Jodla nou ka roulé Kasékò
À la découverte du Kasékò, l'un des rythmes les plus emblématiques du patrimoine musical guyanais
Pas de chichi, juste le rythme. C'est la devise de La Bande à Emerick, spécialiste des rythmes traditionnels guyanais. Ses musiciens et danseurs ont transformé en salle de classe à ciel ouvert le parc de Rémire-Montjoly, le temps d'une journée.
Au son des tambours, curieux, passionnés et familles sont venus découvrir les fondements du Kasékò, l'un des rythmes les plus emblématiques de notre patrimoine musical.
Trois tambours et un ti-bwa
Sous un soleil de plomb, un carbet offre pourtant une ombre bienvenue. Mais les tambouyen préfèrent s'installer quelques mètres plus loin, en plein soleil. Ici, le confort ne se mesure pas à l'ombre, mais à la posture.
« Il faut être à l'aise avant de commencer à jouer. Le but, ce n'est pas de s'arrêter au bout de trente secondes », sourit Jérémy, président de l'association Bouton d'Or, présent aux côtés de La Bande à Emerick.
Tous vêtus de blanc, les musiciens prennent place. Certains jouent assis, d'autres légèrement inclinés. Jérémy, lui, retire ses chaussures. Pieds nus, il s'installe devant son tambour. Chacun choisit ensuite son instrument avec soin. Chaque tambour possède sa propre voix et son rôle dans l'orchestre.
Le tanbou foulé, ou foulé kasékò, porte la pulsation principale et guide les différents rythmes. À ses côtés, le tanbou koupé, aussi appelé dékoupé, vient enrichir la mélodie par ses variations. Plus grave, le tanbou plonbé, ou foulé fon, constitue la fondation sonore du Kasékò. Enfin, le ti-bwa, avec son timbre sec et régulier, apporte cette cadence reconnaissable.
Contrairement à d'autres sonorités du tambour guyanais, « dans le kasékò, il y a davantage de notes et de variations. On joue avec les sons graves au centre du tambour et les sons plus aigus sur les bords », confie Terry président de l'association La Bande à Emerick.
Une école de vie
Au-delà de l'apprentissage musical, Bouton d'Or, association créée par des jeunes pour des jeunes, revendique une mission sociale.
« Au tout début, nous étions une trentaine, âgés de 14 à 25 ans. Nous souhaitions lutter contre l'errance et la délinquance en proposant une autre voie : celle de la culture et du collectif », raconte son président.
L'histoire de l'association trouve ses racines au lycée. C'est là que Jérémy découvre les danses et les chants traditionnels grâce à son ami Emmanuel Sainte-Luce.
Le projet prend rapidement de l'ampleur avec l'arrivée de Terry et d'autres musiciens.« Noryo Barbe a joué un rôle essentiel en réunissant les premiers musiciens. Nous avons aussi reçu le soutien de figures reconnues du folklore guyanais comme Anccy Clet ou encore Mayo 2 Kaw, qui nous prêtait ses instruments lorsque nous n'avions pas les moyens d'en acheter, » se rappelle Jérémy.
Depuis, leur ambition s'est renforcée autour d'un credo simple : transmettre un héritage dans lequel la musique, la danse et les jeux d'antan racontent l'histoire d'un peuple.
Un groupe en hommage
Créée en 2026, La Bande à Emerick est née d'un élan d'amitié et de solidarité « pour notre ami parti trop tôt », explique Terry, son président.
Composée de douze membres, l'équipe s'est donnée pour mission de faire vivre le souvenir d'Emerick en plaçant la culture au cœur de ses actions.
« Nous voulons faire rayonner la culture partout où nous le pouvons et fédérer les habitants autour de ce que la Guyane a de meilleur », souligne Terry.
Pour Erine, la mère d'Emerick, cette initiative est une profonde source d'émotion. « Cela permet de faire revivre son souvenir avec beaucoup de sensibilité et de générosité. Savoir que la mémoire de mon fils continue de vivre à travers la musique et le folklore guyanais est pour moi une immense source de réconfort. Emerick était un amoureux de la culture », confie-t-elle.
Au-delà de l'hommage, La Bande à Emerick entend désormais s'inscrire durablement dans le paysage associatif local en faisant de la culture un véritable vecteur de rassemblement, de transmission et de mémoire.

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