Jacques Chinon, six fois champion de France et champion d'Europe en 1982 (catégorie poids léger) transmet aujourd'hui son savoir à des détenus (MD)
« À travers la boxe, j'essaie de faire passer la bonne parole. Par le sport, les détenus peuvent s'en sortir. » Le champion de boxe guyanais, Jacques Chinon, consacrera désormais son savoir-faire à l'enseignement en milieu carcéral.
À partir du mois d'octobre prochain, les détenus du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly pourront s'initier à la boxe.
L'histoire commence lorsque le Lions club de Saint-Martin de l'île de Ré intègre, dans la bibliothèque de la maison centrale de Saint-Martin de Ré, un livre consacré à la vie du boxeur guyanais, Jacques Chinon (*). L'ouvrage avait à l'époque attiré l'attention de Jacques Djeddi, éducateur sportif en milieu carcéral, qui a pris l'initiative de contacter celui qui fut par six fois sacré champion de France et champion d'Europe en 1982 afin de lui proposer de suivre une formation de professeur de boxe en milieu pénitencier.
En juin dernier, Jacques Chinon échangeait avec les détenus de l'île de Ré. Aujourd'hui, c'est avec les détenus de Guyane qu'il souhaite partager son expérience.
« REPRENDRE GOÛT À LA VIE »
Afin d'enseigner la boxe en prison, le champion guyanais a suivi une formation de dix jours à la maison centrale de Saint-Martin de Ré. « Dans cette prison, les détenus ont tous des longues peines de quinze, vingt parfois vingt-cinq ans. Il faut leur faire comprendre que la prison n'est pas une fin en soi. À travers la boxe, les détenus peuvent reprendre goût à la vie. »
« La boxe responsabilise les détenus, beaucoup m'ont remercié de les avoir aidés à prendre confiance en eux. » C'est encore rempli d'émotion que Jacques Chinon, 65 ans, évoque ses dix jours de formation. Après avoir quitté les rings, voilà trente ans, c'est en tant qu'éducateur sportif que le champion continue d'exercer sa passion. Une vie dédiée à la boxe.
Enseigner en prison comporte des spécificités. « Certains pensaient me démolir. J'ai dû m'imposer comme professionnel et leur faire comprendre que le patron c'est moi. Face à ces personnes, il faut être supérieur physiquement et professionnellement » , argumente le boxeur. « En prison, il faut aussi adapter son vocabulaire. Je ne m'intéresse pas à pourquoi ils sont là mais à pourquoi il veulent pratiquer la boxe. »
COLOSSE AUX PIEDS D'ARGILE
Derrière sa carrure de boxeur, ses mains épaisses, se cache une sensibilité à fleur de peau. « Les détenus m'appelaient papa. Quand j'ai quitté la centrale, mes élèves m'ont laissé une lettre que je n'ai ouvert qu'à mon arrivée à Cayenne. Cela m'a beaucoup touché, ce sont des hommes avec des grosses peines mais qui ont un coeur. Ils m'ont remercié de les avoir considérés comme des hommes et pas comme des détenus. »
Notre boxeur au grand coeur n'est pas resté indifférent à ces dix jours passés à l'entraînement. « À mon départ, j'ai été très affecté. J'avais le sentiment de les avoir abandonné. Quand vous faites du sport, vous n'avez pas de détenus, mais seulement des élèves. »
(*) Jacques Chinon, de Jocelyne Barbas et Jacques Chinon (Ibis Rouge).
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