La création d'une université de plein exercice en Guyane n'est pas vue d'un bon oeil aux Antilles.
Ce 11 novembre 2013, jour de la commémoration de la fin de la Grande guerre - tout un symbole - marquera-t-il la fin de l'université des Antilles... et de la Guyane ? Tout porte à le croire. Mais si, en Guyane, les étudiants se montrent satisfaits de la tournure des événements, ceux de Martinique se disent consternés. Hier, ces derniers se sont rendus avec des enseignants, des personnels administratifs et la présidente de l'UAG, Corinne Mencé-Caster, au conseil régional, où ils ont été longuement reçus par le président Serge Letchimy. « Notre avenir et nos diplômes sont en danger » , a crié, haut et fort, Lionel Vincent, vice-président des étudiants de l'UAG, pour qui les revendications des étudiants de Guyane étaient somme toute nobles au départ.
« Or, notre présidente est tombée dans un piège. Et nous, nous avons été sages et nous nous sommes fait marcher dessus. » Dans la salle des délibérations, pleine à craquer, l'assistance applaudit à tout rompre. Lionel Vincent poursuit, avec ces deux questions : « Comment peut-on ne pas être entendu par la ministre de l'Enseignement supérieur, madame Fioraso ? Et comment une ministre de la Justice peut-elle être aussi impliquée dans ce conflit, alors qu'elle était en déplacement privé ? »
UNE VÉRITABLE « TRAHISON »
C'est clair, étudiants, enseignants, et personnels administratifs vivent cette implication de Christiane Taubira, très populaire aux Antilles, comme une véritable trahison. En effet, au moment où la loi pour l'enseignement supérieur et la recherche (ESR) du 22 juillet 2013 vient renforcer l'autonomie des universités, comment est-il seulement envisageable que madame Fioraso puisse confier à la garde des Sceaux la conduite de ce dossier ? Dans l'hémicycle, personne ne se l'explique! La présidente de l'UAG, Corinne Mencé-Caster, fortement soutenue par les étudiants, prend alors la parole pour dénoncer les dérapages qui ont marqué le conflit de Guyane. « Dès lors que des syndicats demandent la démission d'élus, on s'attaque au fonctionnement de la démocratie. Le rapport d'inspection montre qu'il n'y a eu aucune faute, or, le 30 octobre, j'apprends par un communiqué que les deux membres élus sont démis de leurs fonctions. Comment peut-on démettre deux élus ? C'est la question qui reste posée à ce jour. Les lois de l'UAG permettent de remplacer ces élus par des élections, or, on installe un directoire avec des personnes qui n'ont pas été élues. On nomme une administratrice qui est en relation directe avec la ministre de l'Enseignement supérieur et on annonce la création d'une université guyanaise, comment voulez-vous que cela n'ait pas d'impact sur les autres territoires ? Il n'y a pas un mot sur le devenir des pôles Guadeloupe et Martinique. »
Pour Corinne Mencé-Caster, le coup est rude car cette crise a été gérée par la tutelle parisienne sans aucune concertation, sans elle, et plus largement, sans les instances consultatives et décisionnelles de l'université. Bref, ce que les pères fondateurs de l'université ont construit en quarante ans semble voler en éclats.
Édition spéciale : Rétro 2025
Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique
- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters