La LBU en berne enterre le logement social : " L'État se moque-t-il de nous ? " réagit Jean-Victor Castor
Antoine Poussier a obtenu une rallonge de quatre millions d'euros supplémentaires pour cette année, portant l'enveloppe à 27,9 millions d'euros, loin des 63 millions de 2025
La stratégie était claire et annoncée dès juillet aux professionnels du BTP par le préfet : " Nous avons consommé tous les crédits alloués de la ligne budgétaire unique (LBU) pour demander une rallonge au gouvernement au second semestre. "
La technique a fonctionné. Antoine Poussier a obtenu quatre millions d'euros supplémentaires pour cette année, portant l'enveloppe à 27,9 millions d'euros, loin des 63 millions de 2025. Une diminution de 56 % qui ne passe pas du côté du député Jean-Victor Castor.
Dans une lettre ouverte au gouvernement, il déplore une dotation " injustifiable au regard de l'ampleur des besoins ". Il rappelle que " 45 000 logements sont nécessaires en Guyane au cours des dix prochaines années, alors que la programmation moyenne ne dépasse pas 1 500 logements par an ".
Pour l'élu, c'est " une provocation ".
40 % de la commande publique
Lors du Haut Conseil de la commande publique, le 15 juillet, les spécialistes ont estimé que le logement social représente près de 40 % de la commande publique du territoire.
Selon le parlementaire, les acteurs du secteur réclament, à travers une plateforme commune de solutions à l'urgence économique et sociale en Guyane élaborée le 4 mai, une LBU de 60 millions d'euros. Un document dont nous n'avons pas pu prendre connaissance, faute de l'avoir obtenu.
Le député alerte sur les conséquences sociales du sous-financement chronique : développement des squats, spoliation foncière, insalubrité, décrochage scolaire et insécurité.
Comme il aime à le répéter : " La nature a horreur du vide. Si on ne fait pas, [les gens feront]. "
Il somme le gouvernement de justifier le calcul de la dotation, d'indiquer les mesures prévues pour éviter l'effondrement de la filière BTP guyanaise et de préciser s'il considère enfin la Guyane comme un territoire aux besoins structurels exceptionnels.
" On ne peut pas demander aux Guyanais de construire leur avenir avec des moyens qui ne permettent même pas de rattraper une partie du retard accumulé ", constate Jean-Victor Castor.
Cette rallonge, loin d'être une victoire, l'interpelle. " Est-ce que l'État se moque de nous ? " Une question adressée à Sébastien Lecornu en guise de conclusion.
Combat entre rue-Oudinot et Bercy
Le représentant du gouvernement en Guyane reconnaît, lors du HCP, partager une partie du constat : les besoins en logement sont " plus criants qu'ailleurs ". Le préfet souhaite sanctuariser les crédits du Frafu (Fonds régional d'aménagement foncier et urbain), qui prépare le foncier et les terrains constructibles, afin de ne pas interrompre les opérations d'intérêt national. Cela représente 30 millions d'euros, selon le courrier du député.
Le préfet l'admet : le ministère des Outre-mer partage la position du député, mais pas Bercy.
Pour compenser cette baisse des financements, le gouvernement demande aux bailleurs sociaux d'apporter 10 % de fonds propres dans les projets. Selon un représentant de 2 Terhabitat, ils se situent aujourd'hui entre 5 et 6 %, " soit environ 10 millions d'euros immobilisés chaque année sur une enveloppe de 200 millions d'euros de logements neufs. Dix ans sont nécessaires pour reconstituer la trésorerie engagée ".
Autrement dit, le bailleur social récupère sa mise et commence à dégager des marges au bout d'une dizaine d'années, dans des structures dont la durée de vie dépasse cinquante ans. Donc l'effort ne semble pas insurmontable sur le plan comptable. Mais ces tergiversations impactent durement le secteur de la construction.
Le président du Conseil régional de l'Ordre des architectes, André Barrat, dresse un bilan sévère : sur 2 500 logements annoncés, seuls 400 ont été réceptionnés en 2025. Il évoque un délai moyen de sept ans entre le lancement d'un projet et sa livraison, dont trois ans d'études avant même le premier coup de pioche.
Le retard pris depuis 2025 s'accumule et la filière commence à ne plus recruter d'intérimaires. Près de mille emplois (équivalent temps plein) ont été perdu en un an.
Le MACF, " une catastrophe " pour le secteur
Autre sujet de crispation : le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), dont la présentation officielle est jugée trop édulcorée par les professionnels. En renchérissant l'ensemble des coûts de production, il est perçu comme un facteur aggravant pour un BTP déjà fragilisé. L'ensemble des territoires ultramarins réclament une adaptation, voire une suppression du dispositif dans les territoires où l'importation des matériaux est incontournable.
Un document du Conseil de l'UE consacré à l'impact du MACF dans les régions ultrapériphériques françaises estime le coût total du MACF à 57,7 millions d'euros, avec un surcoût moyen de 31,9 % sur les produits extra-européens concernés. Le ciment est le point sensible : +68,2 % de surcoût estimé sur les produits extra-européens dans les RUP de l'Atlantique.

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