30° Couleur à l’image du carnaval
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30° Couleur à l’image du carnaval

propos recueillis par F-XG (TV MAG N°1088)

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Après une projection en clôture du Prix de Court, festival itinérant de courts-métrages amateurs, le film antillais 30 ° Couleur arrive à l'Eldo. Édouard Montoute, acteur guyanais dans le rôle de Zamba, tient l'affiche avec Lucien Jean-Baptiste. Il explique le tournage et son personnage.

TV Magazine : Quelles ont été les premières réactions des gens qui ont vu le film ?

Édouard Montoute : Le véritable point négatif du film, c’est de ne pas être La deuxième étoile… Les gens s’attendent à voir une comédie, rien qu’une comédie et en fait, c’est dix fois plus riche que ça, plus complexe, plus humain, beaucoup plus décalé. C’est un film à l’image du carnaval… Il y a le mariage burlesque où c’est la fête, ça rigole. Il y a la journée rouge où c’est beaucoup plus âpre, plus tendu et puis, il y a le moment où ça pleure, où tu te vides très émotionnellement. C’est ça, le parcours que ressentent les spectateurs.
« Toutes les émotions que peut traverser le cœur y sont »
C’est néanmoins une comédie qui fait franchement rigoler…

Bien sûr ! Je trouve que c’est un humour plus fin, plus subtil. Il y a toujours une petite part de caricature parce qu’on pousse les trucs au maximum. Pour les gens qui ne connaissent pas le carnaval, on peut penser que c’est une caricature, comme on peut dire d’un voisin, celui-là, il est trop ! Eh oui, Zamba, mon personnage, il est trop ! Il est trop d’alcool, trop de plein de choses. Pendant le carnaval, ce sont les trois jours par an de sa vie où il exulte. Il est exubérant… Il n’y a qu’à voir les scènes du film où il n’est pas déguisé, quand ils sont dans le Nord de la Martinique, il est beaucoup plus calme, plus serein, voire grave. Toutes les émotions que le cœur peut traverser sont à l’intérieur de ce film.
Ça démarre à Paris et à la Défense avec un homme, Patrick, qui a réussi…

Et froid, comme son appartement ! Il n’y a rien de chaud chez lui et même sa fille, Loreyna Colombo, est impassible. Lui, c’est un peu l’homme pressé que joue Alain Delon et la suite du film en Martinique va être sa remise en question.
Le Guyanais n’a pas eu de mal à entrer dans la peau d’un Martiniquais ?

Ce n’est pas le Guyanais qui s’accapare le rôle d’un Martiniquais, c’est le petit banlieusard qui rentre dedans. À la base, je n’étais pas censé le faire ce rôle. Lucien m’avait dit : « Je suis désolé, je n’ai rien pour toi dans mon prochain film… » Et puis, au fur et à mesure qu’il écrivait avec Philippe Larue, ils s’imprégnaient de moi. Ils ressentaient qu’il y avait une petite chose d’Édouard Montoute dans Zamba, donc ils ont voulu me tester. Sans trop y croire, ni eux, ni moi. Dans le scénario, avant de s’appeler Zamba, mon personnage était dénommé le colosse noir ! J’en suis un peu loin… Et finalement, je suis rentré à fond dans la première scène, puisque c’est celle-là qu’on avait aux essais. Je suis arrivé en short avec une chemise en couleurs… Je commençais à le vouloir ce personnage mais il m’encombrait un peu… J’y suis allé et je me rappelle de la phrase de Philippe à la toute fin des essais, il a dit : « On est dans la merde ! »
Expliquez-vous…

Je leur avais mis le doute. Ils m’avaient fait venir aux essais pour être sûr que ce n’était pas moi. Les essais avaient duré une demi-journée, j’avais le rôle et c’est moi qui ai commencé à flipper ! Le colosse noir… On était tombé tous d’accord sur le fait qu’il fallait que j’aille là-bas un bon mois, que je prenne du poids. Lucien me disait : « Zamba, c’est un bonbon, on doit l'aimer même s’il est grandiloquent, exubérant, même s’il parle trop fort, même s’il est lourd. Mais s’il est toujours au premier degré, il n’est jamais pervers et c’est le mec que tous les enfants adorent.
Comment vous êtes-vous préparé en Martinique ?

J’étais chez un homme, Karim, qui a travaillé sur le film après, et qui est une force de la montagne ! Je suis allé habiter chez lui, chez ses parents, vers Bellefontaine. Lui, c’est un marin pêcheur et petit à petit, il m’a présenté aux gens ; ils ont oublié que j’étais comédien. Je suis parti pêcher avec lui, tirer les filets… J’ai essayé de devenir l’un des leurs, mais on n’oublie jamais qu’on est comédien. Je me suis tout de même imprégné de tout ça.
Et pour le créole ?

Je ne parle ni le créole guyanais, ni le créole martiniquais… J’ai toujours peur d’être ridicule, mais je peux le jouer… J’ai appris un peu phonétiquement. Ça m’a donné envie de m’y remettre.
Première scène du film où l’on vous voit, c’est en makoumè…

Non, il est déguisé en femme ! Ce n’est pas la même chose. Il n’y a pas de féminité exacerbée, c’est un peu comme Depardieu dans Tenue de soirée. C’est pour le besoin de la comédie comme dans la scène avec le policier, quand ils chantent : « brigadié makoumè, brigadié pa sa koké… »
Vous avez dû apprendre à marcher avec des talons…

Je sais marcher avec des talons, mal, mais le but n’est pas de faire la femme. Je sais à peu près courir. Le plus difficile quand tu cours en talon, ce n’est pas de courir, c’est de tourner…
Ça fait longtemps qu’on attend un tel film aux Antilles…

Il y a un cinéma antillais, mais là, c’est un film qui supporte le face à face avec le cinéma américain. Tout ce qui est imaginable a été mis dans ce film, au niveau du montage, de la déstructuration de certaines narrations de séquences. Le montage est un jump cut entre le moment où Lucien cherche sa mère, moi, en train de me battre et les enfants en train de faire une sorte de danse macabre et païenne, et l’utilisation de sons et de musiques qui ne sont pas que Kassav ou du reggae… Et quand tu entends Iggy Pop, tu te dis : waouw !
Ce film est rock’n’roll ?

Il a quelque chose de Tarantino dans ce film ! Mais c’est un film antillais avec un esprit. Il y a le carnaval… Moi, l’esprit antillais, je le trouve dans un moment de pure beauté, quand ils sont au bal dans le Nord. Lucien regarde, il a enlevé sa perruque et il redécouvre son pays, c’est d’une beauté…
Chez les voisins aussi avec la grand-mère qui regarde sa telenovela, la jeune fille enceinte au téléphone avec son copain…

Non, chez les voisins, c’est Kusturica ! J’espère qu’il y aura une fierté de ce peuple-là d’être dans ce film !
Vous craignez leur réaction ?

C’est un film fait avec le cœur, donc il parle à la multitude. Il parle aux gens qui ont quitté leur pays, à ceux qui sont restés, Zamba est resté. C’est un film riche en émotion, en divertissement, en pleurs… Un de mes amis est allé le voir, puis il m’a appelé juste après. Il était sur la route et m’a dit qu’il s’était arrêté pour appeler sa mère… C'est un film qui touche et c’est ça qui trouble les producteurs et les distributeurs… Eux, ils attendaient La deuxième étoile.

30° Couleur, à l'Eldo.
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