Procès tendu d'un orpailleur surinamais à la cour d'appel de Cayenne
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JUSTICE

Procès tendu d'un orpailleur surinamais à la cour d'appel de Cayenne

Inès LE ROC'H
La cour d'appel de Cayenne
La cour d'appel de Cayenne • GT

Un homme d'une trentaine d'années, de nationalité surinamaise, comparaissait ce 20 mars devant la cour d'appel de Cayenne pour des faits de d'entrée illégale sur le territoire français et de transport d'or non déclaré

Dans le box de la salle d'audience de la cour d'appel de Cayenne, un homme d'une trentaine d'années, originaire du Suriname, fait face à la cour. Sur les bancs, sa famille, venue en nombre. Ce dernier comparaît après avoir fait appel d'une décision rendue le 30 janvier dernier.

Ce jour-là, dans le cadre d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), il avait accepté une peine de 12 mois d'emprisonnement, 5 ans d'interdiction du territoire français et 3 000 euros d'amende. Cette sanction avait été prononcée en réponse à une entrée illégale sur le territoire français et au transport d'or sans déclaration.

Les faits qui lui sont reprochés remontent au matin du 28 janvier. Il est 8h20 lorsque les douanes françaises interceptent sa pirogue. À bord, 20 grammes d'or non déclarés, estimés à 3 000 euros. On trouve aussi de l'argent liquide : dollars américains, euros, monnaie surinamaise, un total d'environ 2 800 euros. Pour finir, une chaîne et un pendentif en or d'une valeur de 5 500 euros. Tout est saisi.

Un orpailleur entre deux rives

Aujourd'hui, l'homme conteste. " Je ne connaissais pas mes droits ", explique-t-il. À la barre, il se défend calmement. L'or, affirme-t-il, provient de son activité d'orpailleur, que lui et sa famille assurent légale. Il évoque des revenus d'environ 1 000 euros par mois. Pourtant, dans le dossier, à deux reprises, l'activité est qualifiée d'illicite.

Ce jour-là, il insiste, il ne venait pas vendre. " Je transportais l'or par précaution, pour ne pas me le faire voler " certifie-t-il. D'après ses dires, les prix de l'or seraient en baisse entre décembre et janvier et il attendait une remontée au Suriname. " Je ne savais pas qu'il fallait le déclarer ", ajoute-t-il.

Son parcours raconte une vie entre les deux rives du Maroni. Lui vit au Suriname, mais toute sa famille est en Guyane. Ses parents, ses frères et sœurs y sont installés. Sa fille de 11 ans aussi, confiée à une tante à Cayenne. Des virements d'argent entre les deux pays apparaissent dans le dossier. " C'est pour ma fille ", clarifie-t-il.

Sa demande de régularisation a expiré en novembre 2025. Mais il affirme être venu ce 28 janvier pour déposer ses pièces. Les démarches administratives auraient été engagées, selon son avocate, depuis 2022. Son projet est clair : s'installer en France, " j'essayerai de trouver du travail ici ".

"On est face à une justice hypocrite"

L'avocat général requiert 18 mois d'emprisonnement. Et face à lui, l'avocate de la défense s'emporte. "On est face à une justice hypocrite", lance-t-elle. Elle conteste point par point. L'orpaillage ? Légal, documents du patron à l'appui. La mention contraire dans le dossier ? " Une erreur. " L'interpellation ? Sur le fleuve, dans une zone où " les habitants circulent sans justificatif voire sans passeport ". Elle dénonce une procédure expéditive et une CRPC utilisée " pour tout et n'importe quoi ". Sa plaidoirie est sans concession. Elle demande la relaxe, la restitution des biens, et, à défaut, aucune peine. " Que fait-il en détention, dans un centre déjà surpeuplé ? "

A la fin de l'audience, le prévenu est inquiet. " Comment je fais pour voir ma fille et ma famille si je suis interdit du territoire français pendant 5 ans ? ". La décision a été mise en délibéré. Elle sera rendue le 27 mars.

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