« Il y a un avenir » . Le ton employé par Marc Righes ne laisse planer aucun doute. Le vice-président de l'Interprobois, association regroupant l'ensemble des acteurs de la filière bois en Guyane, estime que les perspectives sont encourageantes. Plus qu'encourageantes même. Interprobois, née en 2009, s'est donnée comme objectif de valoriser la filière et améliorer la compétitivité des entreprises guyanaises. « Il y a une réelle volonté d'amélioration » , poursuit l'intéressé car tous les acteurs estiment être « dans le même bateau » . Du coup, les axes de réflexion ne manquent pas. Et on réfléchit principalement à une meilleure utilisation de la ressource. La Guyane produit annuellement quelque 30 000 m3 de bois de sciage destinés essentiellement à la construction de logements. Du bois dédié prioritairement aux éléments de charpente. « Il nous faut trouver d'autres usages tout en étant compétitif au niveau des prix » , prévient Marc Righes car le logement social, principal débouché, reste marqué par des budgets serrés. DES PARCELLES AVEC PEU DE G0NF0L0
L'Interprobois travaille sur des solutions alternatives comme les cloisons. « La filière sera capable de répondre à la demande » , rassure pour sa part Clarisse Vautrin, animatrice technique à Interprobois. Une meilleure utilisation de la ressource passe aussi par la diversification des essences utilisées aujourd'hui. Sur les 47 essences ayant un intérêt commercial, on n'en exploiterait qu'une petite quinzaine de manière significative. Des expérimentations sont actuellement en cours pour mieux connaître les caractéristiques de certaines essences. Ce travail pourra aboutir rapidement. Outre la diversification, la profession prépare un changement de mentalité chez leurs interlocuteurs. Pendant longtemps, c'est le gonfolo, bois mi-lourd et mi-dur, qui était utilisé comme poutres dans la construction. Mais ces dernières années, sa raréfaction a poussé les constructeurs à se rabattre sur l'angélique qui représente 60% de la production locale. Pour répondre à certains besoins encore persistants, plus de 300 000 euros de gonfolo ont été importés depuis le Suriname, en 2012. Pour y remédier, l'Interprobois imagine une « valorisation du bois » actuellement exploité. UTILISER L'AUBIER
En clair, Stéphane Chim (directeur d'exploitation à la scierie du Larivot), tout comme Marc Righes, estime qu'il est possible d'employer notamment les aubiers d'angélique, partie du bois située juste sous l'écorce, dans la construction. Les avantages sont nombreux : augmentation de la production sans augmenter l'activité et l'impact sur la forêt et surtout baisse des prix. Car le prix reste aujourd'hui central surtout que les contraintes sont, elles, énormes. Désormais, les exploitants forestiers doivent aller chercher la matière première de plus en plus loin en forêt, ce qui impacte les prix à l'arrivée. De plus, en raison d'une saisonnalité très forte, ils ne peuvent exploiter les parcelles attribuées par l'ONF que quelques mois par an. Tout cela fait grimper les prix, reconnaît un exploitant. Alors, pour que la filière bois ait un véritable avenir, l'Interprobois compte poursuivre ses réflexions avec tous les acteurs du secteur. « La ressource est là » , concède le vice-président. La volonté aussi... Économie - REPÈRES
872 EMPLOIS DIRECTS
Le bois est le troisième secteur d'activité économique après le spatial et l'orpaillage. Selon des données qui datent certes d'il y a deux ans, la filière est composée de plus de 250 entreprises dont une large majorité des Très petites entreprises (TPE). Elles emploient la moitié des salariés de ce secteur, soit 416 personnes. Le chiffre d'affaires de la filière a été de 105 millions d'euros en 2012.
2,5 MILLIONS D'EXPORTATIONS
Selon les chiffres des Douanes et une idée fausse qui circule, la Guyane importe beaucoup de bois. Un paradoxe quand on connaît la composition du territoire guyanais. À titre d'exemple, la Guyane a importé pour 17 millions d'euros de bois en 2012. il s'agit en réalité de produits finis comme les meubles et les cuisines, notamment les contre-plaqués en provenance de Chine. Par ailleurs, la Guyane exporte principalement vers les Antilles pour près de 2,5 millions d'euros. Les États-Unis, les Pays-Bas, Haïti et la France figurent parmi les destinations du bois guyanais. Le phare de La Rochelle a été réhabilité avec notre bois.
L'ÉCO-CERTIFICATION
La filière est entrée dans une démarche de certification. Cela permet de garantir que la gestion durable de la forêt mais aussi que l'ensemble de la filière respecte des règles définies. La certification est un atout, car il rassure les consommateurs.
Économie - LE CHIFFRE 60%
60 % des bois prélevés dans le cadre de l'exploitation forestière sont de l'angélique, selon une répartition des essences faites par l'Office national des forêts. Le gonfolo représente seulement 10% devant le grignon franc (8%), l'amarante, le wacapou, le goupi et le balata franc recensés à 2%. Des bois comme le saint-martin, jaune comme rouge, l'ébène verte ou le courbaril sont très peu exploités.
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