Les producteurs de miel font savoir qu'ils s'opposent à l'usage du malathion dans le cadre de la lutte contre le chikungunya. L'association des apiculteurs de Guyane s'appuie sur le rapport de l'Anses (1) paru en mars 2014, dans lequel les experts notent, concernant cet insecticide, qu'un « risque très élevé a également été identifié pour les abeilles » . Les apiculteurs dénoncent l'utilisation « d'une substance dangereuse et mortelle, dont les effets ne sont pas contrôlables sur les pollinisateurs » , et craignent « les répercussions sur les pollinisateurs lorsqu'ils avaleront ce poison, et ainsi sur les cultures qui dépendent de ces insectes » . Plus largement, l'association s'interroge sur les répercussions du malathion « sur l'ensemble de ces insectes indispensables à l'équilibre écosystémique de plus en plus fragile » . L'Apiguy espère « sensibiliser et mobiliser le peuple guyanais à travers ses inquiétudes légitimes et veut atteindre les pouvoirs décisionnels afin qu'ils entendent (sa) réticence, consternée par ces prises de décision de certains, infligeant de lourdes conséquences pour tous » . (1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail. Lire aussi nos éditions du 16, 18, 22 août, et du 2 septembre. Les producteurs bio protégés
Mardi se tenait, en la Cité administrative régionale, une grand-messe sur le thème de l'avenir de la filière agricole en Guyane (lire notre édition de la veille). Lors de cette conférence, une seule agricultrice a soulevé la question de l'usage prochain du malathion pour lutter contre le chikungunya. Productrice bio à Montsinnéry, Charlette Hovel s'est inquiétée des éventuelles pénalités qui pourraient lui être infligées si des traces de pesticide venaient à être découvertes dans ses produits. « Avec l'érosion, je me demande s'il n'y aura pas d'effets secondaires » , a-t-elle déclaré.
Responsable de la filière végétale au sein de Biosavane, Anne-Fleur Beaulieu a expliqué, au sortir de la réunion, qu'une cartographie ciblant des « zones d'exclusion » dans lesquelles le malathion ne pourra être pulvérisé va être établie. Elles intègrent des ruches des apiculteurs et des terres des agriculteurs bio. « Mais nos inquiétudes concernent les gens qui ne sont pas encore agréés, précise Anne-Fleur Beaulieu. Car ceux-là ne seront pas intégrés dans la cartographie. » Si des traces de pesticides sont détectés sur leurs terrains, il leur sera difficile d'être agréés.
T. F.
L'inquiétude très relative des agriculteurs
En dehors des apiculteurs, aucun professionnel du secteur n'a ouvertement exprimé la moindre inquiétude quant à l'usage du malathion en tant que biocide en Guyane. Rien de surprenant, puisque ce produit a été utilisé pendant des années ( « Et continue de l'être » , selon un technicien) par les producteurs du département. De fait, un responsable de la société Bâtiment guyanais, qui approvisionne les professionnels notamment en pesticides, herbicides et autres produits phytosanitaires, se déclare « peu préoccupé par l'utilisation du malathion » .
Ses craintes se concentrent davantage sur « les produits phytosanitaires non-autorisés qui rentrent illégalement dans le département et posent la question de la qualité des produits et du respect de la santé du consommateur » . Une intervention qui, lors de la conférence organisée mardi au conseil général, n'a entraîné aucun commentaire.
T. F.
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