"Je suis un homme de dialogue"
Dans quelques jours, Richard Laganière sera nommé président de l'Université de Guyane. Il dit attendre les contributions les plus larges possibles pour bâtir le futur de l'UG.Qu'est-ce qui vous a motivé pour accepter ce poste ?
Je connais la Guyane depuis de nombreuses années. J'y ai des amis que j'ai rencontrés lorsque j'étais sur les bancs de l'université et je suis venu très fréquemment. De fil en aiguille, j'ai commencé à travailler sur des problématiques autour de l'articulation entre risques et aménagement du territoire en tant que géographe. J'ai aussi été amené à donner quelques formations dans le cadre des activités du Cariforest. Les attaches avec la Guyane se sont précisées et aujourd'hui j'avais une belle opportunité pour accompagner le développement de l'université.
Quelle est votre feuille de route ?
Nous allons avoir des obligations importantes dès la rentrée universitaire. Très vite, nous allons mettre en place la gouvernance de l'Université, lancer un processus électoral pour instituer un conseil d'administration et un conseil académique au sein desquels se décidera la stratégie de développement de l'université. L'objectif est d'avoir un conseil d'administration fonctionnel début décembre. Pendant l'automne, nous allons devoir préparer le tout premier budget. Nous allons entrer en négociations avec les Antilles à ce sujet et nous serons accompagnés par notre ministère de tutelle qui a déjà effectué un travail approfondi sur la répartition des moyens. Ensuite, au premier janvier 2015, l'université aura un budget propre et une gouvernance autonome.
Vous avez évoqué l'idée de créer "une marque" pour l'université, qu'entendez-vous par là ?
Pour qu'une université soit attractive, il faut qu'elle dégage une image, une identité. Pour la Guyane, on voit très bien se dessiner un certain nombre de champs thématiques qui paraissent importants autour des questions de santé tropicale, de biodiversité, de valorisation des patrimoines culturelles… Autour de cela doit se forger une image pour que l'université soit attractive et puisse aussi, à travers ses formations et la recherche, jouer son rôle et satisfaire à certain nombre de besoins du territoire guyanais. Je pense notamment à des enjeux de formation de la jeunesse pour faciliter son insertion dans le cadre d'un marché d'emploi très volatile.
Justement, quelles sont vos grandes priorités en matière de formation ?
Ces questions doivent être débattues, donc je n'ai pas de réponse très concrète. Mais on sent qu'il y a de véritables besoins. Les collectivités rappelaient ce matin cette obligation de la part de la communauté universitaire de s'investir pour proposer des formations qui répondent aux besoins du territoire. À partir de là, il va falloir clarifier ces besoins, et cela ne dépend pas que de l'université mais nécessite la mise en place d'un partenariat avec le monde socioprofessionnel et les collectivités, mais également avec le rectorat car il y a un besoin d'enseignants et l'université peut répondre à ce type de besoin. Ca sera le travail que nous allons conduire au cours de l'année 2014-2015, pour construire un projet de développement qui donnera lieu à une contractualisation avec l'État dans le cadre d'un contrat quinquennal.
Il existe aussi de gros besoins liés au développement de l'ouest guyanais. Comment concevez-vous le rôle de l'université par rapport à ces besoins ?
L'université peut trouver sa place pour répondre aux défis à relever dans l'ouest mais elle ne sera pas seule. On voit très bien qu'il y a quelques filières économiques à consolider, par exemple autour de l'artisanat, autour de l'art. Elles peuvent être éventuellement accompagnées par l'université. Mais cela nécessite des débats en interne avec la communauté universitaire et un partenariat avec les collectivités pour bien clarifier et prioriser les besoins et les filières que nous devrons construire ou consolider.
Selon vous, quelle place l'intersyndicale, qui a été à l'origine de la création de cette université, doit-elle avoir aujourd'hui ?
Dans le monde universitaire, les syndicats sont toujours utiles, y compris en matière de vigilance. L'expérience que j'ai eue avec le monde syndical dans mon université d'origine a été une expérience de dialogue et une démarche réflexive. Je crois que ce qui est important dans la démarche et dans la méthode de travail, c'est que le dialogue soit instruit. Je suis un homme de dialogue. Dans une université, les questions de collégialité et de transparence sont essentielles. Je travaillerai avec toutes celles et ceux qui le souhaitent à partir du moment où ils se positionnent dans le désir de développer cette université.
Propos recueillis par A.S.-M.
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