La démolition « n'est plus à l'ordre du jour »
Pour la Siguy, l'objectif de cette visite de terrain était de « faire le tour de la cité pour voir les locataires et qu'ils nous fassent part de leurs condoléances » , explique Nathalie Munoz, responsable de l'agence de Cayenne.
Dans un deuxième temps, la Siguy voulait également « les informer du projet de VRD (voirie et réseaux divers) que nous voulons mener » . Pour Nathalie Munoz, la démolition « n'est plus à l'ordre du jour » .
« J'ai mené toute mon existence ici »
Jeudi après-midi, la délégation de la Siguy a été régulièrement prise à partie par des habitants de la cité. Lucie Louis-Rose, que tout le monde ici appelle Mme Félicité, est la première à s'exprimer :
- Cela fait 43 ans que je vis là. La Siguy n'a jamais rien fait. Elle n'a pas mis un centime dans l'entretien. C'est moi qui ai tout fait!
- Nous sommes là pour voir comment réhabiliter votre logement, tente de rassurer David Broliron.
Les rires fusent.
- Réhabiliter ? Ce mot fait partie de votre dictionnaire ?
Le ton est donné, la suite de la visite se fera dans le même climat de méfiance.
Lucie Louis-Rose invite les représentants de la société immobilière à entrer dans sa maison, bordée par un petit jardin entretenu avec soin. « J'ai mené toute mon existence ici.
Mes enfants et petits-enfants y ont grandi. Si la Siguy avait fait son travail, elle ne serait pas dans cet état de délabrement. » La maison a en effet besoin d'un grand coup de rafraîchissement. L'encadrement de la porte d'entrée, notamment, est très abîmé. Quand il pleut, il y a des infiltrations.
La Siguy assure qu'elle pourra faire les travaux de réhabilitation, mais demande à la locataire si elle accepte d'être relogée provisoirement, le temps qu'ils soient réalisés. Lucie Louis-Rose pose ses conditions. Elle veut rester dans la cité, avec un loyer équivalent à ce qu'elle payait jusque-là : 160-180 euros. « J'ai une retraite modique. Je touche 900 euros par mois » , précise-t-elle.
« Nous sommes là pour trouver des solutions avec vous, répond David Broliron. Nous allons voir comment vous pouvez déménager le temps que les travaux soient faits, puis nous organiserons votre retour dans ce logement réhabilité. »
« ON NE PEUT PAS ÊTRE PROPRIÉTAIRES DANS NOTRE PAYS »
La délégation se rend dans une autre maison. Ici, l'électricité et le faux plafond ont été refaits en 2007. « C'est pour ça que je n'ai pas compris quand j'ai reçu le papier de la démolition » , raconte calmement Magalie Rigah, une dame au visage doux, qui vit ici depuis « plus de trente ans » .
Dehors, une dizaine d'habitants se sont rassemblés. Le ton monte. Certains sont persuadés que l'intention de la Siguy est de tout raser et de reloger les locataires dans une autre commune. Parmi eux, Stanislas Julio est particulièrement remonté : « La Siguy n'a rien fait pour les locataires, et maintenant, elle veut les reloger à Macouria avec des loyers exorbitants! Ce sont des personnes qui paient leur loyer depuis des années... Ils auraient déjà dû être propriétaires! On ne peut pas être propriétaires de notre chez nous, dans notre pays! »
Les représentants de la Siguy repartent visiter une autre maison. Pour le président de l'association de défense des consommateurs CLCV, « cette visite de la Siguy était nécessaire » . Alain Chrétien se réjouit que le dialogue ait repris, mais compte rester vigilant sur la suite : « Nous ne lâcherons pas le morceau. Il faut que les projets se fassent en concertation. »
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