite des élèves guadeloupéens. Nous craignons au contraire un outil de tri social et une dégradation du service public d'éducation.
Comptez-vous manifester dans la rue afin d'empêcher l'application de ces mesures tant décriées ?
Au Snes-Fsu, nous militons pour une école publique ambitieuse, pour tous les élèves. L'école est un lieu d'apprentissage mais aussi d'émancipation, il est ce lieu où les élèves vont se construire et pourront choisir leur avenir. Tant que les réformes n'auront pas l'objectif de permettre à l'école de remplir ces missions, le Snes-Fsu sera mobilisé. Au delà de l'école, ce sont tous les services publics qui sont remis en question. Le modèle social français repose depuis 1945 sur la protection des citoyen(ne)s par l'État, mais cela suppose des services publics dotés de moyens humains et financiers suffisants et adaptés au monde dans lequel nous vivons. Le Snes-Fsu Guadeloupe est pleinement mobilisé pour défendre les services publics et le respect des personnels de l'éducation.

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