L' histoire et la géographie de la Guyane poussent les portes des programmes scolaires
La réflexion pourrait ensuite concerner d'autres disciplines comme l'art, l'environnement ou la biologie
Jean Moomou docteur en histoire et civilisations a présenté, la synthèse sur la territorialisation de l'enseignement en Guyane, mardi 12 mai.
" L'histoire et la géographie de la Guyane doivent être intégrées aux programmes scolaires afin de permettre aux élèves d'avoir un véritable ancrage sur leur territoire ", affirme le docteur en histoire. Pour illustrer son propos, il cite le témoignage d'un enfant scolarisé en Guyane, publié dans Libération : " Moi, jeune, dans les livres d'histoire-géographie, je ne vois aucune image de mon pays : la Guyane. "
Ce témoignage a servi de point de départ à deux journées d'études organisées en janvier 2025. Les échanges ont fait ressortir une réalité : la Guyane possède plusieurs histoires liées à ses territoires. " Il y a la vallée de l'Oyapock, le Maroni et le Littoral. Chacun possède sa propre mémoire et ses références ", explique Jean Moomou.
Une histoire encore peu enseignée
Selon lui, cette diversité reste pourtant peu visible dans les programmes scolaires. " Combien d'élèves connaissent l'histoire du marronnage ou les noms des Créoles qui se sont révoltés pendant l'esclavage ? Tout cela, ils ne l'apprennent pas, ou très peu, à l'école ", regrette-t-il.
Dans plusieurs familles du Maroni ou dans certaines familles créoles, la transmission continue donc de se faire à la maison. D'autres jeunes cherchent eux-mêmes ces connaissances sur les réseaux sociaux. Élise, élève de sixième au Collège Gérard-Holder, raconte : " Pour connaître l'histoire de mon peuple, je regarde Sabiboto sur Instagram parce qu'à l'école, on ne nous apprend que l'histoire des rois de France. "
Élodie,étudiante en histoire, à l' université de Guyane, partage le même constat. " Au collège et au lycée, les professeurs survolaient souvent les sujets liés au territoire parce qu'ils estimaient que cela retardait le programme ", explique-t-elle.
Compléter le programme national
Jean Moomou assure toutefois qu'il ne s'agit pas de remplacer le programme national. l' objectif consiste plutôt à y intégrer davantage de références locales. Bruno Niederkorn, professeur de Lettres et d'histoire prend l'exemple de la Seconde Guerre mondiale : " Quand ce chapitre est étudié, les enseignants peuvent aussi expliquer comment la Guyane a vécu cette période. "
Pour lui, cet enseignement dépasse la seule question historique. " Les élèves comprennent mieux le sens de la citoyenneté lorsqu'ils connaissent le territoire dans lequel ils vivent ", estime-t-il.
Le constat s'étend également à la géographie. Guillaume Gelé, recteur de l'académie Guyane évoque certaines scènes observées lors de déplacements dans des écoles du Haut-Maroni. " J'ai vu des supports pédagogiques qui utilisaient la neige comme illustration. Les enfants doivent pouvoir se reconnaître dans ce qu'ils apprennent ", souligne-t-il.
Des outils à adapter
Douze pistes de travail figurent dans cette synthèse. Les auteurs proposent la rédaction d'une circulaire académique afin de préciser les modalités d'adaptation des programmes d'histoire-géographie. Ils souhaitent aussi la création d'un nouveau manuel scolaire consacré à la Guyane ainsi qu'une frise chronologique dédiée à l'histoire du territoire.
Le recteur soutient cette orientation. " Ces outils aideront les enseignants qui connaissent déjà la Guyane comme ceux qui arrivent sur le territoire. Ils montrent aussi la nécessité de mieux former les professeurs sur ces sujets ", affirme Guillaume Gelé.
La réflexion pourrait ensuite concerner d'autres disciplines comme l'art, l'environnement ou la biologie.

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