« Ce qui arrive est très grave! » Enseignante dans le primaire depuis de nombreuses années, Martine (1) a décidé de briser le silence. Visiblement émue, elle raconte sa souffrance, le calvaire qu'elle subit depuis la rentrée, depuis qu'elle a été agressée par un collègue, dans l'enceinte de son école. Tout a en fait commencé en juin dernier, par une agression verbale. Des menaces que son agresseur aurait mises à exécution en septembre. « Il m'a donné un coup-de-poing dans la joue. Ça s'est passé vers 11 h 30 sous les yeux des élèves. » À l'origine de cette agression, il y aurait un différend entre les deux enseignants à propos de la répartition des postes dans les classes. « C'est assez fréquent que des jeunes enseignants ne veulent pas enseigner dans certains niveaux, notamment le CP. » Cette fois-là, le différend aurait donc tourné à la violence. Mais selon Martine, ce genre d'échange musclé entre enseignants ne serait pas si rare à l'intérieur des établissements. « Le problème, c'est que les directions n'osent pas faire remonter ces faits de peur d'être mal notées. » « DES DOCUMENTS FALSIFIÉS »
Décidée à ne pas laisser cette agression impunie, Martine dépose une plainte à la gendarmerie et prévient l'inspecteur d'académie et le directeur des ressources humaines. « Mais l'agresseur n'a même pas été convoqué par le rectorat. Ce genre de chose ne remonte pas comme il faut. » Elle en est persuadée, il y aurait, à certains niveaux du rectorat, une volonté de « noyer » ce genre d'affaire. « On demande aux victimes de se taire. » Pire, la procédure engagée par Martine se serait retournée contre elle... à l'aide de documents falsifiés! « J'ai les preuves. Seuls les documents médicaux falsifiés sont remontés à la commission de réforme. » Mais pourquoi le rectorat se lancerait-il dans de telles manipulations ? Pour Martine, ce n'est pas le rectorat dans son ensemble qui est à accuser, mais certaines personnes. Et pour ajouter encore à la souffrance, « Elles essaient de mettre ça sur le dos de soi-disant problèmes psychologiques. » Une réponse que l'enseignante ne veut pas entendre. Aujourd'hui, en partie pour ne plus avoir à côtoyer quotidiennement son collègue agresseur, Martine est en arrêt longue maladie. Si elle a décidé de parler, c'est avec beaucoup de retenue et après une longue réflexion. Et pour une raison : l'impression d'être dans une impasse en raison de l'absence de recours. (1) Les prénoms ont été changés (2) Les prénoms ont été changés Un colloque sur la souffrance au travail
« Toutes les formes de harcèlement existent dans l'éducation en Guyane. » Membre de l'Unsa-Education, Nathalie Alfred-Renard organise ce soir, avec son syndicat, un colloque sur la souffrance au travail dans l'éducation. Si le harcèlement institutionnel est bien présent, elle rappelle que la souffrance peut avoir de nombreuses causes différentes. « Elle peut avoir des causes internes comme externes, être liée aux conditions de travail, aux relations avec les élèves ou avec la hiérarchie... » Cette souffrance peut ensuite se traduire par différentes formes, comme l'explique le Dr Carlos Beccaria, médecin-conseil au rectorat qui interviendra ce soir lors du colloque : « Ça peut être de l'épuisement, de la dépression, des troubles musculaires... les conséquences peuvent être psychologiques ou physiques. »
Concernant la prise en charge, s'il reconnaît qu'elle n'est pas toujours simple en raison des gros effectifs dans l'Éducation nationale, il détaille les différents dispositifs tels que la prise en charge psychologique proposée par la MGEN, le CHSCT académique ou encore ses propres missions d'écoute, de conseil et d'accompagnement. Et si les remontés ne sont pas toujours celles attendues, pour Nathalie Alfred-Renard, c'est en raison de la complexité des procédures. « Il y a des procédures précises en fonction des cas, il faut les connaître. On conseille aux collègues de se rapprocher de leur syndicat. »
Le colloque sur la souffrance au travail a lieu aujourd'hui à partir de 16 heures à l'auditorium de Rémire-Montjoly
Quand la souffrance vient de la hiérarchie
Le cas de Martine n'est pas isolé. D'autres enseignants nous ont apporté leur témoignage, estimant être « victime de harcèlement » .
Preuve à l'appui, Jean-Paul (2), montre lui aussi des documents falsifiés destinés à décrédibiliser ses accusations. Mis à l'écart de l'Éducation nationale alors qu'il travaillait dans un collège, il se bat depuis plusieurs années pour faire reconnaître ses droits.
À tel point qu'il a décidé de lancer une action en justice.
- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters