D'ici juillet, on devrait connaître le futur gestionnaire privé de la marina (DL)
Les nouveaux administrateurs de la marina de Dégrad-des-Cannes sont sur le point de confier l'accueil des plaisanciers à un investisseur privé. Pascal Vaudé, seul candidat en lice, envisage de transformer la petite marina en un vrai port de plaisance, sur le modèle de ceux des Antilles. Il pourrait bien en devenir le nouveau gestionnaire d'ici juillet.
Dans les locaux du Grand port maritime de Guyane, entité créée par décret au début de l'année dernière, comme tous les lundi matin, les trois membres du directoire sont en pleine réunion. Patrick Toulemont, Philippe Lemoine et Rémy-Louis Budoc, dans le même bureau, au Dégrad-des-Cannes. Aujourd'hui, tous les trois s'en félicitent. Pourtant, cela n'a pas toujours été le cas.
Deux ans plus tôt, la gestion du port se trouvait partagée entre, d'un côté, la Chambre de commerce et d'industrie de la Guyane et, de l'autre, la Direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Deal). « Impossible, avec une gestion bicéphale, d'impulser une dynamique suivie, une direction constante, se défend Rémy-Louis Budoc. Maintenant les choses commencent à bouger. Et plutôt dans le bon sens. »
UNE ACTIVITÉ SUBSIDIAIRE
L'activité principale du Grand port a toujours été, et restera, la logistique maritime, l'accueil de cargos, le transport de marchandises. La gestion de la marina a toujours été vue comme une activité subsidiaire, un poids plutôt qu'une manne financière. En 2009, Philippe Nonnon, alors président de la commission du port de Dégrad-des-Cannes, décrivait une situation intenable, avec seulement 60 000 euros de recettes pour 200 000 euros de dépenses.
Depuis le changement de gestion, des travaux ont été réalisés pour rendre la marina attractive au regard des potentiels investisseurs. Une grille a été installée pour réglementer l'accès aux pontons ; les lattes changées ; les sanitaires ont été partiellement refaits à neuf ; et une caméra de surveillance enregistre les allées et venues.
UN SEUL CONCURRENT EN LICE
Pascal Vaudé, gérant du magasin Marine et loisirs, est aujourd'hui le seul investisseur à s'être manifesté avec un projet pour la marina. En l'absence de concurrent, il n'a aucun doute sur l'issue des tractations. Le contrat de gestion pourrait être signé dans le courant du mois de juillet.
Son projet prévoit une capitainerie, avec un accès internet et des informations maritimes, un service de gardiennage, une laverie, une grue pour les travaux au sec sur les bateaux, une borne d'avitaillement en carburant. Bien sûr, les frais de port devraient augmenter en conséquence, une fois les travaux achevés, pour se rapprocher des tarifs habituels pratiqués dans les ports de plaisance de la Caraïbe.
L'ambition affichée par Pascal Vaudé est de proposer aux bateaux en mouillage dans les Antilles un abri pendant la période cyclonique. C'était déjà l'idée de ceux qui ont construit la marina. Mais faute d'investissement suffisants, le projet n'avait jamais dépassé le stade du rêve.
La fin d'une époque
L'état actuel de la marina justifie des frais de port dérisoires. Si les loyers augmentaient, beaucoup d'occupants se verraient contraints de partir.
En l'absence de moyens pour laver leurs vêtements, les plaisanciers ont fini par installer leur propres machines à laver sur les pontons (DL)
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Depuis le ponton principal, la marina ressemble d'avantage à un cimetière de bateaux qu'à un port de plaisance. La vase, les pluies et la poussière du ciment déversé par les cargos ont coloré les bateaux jusqu'à leur donner l'air d'épaves.
Kimberly, arrivée par la mer il y a un peu plus d'une semaine, décrit avec ironie l'endroit comme « a French gipsy camp » , soit un campement de gitans français. Cette californienne d'une vingtaine d'années a fait le trajet en tant qu'équipière depuis le Cap-Vert, après avoir traversé l'Atlantique et longé un temps la côte du Brésil. Pour elle, la marina de Dégrad-des-Cannes a un côté hors du temps, romantique, profondément libre.
UN RÊVE POUR UN AUTRE
Quelques-uns des plaisanciers à quai, lui ont avoué ne jamais payer de frais de port. Les autres ne payent pas plus de 150 euros par mois. Une machine à laver est installé sur chaque ponton, pour un usage collectif. Juste à côté des plaisanciers, les pêcheurs lavent leur poissons tous les soirs à même les planches. Les occupants de la marina ont mis en place une forme d'autogestion inédite, un peu comme une république de pirates. Si les frais de port venaient à augmenter, et si l'on obligeait tout le monde à payer, beaucoup d'occupants de la marina seraient contraints de mettre les voiles. Et la petite république de pirates finirait bien un jour par disparaître, pour n'être plus qu'un port de plaisance comme les autres, finalement tourné vers la mer.
D. L.
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