Aviation : une sécurité aléatoire
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Aviation : une sécurité aléatoire

T. F.
L'aérodrome de Saint-Georges est fermé depuis trois ans pour des raisons de sécurité (photo d'archives)
L'aérodrome de Saint-Georges est fermé depuis trois ans pour des raisons de sécurité (photo d'archives)

Des pilotes dénoncent le manque de sécurité auquel ils sont confrontés lorsqu'ils sont en vol mais aussi et surtout au moment de poser leur appareil sur les pistes des aérodromes du département.

Des pistes d'atterrissage sans balises ni éclairage, des zones de l'espace aérien dénuées de fréquence radio. Les conditions de vol auxquelles sont confrontés les pilotes en Guyane ne sont pas des plus confortables. Du moins lorsqu'ils traversent le département à destination des aérodromes situés dans les communes. Certes, la situation n'est pas nouvelle. Ce qui n'empêche pas certains pilotes de continuer à laisser s'exprimer leur exaspération lorsque les questions de sécurité sont évoquées.
DES VOLS « À VUE »
Avec sa licence de pilote vieille de plus de 20 ans et ses milliers d'heures de vol au compteur, Marc (1) possède une indéniable expérience. Pourtant, il ne dissimule pas son incompréhension face à l'absence de système de repérage au sol le long des pistes des aérodromes de Guyane. « Il y a 12 ou 13 ans, il y avait encore des balises NDB (Non Directional Beacon, un localisateur) à Saint-Georges et Maripasoula, raconte-t-il. C'est antédiluvien puisque ça date d'avant le GPS, mais ça existait. Aujourd'hui, il n'y a plus rien. » Par conséquent, les pilotes sont contraints de poser leur appareil à l'ancienne. Un vol « à vue » , en somme. Qui plus est, dans certain cas, sans le moindre contact avec la tour de contrôle de Cayenne.
En effet, dans une vaste zone géographique qui s'étend de la Mana jusqu'au Maroni, les pilotes volent et atterrissent sans bénéficier de l'appui radio des contrôleurs aériens. Une aberration qui date de plusieurs années mais à laquelle les pilotes font face avec une certaine philosophie. Pourtant, en cas d'incident dans cette zone dite de « zéro de fréquence » , ils n'ont aucun moyen de lancer un appel à l'aide. Du coup, si l'avion s'écrase, personne ne sera en mesure de localiser l'appareil.
Par ailleurs, les pilotes sont dans l'obligation de « clôturer » leur plan de vol avant l'atterrissage. Une procédure légale qu'ils adaptent à la situation et exécutent de différentes manières. Soit avant de perdre le contact radio avec la tour, alors même que la piste n'est pas en vue. Soit après l'atterrissage. En utilisant un téléphone. Quand il y en a un. À Saül, pour exemple, impossible de « clôturer le vol » .
(1) Le prénom a été modifié.
Des aérodromes en travaux
Le conseil général a investi plus de 3,8 millions d'euros afin de rénover et sécuriser les aérodromes du département. À Maripasoula, les travaux destinés à clôturer la piste et ses abords vont débuter et devraient s'achever dans six mois. Il en va de même à Saint-Laurent du Maroni, qui devrait également disposer d'une cuve pour stocker le kérosène. Un équipement financé par la Région. À Camopi, le conseil général indique que les travaux de l'aérogare sont « en route » . Le dossier permettant d'autoriser une circulation aérienne publique a été constitué. Reste à recruter et former des pompiers, mais aussi à faire l'achat d'un véhicule.
Des pilotes soulignent toutefois qu'investir dans des clôtures, essentiellement à Maripasoula, n'est pas une priorité. « Il faudrait mieux penser à éclairer la piste, explique un professionnel. Ça permettrait, en cas de retard sur l'horaire, de pouvoir décoller de nuit plutôt que d'avoir à annuler un vol. » Pour un autre, c'est davantage le balisage des pistes qui paraît incontournable. Particulièrement en cas de fortes pluies.
De son côté, le conseil général précise qu'il n'existe, pour l'heure, aucun projet d'éclairage. Quant au balisage, notamment pour les héliports, il pourrait faire l'objet d'un futur investissement. Mais pas avant l'instauration de la collectivité unique.