L'île du Diable se dévoile
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L'île du Diable se dévoile

Karin SCHERHAG
La toiture de la case de Dreyfus a été entièrement refaite (KS)
La toiture de la case de Dreyfus a été entièrement refaite (KS)

Le Cnes vient de réaliser des travaux conséquents sur la seule des trois îles du Salut interdite au public. Une partie de la cocoteraie a été supprimée et la case de Dreyfus est désormais visible depuis l'île Royale.

C'est sans doute le cadeau d'adieu dont il n'aurait jamais osé rêver. À quelques jours de son départ en retraite et après presque quatre ans passés en Guyane, Michel Colardelle, le directeur régional des Affaires culturelles, a suivi l'équipe du Cnes sur l'île du Diable. Inaccessible par la mer (beaucoup s'y sont vainement essayé), interdite au public, la tristement célèbre prison de Dreyfus est aujourd'hui encore l'objet de tous les fantasmes. « C'est tellement émouvant d'être ici » , souffle doucement Michel Colardelle, impressionné. Et comment le contredire ? Poser le pied sur ce minuscule bout de terre charrié par les flots nous plonge dans l'Histoire. Et nous donne des envies de grandes aventures...
Elle est là, à portée de main, la case de Dreyfus. Celle où le plus célèbre des déportés des îles du Salut a passé 1517 jours enfermé, isolé, entre le 13 avril 1895 et le 9 juin 1899. Un épais mur d'enceinte se dresse autour de la maison. Comme une deuxième prison dans la prison. Et l'émotion nous gagne un peu plus. Le silence se fait. On s'imprègne du lieu. « À un moment où on parle de racisme, cet endroit prend une certaine dimension » , commente simplement Bernard Chemoul, le directeur du Centre spatial guyanais. L'homme examine avec attention le travail réalisé ici. La nouvelle toiture en tôle de la case, qui devra la protéger des intempéries pour encore de nombreuses décennies. « On n'a pas terminé les gouttières mais cela va être fait prochainement » , promet-il. Et surtout, le gros travail d'élagage autour de la maisonnette. « De nombreux visiteurs nous ont fait part de leur frustration de ne pouvoir apercevoir la case de Dreyfus depuis l'île Royale. C'est désormais possible. Et la vue est exceptionnelle! »
Le Cnes a investi ici 100 000 euros. Une broutille dans le budget qu'il consacre chaque année à l'entretien des Îles du Salut (1,7 million d'euros). Mais les touristes sauront apprécier le geste.
Un dernier regard sur l'île du Diable avant de s'envoler. Il faut mémoriser tout ce qui peut l'être. Ce cocotier tordu. Cette pierre glissante. Vite, l'hélicoptère vrombit. On redécolle. Peut-être l'occasion ne nous sera plus donnée de revenir ici. Mais nous ferons à jamais partie des plus chanceux qui ont foulé la terre de cette île mythique...

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