Derrière Vaval, Pleurs, cornes et fwèt : le carnaval sur scène
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Spectacle

Derrière Vaval, Pleurs, cornes et fwèt : le carnaval sur scène

Nahomie PERIGNY; n.perigny@agmedias.fr
Thomas Lebrun crée un lien artistique fort entre le Centre chorégraphique national de Tours et les territoires ultramarins.
Thomas Lebrun crée un lien artistique fort entre le Centre chorégraphique national de Tours et les territoires ultramarins. • FREDERIC IOVINO

 Emmelyne Octavie ravive la mémoire collective du carnaval ce soir sur la scène de l'Encre dans le cadre du festival Danses Métisses. 

" Derrière Vaval, Pleurs, cornes et fwêt " la dernière pièce de Thomas Lebrun, chorégraphe et directeur du Centre chorégraphique national de Tours, sera jouée le 5 décembre à l'auditorium de l'Encre à 21h. 

Dans cette pièce où la danse rejoint la parole et soulève l'héritage du carnaval avec ses failles, la dramaturge guyanaise Emmelyne Octavie ravive la mémoire collective. Elle prête sa voix à trois figures emblématiques qui veillent encore dans l'imaginaire commun.

"L'idée première invitait chaque interprète à choisir une figure de son carnaval. Ils ont puisé dans leur vécu, dans leur lien intime avec ces personnages ", confie Emmelyne Octavie.
Trois esprits du carnaval se sont révélés : la Pleureuse, qui recueille les larmes et la tristesse des carnavaliers, portée par Gladys Demba de Guyane, le Diable rouge, choisi par Jean-Hugues Miredin originaire de la Martinique, et le fwèt, confié à Mickaël Top Guadeloupe.

 

C'est en 2024 que l'écrivaine a été approchée par Thomas Lebrun.

"On se met à crier dans un pays où plus personne ne s'entend"

 

" Il me commande un solo destiné à accompagner Gladys. Il était prévu qu'un auteur écrive également pour la Martinique et un autre pour la Guadeloupe. À l'issue de l'écriture, les autres danseurs ont souhaité que je réalise aussi leurs solos pour cette même pièce" se remémore-t-elle.

Pour chaque ligne d'écriture sur chacun des personnages, ce sont des échanges, des réflexions et des recherches qui ont nourri le travail. " Ce qui m'intéressait, c'était de trouver comment mettre ces personnages en voix. Gladys et moi avions beaucoup échangé à ce propos. L'objectif n'était pas simplement de parler du personnage, mais de comprendre pourquoi il avait été choisi, ce qu'il inspirait au quotidien, même en dehors du carnaval." 

Pour ce personnage qu'elle connaît intimement, elle consacre deux après-midi entières à l'écriture. Au fil des phrases, une symbolique s'impose  : " On a l'impression qu'on ne fait que ça : récupérer les larmes, les sécher… En Guyane, on se met à crier dans un pays où plus personne ne s'entend, et pourtant on reste là, debout. Il y a quelque chose de paradoxal. "

Pour les deux autres personnages, bien connus aux Antilles comme en Guyane, elle se livre avec la même intensité.
" Pour les garçons, le rapport était différent. Je connais un peu le carnaval des Antilles : le Diable rouge vit aussi chez nous, mais le fouet demandait une autre recherche. Comment donner vie à un son, à un objet, sans tomber dans l'illustration ? "
À cette question, elle répond seule, stylo en main :
" Nous sommes revenus à l'origine du fouet, celui qui frappait les esclaves. Et nous nous le sommes réapproprié. "

Un personnage, une interprétation

Au-delà des mots, se déploie l'impact culturel et historique de ces figures.
" C'est beau de voir se croiser la trajectoire intime et la trajectoire culturelle du projet. Derrière chaque personnage, se cache une multiplicité d'interprétations. Dans le solo de Gladys, on perçoit le rapport au silence, l'exigence de se taire… Ces silences laissent des traces. Le pays qui se tait renvoie aux origines, à l'interdiction de parler."

 

La pièce a déjà été jouée à Tours, avec un retour du public "au-delà des espérances."
Ce sera une première en Guyane. " On se demande toujours comment ce sera reçu chez nous : trop lourd ? trop dur ? trop festif ? Finalement, elle montre que nous ne sommes pas là seulement pour nous plaindre. C'est ainsi, c'est notre réalité." 

 

La troupe repartira dans une semaine pour de nouvelles représentations, cette fois à Paris.

" Derrière Vaval, Pleurs, cornes et fwêt " sera jouée le 5 décembre à l'auditorium de l'Encre à 21h.
" Derrière Vaval, Pleurs, cornes et fwêt " sera jouée le 5 décembre à l'auditorium de l'Encre à 21h.

 

 

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