Rosetta s'est bien réveillée
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Rosetta s'est bien réveillée

Pierre GIRARD
« Nous sommes de nouveau aux commandes du vaisseau » , a annoncé triomphant Andrea Accomazzo, qui pilote les opérations spatiales (PGi)
« Nous sommes de nouveau aux commandes du vaisseau » , a annoncé triomphant Andrea Accomazzo, qui pilote les opérations spatiales (PGi)

Rosetta s'est fait désirer comme un touloulou, avant d'envoyer son signe au centre des opérations de l'agence spatiale européenne hier après-midi. La mission débutée à Kourou il y a dix ans peut poursuivre sa route vers la comète.

Comparé à l'ambiance de la salle Jupiter à Kourou le jour du lancement de Rosetta, il y a dix ans, le centre de contrôle de l'agence spatiale européenne (Esa) à Darmstadt, près de Francfort en Allemagne, semblait étrangement calme hier. Comme s'il était lui-même en hibernation, à l'instar de la star du jour, Rosetta. Seuls quatre hommes et femmes assuraient la permanence dans une salle imposante, face à un mur d'écrans et de voyants verts. « C'est que la quasi-totalité du travail, nous l'avions fait il y a deux ans et demi » , explique Paolo Ferri, directeur des opérations de l'Esa. Juste avant de plonger le vaisseau spatial dans un sommeil profond pour économiser son énergie, les techniciens avaient programmé la date et l'heure du réveil le 20 janvier à 7 heures, heure de Guyane. En espérant qu'il « sonne » .
Mais au moment de l'arrivée du premier signal, à 15 h 20, heure de Guyane, c'était l'explosion de joie. Après l'apparition d'un petit sursaut sur la courbe du signal spatial et un court moment d'hésitation, le centre de contrôle est lui aussi sorti de sa torpeur : Il s'agissait bien de Rosetta. « Nous sommes de nouveau aux commandes du vaisseau » , a annoncé, le poing en l'air, Andrea Accomazzo. Le sourire de celui qui pilote les opérations de Rosetta dans l'espace témoignait du soulagement. Car les nerfs des membres de la mission ont été mis à rude épreuve, hier, en les faisant attendre un peu plus d'une demi-heure au-delà de l'horaire estimé. « Je suis confiant mais nerveux » , glissait le directeur général de l'Esa, Jean-Jacques Dordain, juste avant l'annonce. Plus de huit heures se sont écoulées entre le réveil programmé et le signal de vie. « Parce que Rosetta est très loin de la planète Terre » , soulignait-il. Pour être précis : elle se situe à 800 millions de kilomètres.
DES SIGNAUX VENUS DU FOND DE L'ESPACE
Alors c'est un peu comme un touloulou pendant le carnaval : c'est Rosetta qui choisit avec qui elle veut danser, quand et comment. Les équipes de l'Esa n'avaient aucun moyen de la contacter ou de l'influencer. Juste de recevoir son signe gracieux, au moyen d'un réseau de stations terrestres réparties sur toute la surface du globe. En Guyane, la station Diane, située entre Kourou et Sinnamary, opère notamment le suivi lors des lancements. Mais à une telle distance, Rosetta était hors de portée. Ce sont donc les stations capables de recevoir les signaux venus du « fond » de l'espace, au-delà du système solaire, qui étaient mobilisées pour relayer le message de Rosetta jusqu'au centre des opérations en Allemagne.
« C'était l'émotion numéro un de l'année » , se réjouit Jocelyne Landeau-Constantin. Des jeunes Européens avaient envoyé leurs messages de soutien « Réveille-toi Rosetta » diffusés dans la salle de contrôle et relayés sur internet, donnant une touche très émouvante. « Particulièrement pour toutes les personnes qui travaillent depuis des décennies sur Rosetta » , notait Markus Bauer de l'Esa.
« CETTE MISSION A DU CULOT »
Fernando Doblas, qui était chef du bureau de l'Esa à Kourou au moment du lancement en 2004, se souvient d'avoir « vu tous ces scientifiques débarquer au centre spatial guyanais comme de grands enfants avec tous leurs instruments » . Il sourit : « Cette mission a du culot. Honnêtement, au moment du lancement, je pensais que c'était presque surréaliste, avec un risque scientifique et technique énorme. » C'est en effet le plus long voyage jamais tenté avec le soleil pour unique source d'énergie.
Mais cette odyssée un peu folle débutée en Guyane il y a dix ans, avec son envol à bord d'Ariane-5, devient de plus en plus fascinante. D'autant plus que ses étapes spatiales étaient toutes programmées à l'avance, au mois près. Après Kourou, c'était au tour de Darmstadt d'attirer l'attention de plus d'une centaine de journalistes venus du monde entier. « C'est le premier grand rendez-vous de Rosetta depuis son lancement » , confirmait Alvaro Giménez, directeur de la science et de l'exploration à l'Esa, qui ne lésine pas sur les superlatifs : « Cette mission est le défi le plus complexe de l'histoire de l'exploration spatiale » . Maintenant que le contact est rétabli, entre la Terre et Rosetta, les manoeuvres peuvent commencer pour la dernière phase décisive et l'approche de la comète Tchourioumov-Guérassimenko dès le mois de mai.
Ils ont une vie après Kourou
1 JULES VERNE, SIX MOIS DE L'ISS À L'OCÉAN PACIFIQUE
Depuis l'arrêt de la navette spatiale américaine, le vaisseau cargo européen ATV est l'un des seuls moyens de ravitailler la station spatiale internationale, où des spationautes travaillent en permanence. Le premier d'entre eux, baptisé Jules Verne, a décollé de Kourou le 9 mars 2008, avec à son bord des vêtements, de la nourriture, de l'eau, de l'oxygène, et du carburant (ergols). Après une manoeuvre d'approche minutieuse, il est resté amarré cinq mois à la station jusqu'à ce que son autonomie soit presque épuisée. Il est alors rentré dans l'atmosphère et s'est désintégré au-dessus de l'océan Pacifique, pour répandre ses débris au sud de Tahiti. Le cinquième et dernier ATV doit être lancé cette année depuis le CSG.
2 GALILEO, DOUZE ANS POUR CONCURRENCER LE GPS
A bord du premier Soyouz à décoller du sol guyanais, en octobre 2011, puis lors d'un autre lancement un an plus tard, quatre satellites hautement stratégiques pour l'Union européenne ont quitté Kourou : des satellites du système Galileo, promis à détrôner le fameux GPS, plus précis et plus fiable que le standard américain. Les quatre premiers vaisseaux permettent en ce moment aux Européens de tester et d'ajuster leur technologie, avant d'envoyer les satellites pleinement opérationnels dans l'espace. Ces satellites-tests ont une autonomie de « plus de douze ans » , assure leur constructeur. Le système Galileo devrait être opérationnel à l'horizon 2020.
3 UN LONG VOYAGE JUSQU'À L'ORBITE-POUBELLE
La grande majorité des satellites mis en orbite depuis Kourou sont des satellites de télécommunication qui vivent une quinzaine d'années dans l'espace après avoir quitté la Guyane. Ils remplissent alors une mission essentielle pour la transmission de données internet, téléphone et télévision à haut débit sur toute la surface de la planète. A la fin de leur vie, ils utilisent leur dernière réserve de carburant pour rejoindre l'orbite-poubelle (ou cimetière) 235 kilomètres « plus haut » . Cela permet aux satellites en fonctionnement de ne pas entrer en collision avec un satellite inerte. Selon les estimations les plus récentes, plus de 300 000 débris survolent sans contrôle la périphérie directe de la Terre. Une fois leur satellite placé au rebut, c'est le moment où les opérateurs commandent le lancement d'un nouveau satellite depuis Kourou.
EN CHIFFRES
11 ans et 9 mois
La durée totale du voyage de Rosetta, de son lancement à Kourou en mars 2004 jusqu'à la fin de sa mission autour de la comète en décembre 2015.
3 km
La distance qui séparera Rosetta de la comète, en novembre, au moment d'y larguer son atterrisseur.
2 astéroïdes
Rencontrés en route vers la comète : l'astéroïde Steins, approché en septembre 2008, et l'astéroïde Lutetia, en juillet 2010.

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