La ministre, une pirogue et les rythmes scolaires
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La ministre, une pirogue et les rythmes scolaires

Arnaud SAINT-MAXENT
C'est en pirogue que la ministre a débuté sa journée hier. L'occasion de se rendre compte de certaines réalités inhérentes à la Guyane (ASM)
C'est en pirogue que la ministre a débuté sa journée hier. L'occasion de se rendre compte de certaines réalités inhérentes à la Guyane (ASM)

En visite à Roura hier matin, Najat Vallaud-Belkacem s'est montrée ouverte à la discussion sur un aménagement de la réforme.

Il est 7 h 30 en ce vendredi matin, dernier jour de classe avant les vacances de Toussaint. La pirogue qui emmène les élèves du village Favard jusqu'au bourg de Roura pointe son nez, fendant la brume qui commence à peine à se dissiper. A bord, les enfants bénéficient d'une accompagnatrice un peu particulière : la ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem. Elle les retrouvera un peu plus tard à l'école de Dacca où un accueil en chanson lui est réservé. Si elle reste convaincue des bienfaits de la réforme des rythmes scolaires, ici la ministre ne peut que se rendre à l'évidence : se lever à 5 h 30 pour prendre la pirogue, cinq jours d'affilée, cela fatigue. « En fonction des difficultés de transports, il peut y avoir des problématiques spécifiques qui se posent, concède-t-elle. Des aménagements peuvent être trouvés pour que les choses se passent au mieux pour les enfants car cette réforme est faite pour eux, pour qu'ils apprennent mieux. »
UNE RÉUNION À PARIS EN NOVEMBRE
Ces aménagements, la ministre a pu en discuter un peu plus tard lors d'une réunion organisée à l'école de Dacca avec le président de l'association des maires de Guyane, David Riché. Si aucun engagement n'a été clairement formulé, la ministre a donné rendez-vous fin novembre à Paris à l'ensemble des maires de Guyane. « Je leur ai proposé qu'on travaille ensemble, avec le rectorat, et qu'ils me fassent des propositions pour que l'on aménage les choses dans l'esprit de la réforme et qu'on permette à ces enfants d'apprendre dans les meilleures conditions. » Cette proposition réjouit David Riché qui sait toutefois que ce n'est là qu'un premier pas et que le chemin risque d'être long : « Il faudra peut-être corriger la loi, l'adapter donc cela ne se fera pas tout de suite. Mais plus tôt on appliquera les nouvelles règles, plus vite ce sera bénéfique pour les enfants. Dès la semaine prochaine, nous créerons une commission ad hoc entre les maires et le rectorat pour faire remonter nos propositions très vite à la ministre. »
L'AIDE AUX COMMUNES MAINTENUE
Le président des maires de Guyane ne cache pas qu'il souhaite supprimer la classe le mercredi matin dans les communes où se pose cette problématique des transports, notamment sur les fleuves. Pour Jules Deie, ce serait une première avancée, mais le maire de Papaïchton soulève aussi la question des moyens alloués aux communes pour la mise en place des activités périscolaires. Là encore, Najat Vallaud-Belkacem s'est voulue rassurante. Elle assure que le fonds d'amorçage de 90 euros par enfant scolarisé ne sera pas totalement supprimé à la rentrée prochaine comme cela était prévu. « Nous poursuivrons ce fonds pour les communes qui ont des difficultés financières et les communes de Guyane nous semblent correspondre à celles qui ont le plus besoin de notre aide » , promet la ministre.
L'académie en éducation prioritaire l'an prochain
Dans l'après-midi, Najat Vallaud-Belkacem a rencontré les élèves de la classe de 3e cinéma du collège Justin-Catayée à Cayenne. L'occasion pour elle de défendre le dispositif d'éducation prioritaire qu'elle souhaite généraliser à l'ensemble de l'académie.
Pourquoi avoir choisi cette classe pour évoquer l'éducation prioritaire ?
Ce qui permet à ce collège de faire des choses aussi intéressantes que cette classe cinéma, c'est justement qu'il est en éducation prioritaire. Ce que nous voulons pour la Guyane, c'est que quasiment l'ensemble des collèges puissent entrer en éducation prioritaire pour bénéficier de moyens nouveaux. Nous voulons lutter contre le décrochage scolaire et le déterminisme social. Nous voulons donner un coup de pouce particulier aux établissements qui cumulent les difficultés sociales et, en Guyane, pratiquement tous les collèges seront dès la rentrée prochaine en éducation prioritaire.
Qu'est-ce que cela implique ?
Cela signifie que les enseignants auront une indemnité supplémentaire pour les convaincre de rester longuement en poste, car cela permet de mener des projets pédagogiques sur le long terme. Ils bénéficieront d'une formation pour travailler ces projets et auront du temps libre pour travailler en équipe sur des projets interdisciplinaires. Les enfants pourront être accueillis à l'école avant l'âge de trois ans. Les élèves de 6e seront accompagnés jusqu'à 16 h 30 pour les aider à faire leurs devoirs et leur soutenir s'ils décrochent.
Certains craignent que cela ne stigmatise la Guyane...
Il ne faut pas avoir cette crainte. Ce qui compte avant tout, ce sont les moyens qu'on se donne pour faire réussir les élèves. A partir du moment où les élèves peuvent développer leur personnalité, avoir confiance en eux et jouer plus collectif, ils mèneront leur barque pour ensuite savoir se vendre.
Ce dispositif suffit-il pour tout régler ?
Au-delà de l'éducation prioritaire, je travaille à ce qu'on alloue les moyens par académie de façon plus juste par rapport à leur réalité sociologique. On donnera plus là où il y a le plus de difficulté sociale. Donc, que la Guyane bénéficie de moyens importants, c'est juste et c'est logique.
Propos recueillis par A.S.-M.
ET AUSSI
Une réflexion sur les constructions scolaires
Interrogée sur les difficultés rencontrées par les collectivités pour rattraper le retard en termes de constructions scolaires, Najat Vallaud-Belkacem s'est dite « consciente de ces difficultés financières » et a affirmé qu'elle refusait que « l'État se dédouane totalement de ce sujet » . Elle promet de mobiliser ses collègues du gouvernement pour « qu'un travail soit entrepris de façon interministérielle avec les collectivités locales guyanaises pour apporter des réponses à ce problème » .
Échanges denses à l'université
Après avoir inauguré le bâtiment de vie étudiante sur le campus de Troubiran, la ministre a participé à une table ronde sur l'avenir de l'université de Guyane. Trois quarts d'heure d'échanges durant lesquels de nombreux thèmes ont été abordés (lire dans notre édition de lundi).
Du primaire à l'université
Après le lancement d'Ariane jeudi soir, Najat Vallaud-Belkacem s'est concentrée hier sur les questions d'éducation. De la visite d'une école à Roura à l'université de Guyane en passant par le collège Catayée, la ministre n'a pas fait de grandes annonces mais s'est montrée ouverte à la discussion et sensible aux spécificités du territoire. Aujourd'hui, retour à l'université avec l'inauguration du conseil de l'Espé avant une visite à l'IRD et à l'institut Pasteur.
(ASM)
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