Suriname : la colère gronde sur le fleuve
Cela est d’autant plus remarquable que c’est rare et lourd de conséquences : l’aérodrome de Stoelman’s Island est bloqué en guise de protestation, pour attirer l’attention sur la pénurie d’enseignants.
Cela est d’autant plus remarquable que c’est rare et lourd de conséquences : l’aérodrome de Stoelman’s Island est bloqué en guise de protestation, pour attirer l’attention sur la pénurie d’enseignants.
Ce sont les élèves des écoles, dans leur uniforme scolaire et leurs professeurs, qui bloquent la piste de l’aérodrome de Stoelman. Ils sont soutenus dans leur action par les capitaines, représentants de l’autorité coutumière.
L’expression du ras-le-bol
« Nous poursuivrons l’action jusqu’à ce qu’il y ait une solution ou nous viendrons à Paramaribo », disent les enseignants en fin de journée, lundi. Pour attirer l’attention des autorités de la capitale sur la pénurie d’enseignants à l’école primaire et secondaire du Stoelman’s Island, les élèves et les enseignants ont barricadé la piste de l’aérodrome. Ils ont formé un cordon humain et déposé sur la piste des tonneaux vides, des pupitres d’école et des chaises cassées.
Les élèves et leurs parents en ont plus qu’assez et ils sont soutenus par les capitaines dans leur mouvement. Depuis la rentrée scolaire du 1ᵉʳ octobre, les cours n’ont pas pu se tenir normalement faute d’enseignants. Seuls, deux des dix prévus sont à leur poste. On les comprendra aisément quand on connait l’état d’insalubrité des logements offerts, ou simplement, l’absence d’hébergement, ainsi que les conditions sanitaires proposées, fortement dégradées par le manque d’eau.
Stoelman nœud logistique
L’aérodrome de Stoelman, installé sur l’île du même nom : Stoelman Island, est un lieu stratégique du fleuve. L’île est à la confluence des rivières Tapanahony, qui coule au Suriname et Lawa, qui, en aval de ce point, aidée par les eaux de son affluent, devient le Maroni. Juste à côté de Grand Santi, pratiquement, à mi-chemin entre Albina et Maripasoula et avec son aérodrome servi par de nombreuses dessertes journalières, c’est un nœud important de la logistique du fleuve. Le fret et les personnes amenés par les avions y poursuivent leur route grâce aux canots.
La grave sécheresse du moment affecte durement le fonctionnement des pirogues qui sont à 95% à l’arrêt. Seules les plus légères se risqueront au voyage, monnayant très cher leur service. La logistique aérienne est donc d’autant plus vitale pour acheminer les denrées essentielles et ce mouvement qui bloque la piste est lourd de conséquences sur le transport des marchandises comme des personnes.
Le mouvement de protestation qui anime la population de Stoelman’s Island reflète la colère de l’ensemble des habitants de rives des fleuves du Suriname, pas seulement sur les Lawa et Maroni, mais aussi à l’intérieur du pays. Le sentiment d’abandon est exacerbé avec la sécheresse et prend la forme de l’urgence en ces jours de pénuries. Ce n’est, cependant, que le point culminant d’une situation d’abandon et d’un ‘’deux poids, deux mesures’’ entre la ville et la campagne. Il manque de tout : eau potable, vivres, carburants pour les groupes électrogènes.
Le mouvement des écoliers de Stoelman’s Island sera-t-il suffisant pour que la voix des populations déshéritées de l’intérieur résonne jusqu’au cœur du pouvoir ? À l’heure où se profilent les élections générales, et alors que la revendication est soutenue par les autorités coutumières, ce fait-divers sera-t-il exploité politiquement ?

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