Cartographie scolaire : quand le Suriname annexe une partie de la Guyane...
Le ministère de l'Éducation du Suriname intègre une portion du territoire guyanais dans les cartes présentes dans ses manuels scolaires.
Dans un article publié ce mercredi, notre confrère du Suriname Herald titre : « Le ministère de l'Éducation corrige une carte incorrecte du Suriname dans un livre de lecture ». Sous prétexte du litige territorial avec le Guyana à l’ouest, une zone encore en négociation avec la France est, de facto, représentée comme surinamienne.
Il convient de replacer cette information dans son contexte. Alors que le Suriname entre en période électorale, la question de la zone du Tigri, au sud-ouest, ressurgit souvent, alimentant un discours nationaliste.
Le conflit territorial avec le Guyana s’intensifie sur fond de tensions régionales, notamment autour de la zone de l’Essequibo, où les différends entre le Guyana et le Venezuela suscitent l’inquiétude de la communauté internationale. Le Suriname, de son côté, continue de rappeler au Guyana ses revendications sur le Tigri.
C’est dans ce contexte que le ministère surinamais de l'Éducation a diffusé de nouvelles cartes présentant un tracé contesté des frontières, surtout autour des îles du fleuve Corentijn. La zone du Tigri y est aussi indiquée comme appartenant au Suriname, tandis que d'autres cartes suggèrent une annexion implicite d’une portion du territoire guyanais.
Toujours selon le Suriname Herald, le ministère a émis de nouvelles directives à destination des enseignants « à propos des deux zones contestées dans le sud-ouest et le sud-est », précisant :
« Afin que les étudiants obtiennent des informations correctes sur les frontières du Suriname avec le Guyana et la Guyane française… »
Ainsi, sans tapage, le Suriname semble grignoter une partie du territoire de la Guyane. Lors des négociations de frontière en 2021, entre la France et le Suriname, cette zone avait été désignée comme « objet d’une ultime négociation ». Quatre ans plus tard, aucun accord n’a été ratifié par le Suriname, et le statut de la zone du Litani demeure en suspens.
C’est l’incident de l’îlet Kapasi, en 2018, qui avait conduit à une relance des discussions frontalières, après une opération de gendarmerie française ayant abouti à l’incendie de matériel d’orpaillage sur une île revendiquée par le Suriname.
Faut-il attendre un nouvel incident, sur fond d’orpaillage illégal, pour que les négociations reprennent réellement ? Le prochain gouvernement surinamais, issu des élections prévues le 25 mai prochain, sera-t-il disposé à engager enfin la signature de cet accord ?
Sur le site du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, on peut lire :
« La France et le Suriname ont signé, le 15 mars 2021, un protocole à annexer à la Convention de Paris du 30 septembre 1915, afin de délimiter les trois premiers segments de la frontière avec la Guyane française, depuis l’estuaire du Maroni jusqu’à la confluence de la Lawa, du Litani et du Marouini. »
La ratification de ce protocole reste en attente.
Sources :
• Suriname Herald – MinOWC corrige une carte incorrecte du Suriname dans un livre de lecture
• Géoconfluences – La frontière Suriname/Guyane française : géopolitique d’un tracé qui reste à fixer
• Relations bilatérales – Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères
• Gov.fr – Protocole de délimitation signé le 15 mars 2021

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