Guyacom cesse la fourniture d'accès internet à Saint-Georges
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Guyacom cesse la fourniture d'accès internet à Saint-Georges

Albane HARMANGE, a.harmange@agmedias.fr
Le réseau internet à l'arrêt dans l'est de la Guyane
Le réseau internet à l'arrêt dans l'est de la Guyane • SHUTTERSTOCK

Une décision économique selon la directrice en raison d'une activité devenue déficitaire

"On est complètement démunis", s'agace Jean. L'habitant de Saint-Georges a constaté ce mercredi 31 décembre matine une coupure du réseau internet. Une situation récurrente dans la commune regulièrement victime de coupures, qui risque de se prolonger pour une durée indéterminée.

La directrice de Guyacom Christine Chung confirme cesser la fourniture d'accès à Internet dans la commune à compter du 1er janvier 2026. Une décision qu'elle laissait présager dans nos colonnes dès le 29 novembre : "Je réfléchis à liquider mon entreprise. On passe la majeure partie de notre temps à réparer les casses des autres. Ce n'est plus viable pour nous."

Activité déficitaire

Christine Chung justifie cette cessation par la perte de leur principal client, l'opérateur national brésilien en 2024, ce qui a rendu l'exploitation de l'activité à Saint-Georges structurellement déficitaire. "Malgré cette situation, Guyacom a poursuivi l'exploitation du service jusqu'à ce jour, tout en recherchant activement des solutions alternatives permettant d'en assurer la pérennité", assure la directrice. 

L'opérateur a également du faire face à des coûts supplémentaires pour des "interventions d'urgence de plus en plus fréquentes", ainsi qu'une "absence d'indemnisation des dommages causés à (leur) réseau". En cause, les travaux d'extension de la fibre menés par Yana Fibre, dont Orange est cliente, qui impactent le réseau de Guyacom, déjà en place."Orange ne nous a jamais indemnisés. Or les dégâts causés à notre réseau sont estimés à 3 millions d'euros", a déclaré la fondatrice de Guyacom à France-Guyane.

Dans un entretien à France-Guyane disponible en kiosques le 2 janvier, la déléguée régionale d'Orange Guyane répond sur l'avancée des travaux. "Dans certains cas, les plans transmis des réseaux étaient erronés, explique Chantal Maurice. Des sondages ont du être réalisés pour localiser précisément les réseaux existants. En cas de préjudice client, il existe des dispositifs de réparation et, le cas échéant, de remboursement."

Le directeur général d'Orange Antilles-Guyane, Samir Benzahra estime que chaque opérateur - en dehors des réquisitions - est responsable de son réseau : "Ils ont un incident sur leur réseau. Ils doivent le rétablir. On paie un service chez eux, on attend qu'ils le rétablissent. Nous-mêmes avons régulièrement des problèmes. On prend toujours nos responsabilités parce qu'on a des clients derrière." 

Une décision économique

Avant de prendre cette "décision économique" pour le bien de ses salariés, Christine Chung rappelle avoir alerté depuis 2021 sur cette situation. Dans un courrier adressé au président de la Collectivité, le Cesece Guyane s'interroge sur la pertinence de la délégation publique décernée à Orange pour le déploiement de la fibre optique entre Cayenne et Saint-Georges alors que deux dorsales (la partie principale d'un réseau) existent déjà. 

Le 30 décembre, le maire de Saint-Georges Georges Elfort, a dénoncé une "décision unilatérale" dans un communiqué : " Il n'est pas concevable que la situation de monopole que nous vivons actuellement permette de menacer le fonctionnement administratif des collectivités et du service de l'Education Nationale, fasse peser un risque sur le système de santé et de secours communal, mette en péril la survie économiques des entrepreneurs de toute une commune et paralyse l'ensemble des services de la Banque Postale." Georges Elfort affirme collaborer avec les services préfectoraux et un conseiller juridique. 

"Tout le monde fait comme si je mettais tout le monde en difficulté, alors que dans cette histoire, je suis plus une victime qu'autre chose", s'insurge la directrice, qui rappelle que Guyacom n'est pas en situation de monopole puisque Guyane Numérique opère aussi sur la commune. Elle invite le maire à se tourner vers Orange puisque ce sont eux qui passent des bons de commande d'une durée de 6 mois à Guyacom pour fournir Internet. "Nulle part ailleurs, dans les télécoms, il y a des contrats de 6 mois, vu qu'on construit des infrastructures qui sont amortissables sur 25 ans", souligne Christine Chung. 

Assignation au tribunal

De son côté, Orange a assigné Guyacom à comparaitre au tribunal des activités économiques de Paris le 8 janvier 2026. La société rappelle qu'une réunion s'est tenue entre les deux parties le 22 décembre, en présence de l'ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse), ce qui n'a pas suffi à régler la situation. 

Orange demande alors aux juges de faire injonction à Guyacom de continuer à exploiter la dorsale et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 000 euros par jour de retard à partir du 1er janvier 2026. "C'est une profonde injustice, réagit Christine Chung. Cette somme, 100 000 euros, ce n'est même pas le chiffre d'affaires qu'Orange me procure sur l'année. On va devoir déposer le bilan, c'est à ça qu'ils nous poussent." Contacté, Orange n'a pas souhaité s'exprimer. 

En attendant, ce sont les habitants de Saint-Georges qui patissent de ces coupures récurrentes. Celle du 31 décebre a été rétablie dans l'après-midi." Et pendant ce temps, on continue d'être prelevé, s'indigne Jean. C'est une escroquerie." Agacé, il réfléchit à prendre un abonnement à Starlink comme d'autres habitants de la commune.

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