Avec le Trod, un goutte de sang et quelques minutes suffisent au patient pour savoir s'il est séropositif ou pas (photo d'archives)
La fin de la mise en place expérimentale du test rapide d'orientation diagnostic (Trod) constitue une menace pour le maintien du dispositif de dépistage rapide du VIH au sein des cabinets de médecine libérale.
Le président du réseau Kikiwi n'est pas content, et il entend le faire savoir. Le professeur Mathieu Nacher déplore l'arrêt de l'expérimentation, en début d'année, qui permettait de mettre à disposition des médecins généralistes de Guyane des tests rapides d'orientation diagnostic (Trod). Une fin, certes annoncée, mais que le praticien regrette en raison de l'efficacité du dispositif. En effet, celui-ci a permis, en l'espace de dix-huit mois, d'effectuer plus de 4 500 tests de dépistage du VIH et de détecter 41 patients infectés par le virus.
« Le Trod a très bien marché, insiste le docteur Nasher. Près de 90% des médecins l'appliquaient. Mais l'ARS (agence régionale de santé) n'a pas trouvé les financements pour que l'expérience se poursuive. Donc tout s'est arrêté. Quelques médecins font encore le test, mais très peu. Au final, ça fait beaucoup de travail, entre la rédaction de la charte et les formations, pour rien. Or, sur la question du VIH, il faut être pragmatique. » Et le professeur de rappeler que la Guyane reste le département français le plus touché par le VIH.
LE TEST DEMANDE DU TEMPS
Au sein de l'ARS Guyane, l'expérience est considérée comme « très concluante » . Directrice de la santé publique, Anne-Marie McKenzie explique qu'une rétribution exceptionnelle était attribuée aux médecins pendant la durée de l'expérimentation. « Elle n'existe pas en temps normal, donc elle a été supprimée en début d'année » , précise-t-elle. La rétribution avait une fonction compensatoire en raison du temps nécessaire à l'application du Trod. Dix à vingt minutes au minimum, et bien plus lorsque le test révèle un résultat positif.
Le docteur Jean-Charles Gardrat est un des médecins qui continuent d'exploiter le Trod. « Je le pratique moins systématiquement, explique-t-il, mais je le propose à chaque fois aux patients qui ont un profil à risque ou qui ne disposent pas de sécurité sociale, comme les migrants. Ou pour être sûr de ne laisser personne repartir alors qu'il présente des symptômes. Le Trod est un outil hyper intéressant. Mais il faudrait au moins une petite contre-partie financière. Car il demande du temps. Quand un patient rentre dans le cabinet sans être séropositif et qu'il apprend qu'il l'est, il faut prendre du temps. »
Anne-Marie McKenzie assure qu'il est encore possible de se procurer du matériel auprès du réseau Kikiwi. « Nous continuons à rechercher un moyen de pérenniser l'expérimentation » , affirme-t-elle.
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