Le vice-président et l'ex-président du Suriname liés au trafic de drogue en Colombie
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Le vice-président et l'ex-président du Suriname liés au trafic de drogue en Colombie

La rédaction
Le Suriname et ses hommes politiques sont pointés comme une étape clé du trafic de drogue depuis la Colombie.
Le Suriname et ses hommes politiques sont pointés comme une étape clé du trafic de drogue depuis la Colombie. • SHUTTERSTOCK - COPYRIGHT (C) 2020

Des enquêteurs américains et colombiens ont établi un lien entre le vice-président du Suriname, Ronnie Brunswijk, et l'ex-président, Desi Bouterse, et leur implication dans le trafic de cocaïne. Des courriels piratés mettent en lumière ce réseau. 

Les courriels font partie d'une mine de documents qui ont fuité du bureau du procureur général de Colombie en 2022 et fournis à un consortium de journalistes.

Cette information est notamment mise en lumière par le site InsightCrime, spécialisé dans le crime organisé sur le continent américain.

D'après le média : "les allégations contenues dans les courriels s'ajoutent aux rumeurs persistantes sur le rôle de Brunswijk et Bouterse dans le commerce de la cocaïne via le Suriname, pour lequel ils ont tous deux été condamnés dans le passé. Ils agiraient en tant qu'intermédiaires et utiliseraient leurs relations au sein du gouvernement surinamais pour faciliter la contrebande de cocaïne en échange de pots-de-vin."

Le groupe de guérilla colombien "Ejercito de Liberacion Nacional" (ELN), et les groupes dissidents des Forces armées révolutionnaires colombiennes démobilisées (Farc) ont tous deux envoyé de la cocaïne via le Suriname ces dernières années, selon d'autres courriels piratés.

Ces derniers ont notamment profité des frontières poreuses du Suriname et des infrastructures que le pays détient pour faciliter l'envoi de cocaïne vers les principaux marchés européens.

Ronnie Brunswijk : Sauver une cargaison confisquée ?

Les liens présumés de Brunswijk avec le trafic de drogue sont mis en évidence dans un mail du 25 août 2020, soit un peu plus d'un mois après sa prise de fonction en tant que vice-président.

Dans cet email, un agent de la Drug enforcement administration (DEA) des États-Unis écrit au bureau du procureur colombien au sujet d'une récente opération de saisie de drogue ratée au Suriname. Selon l'agent de la DEA, " l'unité surinamaise soupçonne le vice-président d'être en contact avec des méchants... parce que l'opération n'a pas abouti à des saisies ou à des arrestations. " L'un de ces "méchants", Gilbert Samuels, s'est fait prendre dans une embuscade de la KPS, la police du Suriname, le 21 août 2020. Il détenait 400 kilos de cocaïne sur lui. Les agents avaient alors rapidement rendu le contenu à l'intéressé lorsqu'ils se sont rendus compte que la drogue appartenait à un criminel avec des relations importantes.

Desi Bouterse encore en jeu ?

Toujours rapporté par Insight Crime, des éléments sur l'implication de l'ex-président Bouterse dans le trafic de drogue sont apparus dans un autre mail piraté.

Dans un courriel daté du 6 mai 2022, un autre responsable du ministère public colombien a informé un supérieur d'un rapport (de source informelle) selon lequel Bouterse aide à faire le commerce de cocaïne de la Colombie via le Suriname, vers les Caraïbes mais aussi en Afrique et en Europe. "Je demande l'octroi d'une décision préjudicielle pour vérifier les informations susmentionnées et mener les activités juridiques qui pourraient survenir pour fournir des éclaircissements sur les personnes associées à ces événements ", écrit également l'enquêteur colombien.

Rappelons que Desi Bouterse a été à la tête du Suriname entre 1980 et 1987. Une période au cours de laquelle il aurait utilisé son contrôle de l'armée pour vendre de la drogue. En 1999, il a d'ailleurs été condamné par contumace par un tribunal néerlandais pour trafic de drogue. Malgré tout, Bouterse est revenu à la tête de son pays entre 2010 et 2020.

La source de l'enquêteur colombien a indiqué que Bouterse était en contact avec un trafiquant de drogue surinamais, dont le réseau comprenait également un trafiquant colombien qui tentait d'obtenir un avion privé modifié pour transporter entre 1,2 et 1,5 tonne de cocaïne.

Comme Brunswijk, Bouterse aurait également un lien avec Gilbert Samuels. L'avion privé que ce dernier utilise pour faire passer de la drogue a été acheté en 2017 sous consultation de l'ancien président. Plusieurs sources anonymes ont déclaré au média local United News que l'avion avait été acheté avec des fonds gouvernementaux pour le trafic de drogue. Une information niée par l'intéressée.

Les fournisseurs colombiens

D'autres courriels piratés suggèrent que des trafiquants surinamais travaillent avec des groupes de guérilla colombiens, Farc et ELN, pour obtenir de la cocaïne par le biais de vols clandestins.

InsightCrime rappelle que les "relations entre la guérilla colombienne et les trafiquants surinamais remontent à des décennies." Par exemple, Desi Bouterse a échangé des armes contre de la cocaïne avec les Farc dans les années 1990, selon une enquête parlementaire brésilienne de 2000.

Les mails piratés montrent que les groupes de guérilla colombiens continuent d'approvisionner les contrebandiers surinamais en cocaïne.

Le Front de guerre de l'ELN transporte de la cocaïne par véhicules de San Vicente del Caguán, dans le département colombien de Caquetá, jusqu'à une piste d'atterrissage à Arauca, près de la frontière vénézuélienne. Les pilotes transportent ensuite la cocaïne au Suriname. La drogue est enfin exportée du Suriname vers l'Europe. Cette route est également mise en avant dans une vidéo du Monde, publiée en Avril 2023.

 

Les routes de la cocaïne à travers le Suriname
Les routes de la cocaïne à travers le Suriname • Source : InsightCrime

 

L'ELN serait payée au Suriname avec des dollars américains, qui sont ensuite renvoyés en Colombie et échangés contre des pesos.

Un autre document indique que les Farc font passer en contrebande entre 1 et 2 tonnes de cocaïne par mois depuis les pistes d'atterrissage clandestines de Maroa et Yavita, deux hameaux de l'Amazonas, au Venezuela, près de la frontière avec la Colombie, vers l'Amérique centrale, le Mexique et le Suriname.

En août 2023, le président du Suriname Chan Santokhi déclarait à la station de radio ABC que des avions transportant de la drogue atterrissaient toujours quotidiennement à l'intérieur du Suriname.

 

Les informations de Insight Crime font partie de #NarcoFiles : The New Criminal Order, une enquête journalistique transnationale sur le crime organisé mondial. Le projet, mené par l'Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) en partenariat avec le Centro Latinoamericano de Investigación Periodística (CLIP), a commencé par une fuite d'e-mails du parquet colombien, qui ont été partagés avec 32 médias à travers le monde. Les journalistes ont examiné et corroboré le matériel, ainsi que des centaines d'autres documents, bases de données et interviews.

 

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