Jean a obtenu le job de nettoyage de cette tombe. D'autres suivront (LM)
Alors que le cimetière fermera ses portes dans quelques jours en prévision de la Toussaint, les jeunes arpentent les allées proposant une main-d'oeuvre à bon prix. Visite au cimetière de Cayenne.
Le soleil, pas encore au zénith en ce mardi matin, écrase tout sur son passage. Pourtant, le cimetière de Cayenne, habituellement livré au recueillement et au silence éternel, est aussi animé qu'un marché aux poissons. Le marchandage y compris. Comme chaque année à cette période, les Guyanais s'affairent autour des tombes de leurs proches. Malgré le soleil, l'ambiance est au nettoyage, au cerclage, au lavage. Certains s'adonnent à la peinture. Ou donnent le job aux jeunes qui s'installent dans les cimetières à la veille de la Toussaint. C'est un moyen pour eux de se faire un peu d'argent avant la reprise des cours la semaine prochaine. Depuis la semaine dernière, Rubens, Prisca, Miguel, Élie et Jean arpentent les allées du cimetière de Cayenne. Ces « jobeurs » , comme ils se nomment eux-mêmes, constatent que les Cayennais mettent de moins en moins la main à la poche, préférant effectuer eux-mêmes les menus travaux au programme. « Les clients sont rares » , concède Rubens, surtout que les tombes, désormais en dur, nécessitent moins d'interventions. Un coup de chiffon et le tour est presque joué.
Prisca, quant à elle, se remémore le bon vieux temps où les clients faisaient la queue pour acheter ce fameux gérique, coquillages écrasés mélangés avec du sable. Les familles ne concevaient pas leurs tombes sans le gérique, au-dessus ou aux alentours. C'était la tradition. Une tradition interdite depuis quelques années. Par contre, pour Miguel et Élie, rien n'a changé et leur chiffre d'affaires reste stable. Il est vrai que ces jeunes hommes, au fil des années, se sont créés une clientèle de fidèles qu'ils retrouvent à chaque Toussaint. Fidèles aussi, ils sont là chaque jour dès 5 heures du matin devant le cimetière de Cayenne, armés de leur sabre, leur houx et les infatigables seaux. Ils dégainent même les pinceaux quand c'est nécessaire.
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