Deux lycéens de Félix-Éboué admis à Sciences Po Paris, une première pour l'établissement
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Deux lycéens de Félix-Éboué admis à Sciences Po Paris, une première pour l'établissement

Oriane REALLE ; o.realle@agmedias.fr
Dans quelques semaines Paulin Fontellio et Lourdiana Louis, bacheliers du lycée Félix-Éboué, quitteront la Guyane pour intégrer à la rentrée les campus de Sciences Po Paris à Poitiers et à Paris.
Dans quelques semaines Paulin Fontellio et Lourdiana Louis, bacheliers du lycée Félix-Éboué, quitteront la Guyane pour intégrer à la rentrée les campus de Sciences Po Paris à Poitiers et à Paris. • OR

Cela faisait plusieurs années qu'aucun élèves de Guyane n'avait intégré Sciences Po 

C'est une première pour le lycée Félix-Éboué. Deux élèves de terminale, Paulin Fontellio et Lourdiana Louis, tous deux âgés de 18 ans, sont admis à Sciences Po Paris pour la rentrée prochaine. Une réussite qui vient valider un dispositif lancé au sein de l'établissement à la rentrée 2024.

Porté par deux enseignants, Augustin Cluzel et Clément Nguyen, l'atelier Sciences Po s'inscrit dans un partenariat avec l'institution. Chaque mercredi après-midi, les lycéens suivent deux heures et demie de préparation mêlant culture générale, méthodologie et expression orale.

Une entrée dans l'excellence 

En seconde, Paulin Fontellio ne se projette pas vers cette école. Le déclic intervient en première, lors d'une présentation en classe. " J'ai commencé à connaître Sciences Po à ce moment-là. J'ai fait des recherches et j'ai vu que c'était une institution reconnue ", explique-t-il.

Il rejoint l'atelier en cours d'année. Les débuts sont marqués par le doute. " Je ne connaissais personne, je ne me sentais pas à ma place. J'avais même un complexe d'infériorité ", confie-t-il.

Peu à peu, il trouve ses repères. " C'était dynamique, les élèves participaient beaucoup. On a construit un vrai lien, on était soudés, tout le monde s'entraidait. " Cette progression le conforte dans son projet de devenir avocat d'affaires. Il intégrera le campus de Poitiers, attiré par le programme Europe Amérique latine et la possibilité de partir à l'étranger en troisième année.  

De son côté, Lourdiana Louis découvre l'atelier sur les conseils d'un professeur. " Je suis très curieuse, je voulais comprendre la dynamique du monde ", explique-t-elle. L'expérience la convainc rapidement. " On parlait de sujets variés, c'était très oral, ça m'a vraiment plu. "

Son intérêt pour les relations internationales s'affirme avec le temps. " Je pose toujours des questions. J'écoute beaucoup de podcasts. Je regarde des documentaires ", explique-t-elle. D'origine haïtienne, elle décrit une évolution dans sa manière de penser : " D'abord, j'avais une vision très nationale de Haïti... Puis je voulais avoir une vision un peu plus globale. " Elle s'intéresse désormais à l'Asie-Pacifique et envisage d'y effectuer une partie de ses études : " C'est justement là que je souhaite faire ma troisième année, en Chine, parce que leur expansion économique, ça me fascine. "

Deux ans de préparation

L'atelier repose sur un travail approfondi. " L'objectif est de donner aux élèves des méthodes solides pour analyser, structurer leur pensée et s'exprimer à l'oral ", souligne le professeur d'histoire-géographie.

Le dispositif mobilise plusieurs enseignants et disciplines : sciences économiques et sociales, histoire-géographie, mais aussi des ateliers complémentaires comme le théâtre ou des activités sportives, afin de favoriser l'aisance et la gestion du stress. " On a pu retrouver chez nos élèves des profils très divers. Sur les six que nous avons présentés, trois ont été admissibles aux oraux. Et donc, pour le sort des quatre élèves qui ne sont pas admissibles, nous avons des débouchés en termes d'orientation qui sont excellents."

Cette préparation demande un engagement constant. " J'avais très peu de temps libre ", raconte Paulin Fontellio, qui suit en parallèle une option droit et participe à un concours d'éloquence inter-lycées, dont il sort lauréat.

Lourdiana Louis évoque un rythme soutenu : " Je faisais un vrai marathon. Je travaillais après les cours, le week-end, parfois avec des amis en visio. " Malgré les doutes, elle poursuit ses efforts : " Je pensais ne pas réussir, mais mes professeurs croyaient en moi. "

Une fierté partagée

L'annonce des résultats marque une étape importante pour les deux lycéens. " Je suis très fière de moi ", affirme la lycéenne, après des mois d'incertitude.

Le soutien familial joue un rôle déterminant. " Ma mère m'a toujours poussé à avoir de l'ambition ", souligne le lycéen. 

Le proviseur, Dominique Bachelot, salue ce résultat. " On est particulièrement fiers. Deux élèves admis, ce n'est pas rien. Nous avons présenté des candidats pour la première fois cette année et c'est un succès. "

Cette double admission ouvre des perspectives pour les prochaines promotions et confirme l'intérêt du dispositif.

Le dispositif " Sciences Po " en Guyane

Le dispositif " Sciences Po ", appelé Convention Éducation Prioritaire (CEP), est un programme mis en place en 2001 pour faciliter l'accès aux Instituts d'Études Politiques, dont celui de Paris, à des élèves issus de lycées moins favorisés. Étendu aux territoires ultramarins en 2007, il répond à une volonté de mieux prendre en compte les inégalités territoriales.

En Guyane, quatre établissements participent aujourd'hui à ce programme : les lycées Lumina-Sophie et Bertène-Juminer à Saint-Laurent-du-Maroni, le lycée Gaston-Monnerville à Kourou et le lycée Félix-Éboué à Cayenne, qui a rejoint le dispositif à la rentrée 2024. Tous proposent des ateliers de préparation destinés aux élèves volontaires.

Une élève du lycée Bertène-Juminer a aussi été admise à l'oral du concours Sciences Po Paris. 

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