Le centre de quarantaine de Christian Epailly est prêt à fonctionner. Il ne lui manque plus que les plants qui doivent arriver par avion vendredi (KS)
C'est sur son exploitation de Monstinéry-Tonnégrande que l'ancien président de la chambre d'agriculture vient de créer le premier centre de quarantaine privé de Guyane. Il prévoit d'y produire 200 hectares de bacoves dans les cinq ans à venir. Tour du propriétaire.
Christian Epailly n'est pas peu fier de son projet. Et pour cause. L'ancien président de la chambre d'agriculture de Guyane a créé à Montsinéry-Tonnégrande, le premier centre de quarantaine privé du péyi. Une serre flambant neuve dédiée à la culture de la banane bacove, qui devrait fonctionner dès le début de la semaine prochaine. « Tout est prêt. Je n'attends plus que les plants qui arriveront de l'Hexagone vendredi » , confie l'exploitant, qui nous entraîne dans cette serre d'un nouveau genre.
DES RÈGLES TRÈS STRICTES
Car qui dit quarantaine dit vigilance accrue. « J'ai un cahier des charges très strict à respecter » , explique Christian Epailly, fraîchement gratifié d'un agrément du ministère de l'Agriculture. Pas un brin d'herbe ne doit par exemple pousser à moins de cinq mètres de la serre. « Pour éviter d'attirer les insectes » , nous dit-il. Et devant la porte, le message est clair : seules trois personnes sont habilitées à pénétrer dans l'antre de la future banane guyanaise : l'exploitant, l'ingénieur agronome et l'ouvrier agricole. Les autres doivent montrer patte blanche. « Je dois consigner chaque entrée dans un carnet. Et y inscrire aussi toutes les manipulations effectuées. »
Une première porte passée, le visiteur se retrouve dans un sas de sécurité. Pas question de franchir la deuxième porte tant que l'autre n'est pas fermée ; un insecte pourrait profiter de l'occasion. « J'ai acheté des surchaussures et des blouses jetables » , précise Christian Epailly en ouvrant un tiroir de son secrétaire. Au cas où le petit pédiluve installé à l'entrée ne suffirait pas. La découverte se poursuit. « La particularité de cette serre, c'est ce filet antiinsectes en maille très serrée. » Presque rigide. Au plafond, pendent plusieurs plaques gluantes. Un piège infaillible. « Et un bon test, glisse notre hôte. On peut voir que pas un insecte n'a réussi à entrer : les plaques sont comme neuves. »
Au sol, un magnifique carrelage blanc qui prête à la boutade : « C'est moi qui ai la plus grande salle de bains de France, plaisante le propriétaire. J'avais le choix entre un sol plastique ou une dalle béton mais j'ai choisi de carreler. C'est plus propre et plus facile à désinfecter. » Le système d'arrosage est lui aussi à la pointe. Christian Epailly a investi ici la coquette somme de 30 000 euros. « Sans aucune aide » , précise-t-il.
10 000 PLANTS POUR DÉMARRER
Dans trois mois, juste avant la saison des pluies, l'agriculteur sera prêt à livrer ses 10 000 premiers plants de bacoves dans toute la Guyane. « Et les demandes sont déjà nombreuses » , glisse-t-il. Car la banane d'Epailly est garantie 100% saine. Un fait rare en Guyane. « Presque tous les bananiers sont malades, atteints de cercosporiose noire. » Ce champignon diminue de 50% le rendement de la plante. « Ça fait des années que je fais ce constat : sur le marché de Cayenne, 50% des bananes viennent du Suriname alors que c'est interdit par la réglementation. J'ai eu envie de développer la banane de Guyane. La bacove, d'abord, mais la plantain dans un ou deux ans. Et pourquoi pas aussi le Cayenne Lisse, une variété d'ananas qui a quasiment disparue. »
Pour cet ambitieux projet, Christian Epailly a choisi de travailler avec Vitropic, un laboratoire héraultais spécialisé dans les fruits et les légumes tropicaux. Le Guyanais espère pouvoir produire 200 hectares de bananes d'ici cinq ans.
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