Les Nouragues en quête d'un co-gestionnaire
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SCIENCES-ENVIRONNEMENT

Les Nouragues en quête d'un co-gestionnaire

R. F.
L'inselberg granitique des Nouragues culmine à plus de 400 mètres de haut (RF)
L'inselberg granitique des Nouragues culmine à plus de 400 mètres de haut (RF)

Haut lieu de la biodiversité, référence internationale en matière d'étude des forêts tropicales humides, la réserve des Nouragues attend jusqu'à la fin du mois que de potentiels gestionnaires se manifestent.

Avec la visite de la secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur, beaucoup d'appareils photos et de caméras ont été braqués sur les Nouragues, l'une des six réserves nationales de Guyane. Deuxième plus grande réserve naturelle française, ce sont plus de 105 000 hectares de forêt étendue entre l'Approuague et la Comté. Un site d'une biodiversité exceptionnelle qui attire des scientifiques du monde entier. Rien qu'en 2013, 118 scientifiques y ont posé leurs matériels (dont 69 étrangers).
L'ORPAILLAGE CLANDESTIN ÉRADIQUÉ DE LA ZONE
« La réserve des Nouragues concentre des écosystèmes originaux et surtout très différents sur un espace pas si grand » , commente Denis Girou, directeur de Deal. Un site qui en a donc beaucoup à apprendre aux scientifiques mais aussi au grand public. Or, depuis l'assassinat de deux agents de la réserve en 2006 (Capi et Domingo) par des orpailleurs clandestins, le volet touristique est laissé à l'abandon. À l'époque, le camp Arataï recevait jusqu'à 200 personnes par an (en plus des scolaires). Désormais, la zone écotouristique ne se résume plus qu'à l'Emak (l'Écomusée Approuague-Kaw) à Régina, où les Nouragues sont traduites en expositions et conférences.
La menace de l'orpaillage illégal n'est plus un problème à en croire le préfet de Guyane, Éric Spitz : « À la mi-juin, les deux derniers chantiers en activité sur les Nouragues ont été fermés. On les a épuisés. »
Reste le problème de l'entretien et de la reprise du site. « Aujourd'hui, on cherche encore une solution. Une étude pour la redynamisation de l'accueil du public a montré qu'il y a un problème de rentabilité et de viabilité économique » , explique Marguerite Delaval, conservatrice de la réserve.
La gestion de la réserve est à la charge de l'ONF et de l'Agep (Association pour la gestion des espaces protégés, co-gestionnaire jusqu'à décembre). « L'expérience a prouvé que les associations seules ne pouvaient pas gérer, regrette Denis Girou. On attend vivement une réponse à l'appel à manifestation d'intérêt pour la gestion, pour la fin août. »
(1) Canopy operating permanent access system (système d'accès permanent à la canopée)
(2) La station de recherche des Nouragues occupe 8 000 des 105 000 hectares de la réserve naturelle. Elle abrite deux sites de recherche : Pararé et Inselberg.
L'innovation au coeur de la réserve
Le 20 septembre, le CNRS inaugurera le dispositif Copas, implanté au milieu des Nouragues : trois pylônes de 45 mètres de haut offrant un accès inédit à plus 1,5 hectare de canopée. Malgré l'aboutissement de ce projet innovant, les scientifiques font face à plusieurs barrières.

Trois pylônes d'une hauteur de 45 mètres formant un triangle ; une nacelle (de type parapente) ; un scientifique suspendu à bord ; à sa main, une télécommande pour se déplacer ; et un accès rare sur un rayon de 1,5 hectare de canopée. C'est le principe de Copas (1). Un projet du CNRS qui a démarré il y a dix ans, passé par différents prototypes, désormais opérationnel au Saut Pararé (2).
Annaïg Le Guen, directrice du CNRS, s'en réjouit. « C'est une opportunité unique pour les scientifiques. Le chercheur peut avoir à sa disposition des végétaux et des animaux qu'on ne pourrait pas voir sur terre. Tout ça, sans aucun impact de l'homme sur la nature. »
Si des dispositifs de ce genre existent au Panamá et en Australie, le Copas, lui, ouvre la voie à des thématiques originales. « La micro-météorologie par exemple, explique Annaïg Le Guen. Étudier le cycle hydrologique de la forêt tropicale a un intérêt essentiel pour les questions de changements climatiques. » En ce sens, une station météo verra le jour d'ici fin octobre, avec notamment, l'arrivée d'instruments de pointe pour la mesure des flux de carbone. Ce qui rappelle que l'acheminement de matériels est un sujet épineux (lire ci-contre).
Reste des besoins importants. Comme pour le site Pararé, qui nécessite « une salle sèche pour conserver les échantillons et du matériel électronique, voire de quoi faire les premiers traitements. » Le coût de cette salle est évalué à 120 000 euros. Les sommes s'additionnent et les partenaires se font rares. « Nous sommes encore seuls à financer tous ces projets. Le Copas ça été près de 1,9 million d'euros » , raconte la directrice du CNRS.
Le besoin d'une hydrolienne se fait également sentir. Le dispositif fonctionnant à l'aide d'un générateur n'est pas une solution viable à long terme.
La réserve des Nouragues sur le web : nouragues.fr
En visite sur la station, Éric Spitz a pu tester le système.
En visite sur la station, Éric Spitz a pu tester le système.
R. F.

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