Wassaï, un cocon afrovégétal pour prendre soin de soi
À Lyon, Wassaï est bien plus qu'un salon de thé : un tierslieu afrovégétal où la pâtisserie peu sucrée, les boissons aux saveurs panafricaines et les rencontres culturelles deviennent autant de manières de prendre soin de soi.
À Wassaï, tout commence par l'histoire d'Isabelle Thiollière Horth. Elle a grandi dans la Loire, avec une mère française, un père guyanais qu'elle ne rencontre vraiment qu'à l'adolescence, et une identité qui se cherche longtemps entre plusieurs mondes. La découverte de la Guyane à 19 ans, puis un voyage au Bénin quelques années plus tard, lui ouvrent une autre façon de se penser comme femme afrodescendante, panafricaine, ancrée ici et ailleurs à la fois. Arrivée à Lyon en 2013 pour étudier la photo, elle finit par se former à la pâtisserie, puis à l'entrepreneuriat, en imaginant un lieu qui lui ressemble : un salon de thé, un café, un espace d'expositions, un endroit où l'on vient autant pour manger que pour se retrouver. Le nom Wassaï, emprunté à un palmier et à un fruit emblématique de la Guyane, s'impose comme une évidence : un mot qui claque, qui chante, et qui tisse des ponts entre l'Afrique, la Caraïbe, l'Europe et Lyon.
Manger mieux sans renoncer au plaisir
En cuisine, Isabelle revendique une pâtisserie afrovégétale et sans gluten qui ne ressemble pas à une punition. Dans ses recettes, elle divise souvent le sucre par deux ou trois par rapport aux standards, et pour certains gâteaux, comme le fondant au chocolat, elle descend à une fraction de ce qu'on met d'habitude. En travaillant avec un chocolat de qualité, des fruits bien mûrs, des sucres non raffinés et des matières grasses végétales (huile de coco, tournesol, margarine), elle obtient des desserts plus digestes, plus doux pour le corps, sans sacrifier le plaisir. Elle s'appuie aussi sur des ingrédients afrocaribéens : manioc pour revisiter le flan, moringa dans les cookies ou les cakes, baobab et hibiscus dans certaines préparations. Parce que tout est végétal, bio autant que possible et issu de filières plus justes, ses gâteaux deviennent des desserts qu'on peut partager sans se demander qui pourra ou non en manger.
Un cocon afropéen, refuge pour les corps et les identités
Pousser la porte de Wassaï, c'est entrer dans un cocon aux couleurs terre : beiges, marrons, coussins en bogolan malien, objets ramenés de Guyane, du Bénin, du Congo, du Sénégal. La playlist saute d'un morceau afrocaribéen à une voix soul, puis à du folk ou du rock : ici, il n'y a pas une seule manière d'être afro, et ça s'entend. L'ambiance est douce, sans alcool, pensée pour qu'on puisse travailler, lire, discuter, venir avec un enfant ou un petit animal. Isabelle voit des corps qui se relâchent : des clientes en tailleur sur la banquette, des personnes qui finissent par faire la sieste, des afrodescendants, des queers, des personnes neuroatypiques qui se sentent enfin à l'aise dans un café. On casse gentiment quelques clichés, on laisse la place aux identités multiples, et on prend soin de soi dans un décor qui ressemble à ses imaginaires.
Ateliers, clubs, réseaux : le bien-être au pluriel
Très vite, Wassaï est devenu autre chose qu'un simple salon de thé. Le lieu accueille des clubs de lecture autour des littératures africaines et afrodescendantes, des ateliers de peinture, des séances de yoga avant l'ouverture, des afterworks pour Afropreneurs, des expositions d'artistes venus de la Caraïbe ou de l'océan Indien. D'une semaine à l'autre, on retrouve souvent les mêmes femmes, entre 20 et 45 ans, qui se croisent, discutent, se découvrent, gagnent en confiance au fil des ateliers, avant d'échanger numéros et comptes Instagram. Pour Isabelle, c'est beaucoup d'énergie, mais c'est aussi là que se joue le bienêtre collectif : dans ces espaces où l'on vient pour un gâteau peu sucré ou un latte au moringa, et où l'on repart avec une rencontre, une idée, l'envie de continuer à prendre soin de soi et des autres.
Wassaï, l'autre nom de l'açaï
Le wassaï est une petite baie pourpre qui pousse sur un palmier en Amazonie, appelé « palmier pinot » en Guyane, et que beaucoup connaissent sous le nom d'açaï. Depuis longtemps, les Guyanais la consomment en boisson épaisse, faite à partir de la pulpe, comme aliment du quotidien. Riche en fibres et en antioxydants, le wassaï est aujourd'hui présenté comme un fruit « bonne énergie », souvent classé parmi les « superaliments ». En donnant ce nom à son café, Isabelle rend hommage à cette baie de son pays d'origine, et à une idée simple : le bienêtre peut aussi venir des fruits, des recettes et des imaginaires de la forêt amazonienne.

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