Qu'est-ce qui vous gène dans le projet de réforme concernant les pharmacies ?
Les politiques ont imaginé qu'en mettant certains médicaments (1) en grande surface, cela permettrait de réduire les coûts des médicaments. On a imaginé également qu'ouvrir le capital des pharmaciens à d'autres professions permettrait de favoriser une ouverture sur les prix dans les officines. Je pense que ces mesures ne sont que des effets d'annonce. Les conséquences seraient dramatiques pour la santé. On a un système de santé en France qui est performant et indépendant. Il faut le préserver à tout prix. Concrètement, quel impact cette réforme pourrait avoir sur votre travail au quotidien ?
Là n'est pas la question. L'impact serait plutôt sur la santé des patients. Le malade aurait moins de sécurité sanitaire si un tel projet aboutissait. Nous, pharmaciens, nous avons un rôle de conseil. Si vous prenez trois Dafalgan dans la journée, ça va. Mais si vous prenez de l'Humex en même temps, vous ingérez trop de paracétamol et cela peut être toxique. Qui vous renseignera là-dessus dans les grandes surfaces ? Et puis, la France a un des meilleurs circuits de distribution du médicament, on n'a pas de soucis de faux médicaments, de copies. Le pharmacien s'approvisionne chez un grossiste ou directement auprès du laboratoire. Vous sous-entendez que la vente de médicaments hors pharmacie pourrait se faire via des approvisionnements douteux ?
Si on commence à libéraliser les choses, effectivement ce sera la porte ouverte à tout et n'importe quoi. Et tout cela ne permettra pas forcément d'engendrer des prix moins chers qu'en officine. Par contre, ce qu'il faudrait garantir pour le patient, c'est un corridor de prix, à savoir des prix encadrés, réglementés, pour qu'il n'y ait pas de dérapage. Lorsque les médicaments vont passer ailleurs que dans le circuit pharmaceutique, tous les dérapages seront autorisés, aussi bien des prix bas que des prix très élevés. Et là on court vers une médecine à deux vitesses, c'est ce que nous voulons éviter. Le gouvernement évoque également la possibilité de vente des médicaments à l'unité, ce qui est déjà testé dans certaines régions...
L'expérimentation vient de débuter mais je ne suis pas sûre que le résultat sera probant. Je suis totalement hostile à l'idée de déconditionner des médicaments. Il y a un problème de santé publique et de sécurité sanitaire qui est mis à mal. Il serait peut-être plus judicieux de revoir certains conditionnements pour certaines classes pharmaceutiques. Pourtant, vendre des médicaments à l'unité en fonction des prescriptions, n'est-ce pas un moyen efficace de lutter contre le gaspillage ?
Justement, des conditionnements plus petits permettraient d'éviter du gaspillage. Mais il y a un autre aspect ; nous voyons souvent des clients ramener des boîtes de médicaments entamées. Ils nous disent que leur traitement est terminé mais, en discutant, on se rend compte qu'ils n'ont pas bien suivi la posologie. Par exemple, ils n'en ont pris qu'un par jour au lieu de trois. Cela fait aussi partie de notre travail de conseil. Y a-t-il un autre aspect du projet de réforme qui vous gène ?
Oui, il est question de faire sauter le quorum. Or, ce quorum nous permet de nous organiser en réseau et c'est grâce à cela que vous trouvez une pharmacie dans chaque commune de Guyane. Il y a une pharmacie à Apatou, il y en a une à Maripasoula, il y en a deux à Macouria... Si on le supprime, on risque de se retrouver avec des déserts, des zones entières sans pharmacie. Or, dans certaines communes, la pharmacie est le seul lieu de santé existant. Arnaud Montebourg, à l'origine du projet de réforme, n'est plus ministre. Son successeur, Emmanuel Macron, a déjà annoncé qu'il reverrait le projet et, visiblement, plutôt en faveur des professionnels. À ce jour, comment se positionne votre syndicat ?
Nous sommes dans une position d'attente mais nous prévoyons de participer à la journée nationale d'action du 30 septembre. Ce jour-là, les pharmacies garderont les portes fermées mais, avec le réseau, nous assureront bien sûr un service de garde efficace. D'ici-là, nous attendons d'en savoir plus pour informer correctement nos clients. (1) Les médicaments non soumis à ordonnance ou à ordo nance non-obligatoire. 37 professions concernées
Mi-juillet, un rapport du ministère de l'Économie se penche sur 37 professions réglementées, des ambulanciers aux huissiers en passant par les pharmaciens, les serruriers ou les chauffeurs de taxi. Dans sa conclusion, il préconise des réformes devant permettre de faire baisser les tarifs de ces professionnels de 20%. Selon Arnaud Montebourg, alors ministre de l'Économie, cela doit redonner 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat aux ménages.
Aussitôt, les professions concernées montent au créneau. Les huissiers, notamment, annoncent une journée de grève. Elle a eu lieu la semaine dernière. Mais le remaniement ministériel opéré fin août met le projet de réforme entre parenthèses. Dès sa prise de fonction, Emmanuel Macron, qui succède à Arnaud Montebourg à Bercy, annonce qu'il ne mènera pas la réforme voulue par son prédécesseur mais une réforme à minima.
Depuis, les professionnels attendent de connaître les contours de cette réforme mais ils maintiennent leur mouvement national prévu le 30 septembre.
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