Les parents d'élèves sont déjà descendus dans la rue pour « une école de qualité » , comme ici en 2009. (photo d'archives)
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Les parents d'élèves se joindront-ils à la manifestation organisée aujourd'hui par l'intersyndicale ? Ce sera peut-être la clef de la réussite du mouvement.
« Nous ne pouvons plus accepter cette progression de la violence trop souvent banalisée. » Le message est adressé aux élus guyanais, aux représentants de l'État et au gouvernement dans une lettre ouverte rédigée par des parents d'élèves du collège Schoelcher, à Kourou. Parmi eux, Christelle déplore une insécurité quotidienne dans l'établissement et aux abords : « Ça va de l'incivisme à la bagarre plus ou moins violente et parfois du racket. On a tendance à banaliser mais, quand on ouvre les yeux, on se rend compte que le phénomène s'accentue. » Comme elle, ils sont de plus en plus nombreux à s'inquiéter pour la sécurité de leur progéniture lorsque sonne la fin des cours. À l'image de Joseph (1), père de deux collégiens scolarisés dans le privé. « J'ai choisi le privé pour la qualité de l'enseignement mais aussi pour des raisons de sécurité. Mais ces derniers temps, il y a pas mal d'agressions à l'extérieur, des vols de portables, de chaînes, de bijoux. Ça s'atténue quand la police tourne, puis ça revient. » Si la plupart s'accordent pour reconnaître que le problème est avant tout sociétal, ils regrettent néanmoins une baisse de l'autorité au sein de l'école. Un manque d'accompagnement des professeurs et des surveillants est souvent pointé du doigt.
CITÉS SCOLAIRES ET RÉHABILITATIONS
L'appel à manifester concerne aussi les constructions scolaires. L'intersyndicale réclame un « plan Marshall » et avance les chiffres de dix collèges et cinq lycées manquants. Ce discours trouve aussi un écho chez les parents d'élèves, à commencer par la FCPE, la fédération des conseils de parents d'élèves. Pour Christian Porthos, son président, « il faudrait proposer des cités scolaires qui accueillent les enfants de la sixième à la terminale. C'est la seule solution pour scolariser les enfants près de chez eux et éviter les dépenses inutiles. » Jean-Pierre et Sylvie*, parents d'élèves de l'externat Saint-Joseph à Cayenne, ont aussi leur idée sur la question : « Il faudrait réhabiliter les bâtiments abandonnés et vieillissants comme l'ancienne prison, l'ancien rectorat la gendarmerie de Châton ou la poste de Cépérou. » Sur les chiffres, Jean-Pierre répond, non sans ironie : « On peut même dire 100 collèges et 50 lycées! » Pour lui, le plus important sera surtout d'y proposer un enseignement de qualité. Et cela ne sera possible que si on y met aussi les moyens humains.
Au final, son épouse et lui ne pensent pas manifester aujourd'hui, tout comme Joseph (2). A contrario, Christelle sera dans les rues de Kourou et espère bien que la mobilisation sera importante dans la ville spatiale, même si elle sait que rien n'est acquis : « Quand on veut mobiliser, on est sept parents à suivre. Là, on essaie de mobiliser tout le monde avec nos moyens. » Quant à la FCPE, elle sera présente dans les rues de Cayenne et appelle « l'ensemble des parents d'élèves à se mobiliser et à soutenir l'action de l'intersyndicale. »
- Retrouvez la lettre ouverte des parents d'élèves de Schoelcher sur www.franceguyane.fr
(1) Les prénoms ont été changés
(2) Les prénoms ont été changés
L'intersyndicale espère plus d'un millier de marcheurs
Le rendez-vous était fixé à 7 h 30 ce matin au rond-point du Petit-Monaco. Objectif de l'intersyndicale des personnels de l'éducation : marcher du campus Saint-Denis jusqu'à la préfecture pour sensibiliser les services de l'État aux multiples manques dont souffre la Guyane en matière scolaire.
Les syndicats espèrent une mobilisation massive. « Plus de mille personnes, ce serait bien » , évalue Farouk Amri, représentant des conseillers principaux d'éducation au Steg-UTG. Il espère notamment un soutien fort du milieu enseignant.
Mais c'est à un véritable mouvement d'ensemble qu'appelle l'intersyndicale « parce que toute la Guyane est concernée » . Les représentants des personnels de l'éducation se disent inquiets pour une jeunesse guyanaise « qu'on a abandonnée » . « Plus de 50% des élèves sortent du système scolaire sans diplôme, souligne Bruno Niederkorn de l'intersyndicale. Il faut redonner aux établissements et aux personnels les moyens de faire de l'éducation et non du gardiennage comme maintenant » .
Un soutien interprofessionnel
L'intersyndicale de l'éducation espère recevoir le soutien le plus large des secteurs public et privé pour la marche de ce jour (lire ci-contre). C'est ainsi que la section transport de l'UTG a annoncé qu'elle participera au mouvement aujourd'hui. « La population sait que nous n'appelons pas à la grève sans raison, souligne Olivier Goudet, secrétaire général adjoint de l'UTG et responsable de la section transport à la régie de la communauté d'agglomération (CACL). Mais là, nous sommes directement concernés car nous subissons souvent des agressions verbales voire physiques » . Et il énumère les faits recensés en 2013 par quelques-uns des 180 salariés de la régie communautaire de transport (RCT) : neuf vols de sacoches de recettes (600 euros par vol en moyenne), neuf jets de projectiles, cinq agressions physiques dont celle subie par un chauffeur qui a failli perdre son oeil, après avoir reçu un coup de poing.
L'intersyndicale dit aussi avoir reçu le soutien d'Yves Dabreu, responsable syndical au service départemental d'incendie et de secours (Sdis). Mais on sait que les pompiers n'ont pas le droit de manifester quand ils sont en service.
LA CGPME ELLE AUSSI SOLIDAIRE
Du côté des petites et moyennes entreprises, la CGPME Guyane, présidée par Joëlle Prévot-Madère, soutient la revendication d'un véritable projet pour la Guyane. « Le nombre de jeunes est amené à doubler dans les DOM dans les prochaines années.
Il progressera sans doute plus vite encore en Guyane, estime t-elle. Si nous ne faisons rien pour donner à ces jeunes une formation et la possibilité d'accéder à l'emploi ici ou ailleurs, la situation deviendra explosive » .
Concernant la participation des salariés du privé à la marche, Mme Prévot-Madère indique avoir transmis le mail d'appel au rassemblement à ses adhérents chefs d'entreprises. « Mais nous leur laissons le choix de soutenir ou non la mobilisation et d'autoriser leurs salariés à s'absenter de leur lieu de travail pour y participer » .
J.-M. K.
Taubira demande le classement de la Guyane en REP +
La blessure dont a été victime Jean-André Boutin, professeur de technologie au collège Paul-Kapel de Cayenne (nos éditions du 2 avril et d'hier notamment) a récemment fait l'objet d'une requête au sein du gouvernement. Dans le rôle du demandeur, sans surprise, Christiane Taubira, ministre de la Justice. Elle s'est adressée à Benoît Hamon, nouveau ministre de l'Éducation, pour le sensibiliser « aux multiples actes de violences [...] perpétrés à l'intérieur et aux abords du collège » cayennais récemment. Et également pour lui demander d'être attentif à « la demande qui vise à obtenir le classement de l'établissement en réseau d'éducation prioritaire plus (Rep +) » .
La ministre Guyanaise dresse également à l'attention de son collègue le bilan de ces dernières semaines dans l'ensemble des 42 établissements scolaires du département. « On enregistre une quarantaine d'incidents dont les plus graves sont constitués par des tentatives d'incendies, des agressions avec armes blanches, des incidents avec armes à feu, des individus blessés et un viol présumé » . Elle demande en conséquence le classement de l'académie guyanaise toute entière en REP + et « la dotation de quatre postes de conseillers d'éducation, auxquels il faudrait adjoindre des assistants d'éducation à affecter prioritairement aux collèges » .
On attend maintenant la réponse de Benoît Hamon à la requête de la garde des Sceaux.
Le rendez-vous du film d'éducation
La 3e édition des Echos du festival du film d'éducation s'ouvre aujourd'hui à Cayenne avec la projection, à 18 h 30 à la Région, du film Les enfants d'Hampâté Bâ. Demain, le rendez-vous est donné à l'École supérieure du professorat (Espe) pour une table-ronde (14 h) suivie de trois projections : L'année des lucioles (15 h 30), Il ne faut jurer de rien (17 h) et La chasse au Snark (19 h 30).
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