Marronnage : la première résistance
Des hommes et des femmes réduits en esclavage ont choisi la forêt plutôt que les chaînes. Gabriel, Pompé, Claire, Linval ont conquis leur liberté. Ils ont organisé des communautés libres et résisté aux milices coloniales pendant des années. Leurs noms méritent d'être au Panthéon des héros de la Guyane
Gabriel, le rassembleur pour la liberté
En 1712, Gabriel, Amérindien ou métis, refuse l'esclavage imposé aux captifs de l'habitation. À la tête d'un groupe de quinze hommes, femmes et enfants, Amérindiens et Africains, il s'enfuit dans la forêt de Roura et organise la vie du groupe et la résistance en pleine forêt.
Pendant plus de six ans, les autorités coloniales tentent de les capturer. Malgré les chasseurs d'esclaves lancés à leurs trousses, Gabriel et ses compagnons échappent à de nombreuses poursuites grâce à leur connaissance du territoire.
Lors d'une de ces traques, une partie du groupe est capturée. Gabriel poursuit la lutte jusqu'aux années 1730. Son courage est aujourd'hui honoré par la crique Gabriel, qui porte son nom à Roura.
Pompé, le stratège qui résista avec Gertrude
Entre 1801 et 1822, Pompé mène l'une des plus longues résistances marronnes de Guyane. Réduit en esclavage sur l'habitation Sigogne à Tonnégrande, il décide de partir avec sa femme Gertrude et plusieurs compagnons pour échapper aux violences coloniales. Ensemble, ils s'enfoncent dans la forêt de Roura avec l'ambition de construire une vie libre. Originaire de la nation Macoua, Pompé fonde plusieurs camps et villages marrons en amont de la rivière Comté. Les autorités coloniales intensifient la traque. Pour échapper aux expéditions lancées contre eux, les marrons se déplacent sans cesse. Pompé conduit ses compagnons vers de nouveaux refuges :
Jolie-Terre, Trace-Biche, Trace-Couleuvre, puis Couri-Moi. À chaque étape, il organise la vie du groupe, la culture des abattis et la protection des familles.
Face aux attaques des milices coloniales, il fait preuve de qualités de combattant, de chef et de stratège. Selon les circonstances, il privilégie le combat ou la mobilité et la discrétion. Cette tactique lui permet de préserver son groupe pendant de nombreuses années.
Chef respecté, Pompé protège son groupe, déplace ses refuges et déjoue pendant plus de vingt ans les expéditions lancées contre lui. Par son intelligence stratégique, son courage et sa détermination, il demeure l'une des grandes figures de la lutte pour la liberté en Guyane.
Extraits livre Moundjok 2, Héros du marronnage de la Guyane
Linval, la puissance de la détermination pour la liberté
Originaire de la nation de Gorée, Linval est réduit en esclavage en Guyane au début du XIXe siècle. Employé aux travaux de creusement des canaux de Kaw, il refuse la soumission et s'enfuit en 1822. Réfugié dans la forêt de l'Approuague-Kaw, il fonde un village marron et mène une résistance active contre le système esclavagiste.
Avec ses compagnons, il aide d'autres personnes réduites en esclavage à gagner leur liberté. Capturé puis repris plusieurs fois, après des évasions au cours desquelles il brise de lourdes chaînes, il est condamné à mort en 1824. Jusqu'à son dernier souffle, Linval reste fidèle à son combat. Devant la foule, il appelle les personnes réduites en esclavage à résister et à prendre leur liberté.
Claire, une maman marronne qui voulait la liberté pour ses enfants
Au milieu du XVIIIe siècle, Claire devient l'une des figures de la résistance à l'esclavage en Guyane.
Née dans la colonie et réduite en esclavage sur l'habitation de Montjoly, elle subit violences et humiliations. Elle choisit la liberté pour elle et ses enfants. Elle s'enfuit avec sa fille Bathilde, âgée de 2 ans, et plusieurs compagnons. Elle retourne à Cayenne pour sauver son jeune fils François, âgé de 10 ans.
Après un long périple à travers la forêt, Claire rejoint la communauté marronne de la Montagne Plomb, sur les hauteurs de la rivière Kourou, dirigée par le chef André. Elle aide les nouveaux arrivants à s'installer, et partage ses connaissances de la forêt et de la vie en communauté.
En octobre 1752, lors d'une attaque des milices coloniales, Claire est capturée avec Copéna et plusieurs enfants. Condamnée à mort, elle est pendue à Cayenne. Son courage, son amour pour ses enfants et son engagement pour la liberté font d'elle une héroïne de l'histoire guyanaise.

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