L'année 2023 sera difficile au Centre spatial guyanais
Ce 10 janvier, le Cnes présentait ses vœux pour l'année 2023 au Centre spatial guyanais. Avec le départ définitif de Soyouz, l'échec de Vega-C et l'attente d'Ariane 6, c'était l'occasion d'évoquer également les nombreuses problématiques actuelles.
La pluie s'abat sur Kourou. Les averses sont tellement fortes que le début de la cérémonie est décalée de quelques dizaines de minutes. Les invités du Cnes patientent sous les abris conçus pour l'occasion.
Après deux ans d'attente, le Centre national d'études spatiales (Cnes) tient à nouveau ses vœux annuels en présentiel. Philippe Baptiste, président du Cnes récite tout d'abord les succès du spatial en 2022. Il mentionne les premières images du télescope James Webb, parti depuis la Guyane. Il évoque le lancement Swot (depuis la Californie ndlr) : "Un instrument d’observation incroyable qui va nous permettre de mesurer avec une précision jamais atteinte le niveau des eaux et de fournir des données extrêmement utiles aux scientifiques." Ariane 6, monté sur son pas de tir, et pour qui "les essais combinés vont bientôt commencer" est aussi mentionné.
Mais 2023 va "être une année dure et difficile sur les lanceurs", conçoit Philippe Baptiste. Les nombreux retards d'Ariane 6 ; la guerre en Ukraine et ses conséquences lourdes avec le départ définitif de Soyouz du CSG en février 2022 ; et l'échec de Vega -C, le 20 décembre dernier.
"Peu de lancements", sont à prévoir dans les deux prochaines années. En effet, il ne reste que deux Ariane 5 et les vols Vega-C sont temporairement suspendus, le temps d'abord que la commission d'enquête comprenne la défaillance et que des solutions soient trouvées. "La plus grande difficulté c’est qu’on ne sait pas combien de temps cela peut prendre. Ça peut être court, ça peut être plus long...", avoue le président du Cnes.
Ces conditions "placent l'Europe spatiale dans une situation de tension. Cela veut dire qu’il y a des lancements que l'on va devoir décaler dans le temps. Il y a aussi deux satellites scientifiques de l’ESA que l'on a décidé de lancer ailleurs. Il y a une grosse pression, notamment de l'Europe politique", explique encore Philippe Baptiste, interrogé au sujet de l'indépendance de l'Europe de l'espace.
Deux "bonnes nouvelles", selon le Cnes, sont toutefois largement mises en avant. Les pays européens maintiennent un haut niveau d'investissement dans l'industrie spatiale. Elisabeth Borne, première ministre, avait notamment annoncé un investissement de 9 milliards d'euros sur les trois prochaines années dans le domaine. Soit 20% de plus par rapport aux années précédentes. De ce budget, 593 millions sont investis dans la maintenance et le développement du Centre spatial guyanais (CSG).
Les différents acteurs présents se félicitent également de la "traction commerciale extraordinaire" générée par Ariane 6. Qui a déjà un "carnet de commande plein", indiquera Marie-Anne Clair, directrice du CSG.
Les intervenants vanteront également les mérites de l'action du spatial envers l'environnement. Pour Marie-Anne Clair : "Le Cnes travaille énormément sur des missions environnementales. À chaque lancement, on fait plus de 50 mesures pour regarder l’impact des fusées sur notre environnement naturel. Ce que l’on constate c’est qu’il y a très peu d’impacts."
On rappellera tout même l'ouverture d'une enquête pour infraction environnementale à l'encontre du Cnes. Des infractions potentiellement commises dans le cadre de travaux de terrassement sur le site du lanceur Diamant. Diamant doit accueillir les essais du projet Callisto à partir de 2024.
Le "spatial c'est le thermomètre de notre planète. Si vous n’avez pas le spatial, vous n’êtes pas capables de mesurer ce qu’il se passe sur terre. On est quand même une activité industrielle. On a notre responsabilité. On émet du CO2. Il faut réduire nos émissions et que l’on verdisse nos sources d’énergies", indiquera le président du Cnes sur le sujet de l'environnement et du spatial.
Les vœux du Cnes en 2023, c'était aussi un mot sur la rénovation du musée de l'espace. Il rouvrira "fin 2023 ou début 2024", pour la directrice du CSG qui estime "il sera un merveilleux moyen de médiation scientifique au bénéfice de la population guyanaise, des élèves, des familles et des touristes." Thomas Pesquet a accepté d’être le parrain de ce musée. On le rappelle, l'astronaute européen le plus expérimenté était présent à la cérémonie hier soir et a notamment évoqué son souhait de faire un vol habité depuis Kourou.
C'est "une année à la fois difficile et passionnante" qui attend le Cnes conclura le président.

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