SURINAME : Wacapou connection
Un scandale enfle au Suriname autour du bois de Wacapou, utilisé sous forme d'équarris comme poteaux électriques. Un énorme stock non déclaré de cette espèce réglementée a été découvert au sein de la compagnie électrique nationale EBS
La SBB, équivalent au Suriname de l'ONF français, vient de réaliser un contrôle sur le parc des poteaux de l'entreprise électrique nationale (EBS). Des soupçons reposent sur quelque 5 000 poteaux, qui proviendraient de l'exploitation forestière illégale. Ce lot très important a été saisi. Les faits ne sont pas isolés, et des avertissements avaient déjà été lancés par le passé. Depuis mai 2024, l'entreprise publique a été informée à plusieurs reprises de ses pratiques illégales, de la manière de les prévenir et des conséquences qui découleraient du non-respect des procédures.
« Nous regrettons qu'EBS, en tant qu'entreprise publique, refuse l'accès à son site à la SBB, qui effectue la supervision des grumes pour le compte de l'État », peut-on lire dans la lettre adressée au directeur d'EBS.
L'alimentation électrique en otage
En réponse à ce contrôle, le directeur Léo Brunswijk demande la levée de la saisie. « En raison de la saisie des poteaux, EBS n'est plus en mesure de garantir l'approvisionnement en électricité au Suriname. Si un poteau dans un quartier doit être remplacé, il n'y a pas de poteaux disponibles parce qu'ils ont été confisqués. »
Une enquête est en cours et le dossier a été transmis au procureur. Elle déterminera si des infractions pénales ont été commises. Le gouvernement, dirigé par la présidente Simons, a été informé. Léo Brunswijk, pour EBS, et le directeur de la SBB, Ruben Ravenberg, n'ont pas fait de commentaires. La position particulière de Léo Brunswijk, frère de l'ancien vice-président, rend le dossier très sensible. Ce dossier, qui oppose une entreprise publique à un organisme de certification officiel, a un caractère détestable, alors que les politiques appellent à un pays exempt des affres de la corruption.
Le secteur du bois est particulièrement exposé, tout comme le commerce des espèces sauvages, aux systèmes mafieux qui tentent de contourner les règles de protection de l'environnement. Au moment où la présidente Simons s'engage devant l'ONU pour un Suriname plus vert, l'affaire tombe mal.
La chaîne de production légale des poteaux
Le Wacapou (Vouacapoua americana) est une des essences les plus durables et les plus belles du plateau des Guyanes. Très dur, il est aussi très lourd. Son tronc est équarri manuellement sur le lieu de la coupe par des mains expertes, généralement autochtones. Les longueurs demandées sont de 8 ou 12 mètres. Ils sont ensuite extraits de la forêt et dirigés vers la ville. À ce moment entre en jeu le système de certification du Suriname, appelé SFISS, avec lequel l'exploitation forestière au Suriname est étroitement surveillée. Chaque code-barres posé sur un tronc permet de retracer l'endroit où se trouvait l'arbre, sur quel itinéraire il a été transporté et qui étaient les propriétaires du tronc.

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