Dépistage : Malgré l'avènement du test de dépistage rapide, comme ici à Aides Guyane, un tiers des dépistages positifs se fait encore tardivement (Henri Griffit)
À l'occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida organisée hier, la cellule interrégionale d'épidémiologie (Cire) Antilles-Guyane a publié son sixième bulletin de veille sanitaire (BVS) sur la maladie. La Guyane détient toujours de tristes records en la matière.
1. PLUS DE 200 NOUVEAUX SÉROPOSITIFS PAR AN
En 2012, la Cire (cellule interrégionale d'épidémiologie) comptabilisait 835 découvertes de séropositivité VIH par million d'habitants en Guyane, soit près d'une découverte pour mille habitants. En admettant que la Guyane compte 250 000 habitants, cela donne 208 découvertes de séropositivité en un an. Pour comparaison, la même année, les valeurs étaient de 510 par million d'habitants en Guadeloupe et 169 en Martinique. En Ile-de-France, la région de l'Hexagone la plus touchée, on comptait 227 découvertes de séropositivité VIH par million d'habitants. Si les chiffres guyanais restent bien supérieurs à la moyenne nationale, ils révèlent toutefois une tendance à la baisse sur le long terme. En 2003, on comptait en effet plus de 2 000 nouveaux cas par million d'habitants.
2. ENCORE TROP DE DÉPISTAGES TARDIFS
En 2012, la Guyane enregistrait une moyenne de 10 430 sérologies VIH (dépistages) pour 100 000 habitants dont 146 s'avéraient positives, soit en moyenne 8,5 fois plus qu'au niveau national. Précisons qu'une même personne peut avoir été dépistée plusieurs fois. Dans un tiers des cas, cette séropositivité est découverte tardivement. Selon le BVS, 33% des personnes découvrant leur séropositivité sont en effet déjà à un stade tardif, ils la découvrent donc plusieurs années après leur contamination.
3. FEMMES ET HOMMES AU MÊME NIVEAU
Entre 2005 et 2012, les donnés révèlent que les nouveaux cas de séropositivité se répartissent de manière à peu près égale entre les sexes : 51% concernent des hommes et 49% des femmes. La classe d'âge la plus représentée est celle des 30-39 ans, qui représente 32% des nouveaux cas dépistés. Viennent ensuite les moins de 30 ans (26%), les 40-49 ans (23%) et les plus de 50 ans (19%). 52% des personnes dépistées positives sont nées sur le continent américain hors Guyane, 23% sont nées en Haïti et 22% sont nées en France dont la Guyane. Dans plus de 95% des cas, le mode de contamination reste le rapport hétérosexuel.
4. 17 CAS DE SIDA DÉCLARÉS POUR 100 000 HABITANTS
L'incidence sida (maladie déclarée) a connu une nette diminution entre 2003 (45 pour 100 000 habitants) et 2012 ( 17 pour 100 000 habitants). Malgré cette diminution, la Guyane détient l'incidence la plus élevée. Pour comparaison, la Guadeloupe est à 8 pour 100 000 et la Martinique à 6 pour 100 000. Chez nous, les hommes représentent 62% des cas de sida notifiés. Enfin, entre 2005 et 2012, seuls 22% des personnes diagnostiquées ont pu bénéficier d'un traitement antirétroviral pré-sida de trois mois ou plus.
Hier avait lieu la journée mondiale de lutte contre le sida. Durant toute la semaine, de nombreuses actions sont menées sur tout le territoire : stands de prévention, distribution de préservatifs, sensibilisation dans les lieux publics, dépistage rapide...
Les collégiens et lycéens kourouciens sensibilisés
Hier, l'association Action pour le développement, l'éducation et la recherche (Ader) et l'association Chrétiens et sida sont intervenues à Kourou, au collège Victor-Schoelcher et au lycée professionnel Élie-Castor. Pour Rozenne Lepabic, directrice d'Ader, il est essentiel de toucher les jeunes : « Ils sont tenaces. Il y a beaucoup de discrimination. Les jeunes ne sont pas tolérants avec ceux qui sont atteints par le sida. »
Elle constate que si les adultes de 30 à 50 ans demeurent les plus touchés, les dépistages positifs chez les plus jeunes sont de plus en plus nombreux. Alors, tous les moyens sont bons pour faire passer les messages : explication sur les modes de transmission, exercice d'enfilage d'un préservatif, quiz pour évaluer le niveau de connaissance des collégiens et des lycéens, ainsi que des jeux de rôle pour apprendre à refuser un rapport sexuel avec quelqu'un qui ne veut pas mettre de préservatif.
Pour Bérénice Alexandre, 14 ans, cette intervention est importante et l'encourage à mieux se renseigner sur le virus. « Des jeunes de mon âge ne se protègent toujours pas, surtout lors de leurs premiers rapports sexuels » , déplore-t-elle. Si le sujet reste tabou dans sa famille, l'adolescente essaie d'en parler librement avec ses camarades de classe. « Mais ce n'est pas facile. »
Parmi les exercices proposés aux collégiens, hier matin à Kourou, enfiler un préservatif à l'aveugle
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Johane ALVAREZ
3 QUESTIONS À ... Professeur Mathieu Nacher responsable du CIC-EC (Centre d'investigation clinique - épidémiologie clinique) à l'hôpital de Cayenne : « 200 patients de plus tous les ans »
Quelle est la situation du VIH en Guyane ?
Tous les ans, nous dépistons 200 nouveaux patients. La situation est stable mais ce qui est préoccupant, c'est le fait que seuls les deux tiers des personnes dépistées arrivent dans le système de prise en charge. Un tiers disparaît et il est très difficile de les retrouver. Il y a plus de 2 000 patients atteints par le VIH qui sont suivis. Quasiment tous sont sous traitement et le succès thérapeutique est réel. Le problème est que 600 à 700 personnes infectées, mais qui ne le savent pas, sont dans la nature.
Quelle est l'efficacité des tests rapides ?
Depuis leur autorisation en 2010, on constate qu'un peu plus de personnes sont dépistées plus tôt. Il y a beaucoup de dépistage, notamment hors les murs par des associations qui vont au contact de la population. Le dépistage chez les médecins a besoin d'être relancé.
Pour ça, il faut mettre en place des tarifs de consultation longue. En 2013, 20% des diagnostics ont été faits sur des dépistages rapides. Aujourd'hui, se faire dépister reste très important. Les trois quarts des nouvelles infections sont transmises par des personnes qui ne se savaient pas porteuses.
Où en sont les recherches ?
Dans les congrès, les discussions tournent autour de la guérison. Mais on ne guérit pas encore. Sous traitement, on peut avoir une vie normale, aller bien. Ce qui était inimaginable il y a trente ans. On arrivera peut-être un jour à la guérison, mais ce n'est pas encore le cas.
Propos recueillis par T.F.
Dépistage rapide aujourd'hui à Kourou
Depuis un an, l'association Ader est habilitée à effectuer des tests de dépistage rapide du sida (Trod). En un an, six tests se sont révélés positifs. Des dépistages rapides sont proposés ce matin, au marché de Simarouba.
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