Langues vivantes, langues mouvantes : Wara, Awala, awara...
Les sociétés humaines s'expriment dans des langues qui leur sont propres ; ces langues subissent parfois des modifications. Aussi, écrire la culture créole en français peut être un vrai défi. Comment se retrouver entre les mots Wara, Awala, awara ?
Il semble que la meilleure décision soit de se référer à l'écrit, quand il y en a. Le mot wara apparaît pour la première fois en 1885, dans le roman Atipa, d'Athénodore Météran, alias Alfred Parépou.
L'auteur écrit ceci :
« Jou nous wa contré Cayenne encô, dit Atipa, a oune bougnon wara nous wa mangé... »
Plus loin, il souligne :
« Déloenne, oune habitant Kourou té ka dit : oune bon wara kiou fendé (fessu sic) millô passé tout frit France... »
Et d'ajouter que les enfants font l'école buissonnière pour rechercher les meilleurs wara, dont les kal wara se détachent aisément.
Du bourg de Mana à Awala-Yalimapo
Pendant longtemps, le bourg de Mana et le village Wara entretenaient les meilleures relations. La petite route sableuse qui menait de l'un à l'autre était bordée de pyé wara. En 1988, Awala-Yalimapo est érigée en commune de plein exercice par détachement de la commune de Mana. Les habitants avaient décidé d'assumer eux-mêmes la gestion de leur village.
Après Alfred Parépou, les Guyanais qui se sont essayés à l'écriture sur le thème du palmier wara ont vécu la même confusion entre le mot créole et le mot francisé. G. Barthélémi écrit wara : « awara », graine d'un palmier oléagineux... servant à la préparation du « bouillon wara ». Il cite, en même temps, le wara denndé, le wara péyi nèg.
J. Azor édite, en 2025, un album jeunesse : « Kanel, le bouillon de wara de Mamie Lelette ».
Des mots pour dire autre chose
Or, Athénodore Météran a écrit bougnon wara (bouyon wara) pour bien signifier qu'il s'agit d'une spécialité culinaire locale. Et qu'il ne s'agit pas d'un bouillon, c'est-à-dire un potage clair obtenu en faisant bouillir de la viande et des légumes. Chez les Créoles, cette préparation avec choux, carottes, céleri et vermicelles est appelée lasoup.
Un plat identitaire fort
Le bouyon wara est le plat traditionnel créole guyanais le plus prisé, que l'on savoure à l'occasion des fêtes de Pâques.
On ramasse d'abord un sac de wara tombés au sol - c'est préférable. On détache les kal wara de la graine, qu'on pile et malaxe. Le kachkach wara, résidu fibreux délavé, est donné aux porcs.
On ajoute peu d'eau pour obtenir le lait de wara, mis à bouillir jusqu'à obtenir une pâte épaisse : lapat wara. Divers légumes (épinards, aubergines, concombres piquants, concombres longes...), salaisons et poisson boucané sont ensuite ajoutés à la pâte.
Commence alors une cuisson longue, nécessitant une attention constante, pour aboutir à une préparation onctueuse, un délice.
Les Créoles disent que l'étranger qui en mange reviendra forcément en Guyane.
À l'instar des autres langues de France, on ne peut modifier le vocabulaire de la langue créole lorsqu'il est employé en français. Il ne s'agit pas de critiquer ceux qui, dans le passé, ont écrit sur la langue et la culture, et qui nous ont laissé - fort heureusement - des traces écrites dans notre culture de tradition orale.
Cependant, faute d'une entente collective, on a porté, il y a peu, le bouillon d'awara sur les fonds baptismaux de l'UNESCO.
Pour conclure, je dis simplement que l'on ne trouve ni bouyon wara, ni bouyon d'awara, ni bouillon de wara dans un dictionnaire français. C'est bien une affaire locale créole.
Pour ma part, je me rallie à Athénodore Météran.
Oro ! A pa mo ka koumandé.
La Confrérie du Bouillon d'Awara : Entrer à l'UNESCO par la grande marmite
"Le bouillon wara, c'est bien plus qu'une recette : c'est une histoire de transmission, de métissage et de fierté. Depuis plus de trois siècles, ce plat longuement mijoté rassemble les Guyanais autour d'un fruit symbolique, le wara, transformé avec soin selon un savoir-faire ancestral. " C'est ainsi que la Confrérie créée en 2021 définit l'importance de ce petit fruit de palmier. Elle s'est donnée pour mission de préserver, valoriser et faire reconnaître cette richesse culturelle.
Campagnes de sensibilisation, événements gastronomiques, enquêtes de terrain, collaborations avec des chefs et des chercheurs : rien n'est laissé au hasard. Prochaine étape ? Le dépôt officiel du dossier au Patrimoine Culturel Immatériel français en décembre 2025, première marche vers l'Unesco.

La radio 100% Caraïbes

- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters