Shelly : "La musique, ce n'est pas ce que je fais, c'est ce que je suis"
À l'occasion de la sortie de son premier EP, Yana Empress, le 10 avril, l'artiste guyanaise Shelly s'est confiée à France-Antilles-Guyane. Un projet musical mêlant racines, diversité et ambition
Rien, au départ, ne prédestinait Shelly, de son vrai nom Bocage Keilany, à embrasser une trajectoire musicale aussi affirmée. Étudiante en licence de lettres, elle découvre l'écriture presque par accident, durant le confinement.
" J'ai commencé pour m'amuser... puis ça m'a vraiment plu ", confie-t-elle. Dans cet espace suspendu, l'écriture devient un refuge, puis une évidence. Encouragée par son entourage, elle s'essaie au studio, d'abord dans le rap. En 2023, elle se distingue en étant la seule femme finaliste d'un concours, posant les premières pierres d'un parcours encore naissant, mais déjà singulier.
Une identité façonnée par la Guyane
Née à Cayenne, Shelly revendique une appartenance forte à la Guyane, territoire-monde où les influences se croisent et se répondent. " On baigne toujours dans la musique... ça vient de partout ", explique-t-elle.
Entre héritage caribéen, voisinages sud-américains et culture familiale marquée par le chant, son univers s'est construit dans le mélange. Une richesse qui irrigue aujourd'hui sa musique. Ses références vont des figures locales féminines aux icônes du dancehall comme Vybz Kartel ou Spice, dont l'empreinte se retrouve dans son goût pour les rythmiques puissantes et les basses profondes.
Du rap au dancehall, l'évidence des basses
Si le rap constitue son point de départ, Shelly bifurque progressivement vers le dancehall, un terrain plus instinctif. " J'aime les rythmes avec beaucoup de basses ", résume-t-elle.
Refusant toute étiquette figée, elle préfère se définir comme une " artiste ", libre de naviguer entre les styles. Cette liberté devient la colonne vertébrale de son identité musicale.
La rencontre décisive avec Jahyanai
Le véritable tournant intervient en 2025. Un titre, transmis presque par hasard, parvient jusqu'à Jahyanai. La réaction est immédiate : " des frissons ", raconte Shelly. La rencontre débouche sur une signature au sein du label Rude Empire détenue par l'artiste guyanais, détecteur de talents.
Plus qu'un producteur, Jahyanai devient un mentor, structurant son développement artistique et affinant sa direction. Une étape clé qui inscrit Shelly dans une dynamique professionnelle et ambitieuse.
Yana Empress, un manifeste de conquête
Son premier EP, Yana Empress, dépasse le simple cadre d'un projet de lancement. Il s'agit d'un manifeste. " Pas la femme de l'empereur, mais celle qui part à la conquête ", insiste-t-elle. Le titre conjugue " Yana ", surnom de la Guyane, et " Empress ", impératrice. Une affirmation de puissance et d'identité. Sur six titres, Shelly déploie un univers hybride, entre dancehall, trap et afro. Un projet qu'elle qualifie elle-même de " surprenant ", pensé pour révéler toutes ses facettes.
Une ouverture caribéenne et internationale
L'EP s'inscrit dans une dynamique résolument ouverte. Sur Hold Me Tight, produit par HYT Beatz, Shelly invite la Jamaïcaine Lanae, connue pour ses collaborations avec Vybz Kartel ou Konshens.
Autre moment fort, Ding Dong, façonné par DJ Glad, producteur martiniquais derrière plusieurs succès de Blaiz Fayah et Maureen. Des collaborations qui traduisent une ambition claire : inscrire la voix guyanaise dans un réseau musical global.
Porter la Guyane, ouvrir des voies
Au fil de l'entretien, une conviction s'impose : celle de représenter un territoire encore trop discret sur la scène musicale. " On a beaucoup de talent, mais pas assez de visibilité ", souligne-t-elle. Sans se poser en exception, Shelly entend participer à un mouvement plus large, où chaque artiste contribue à élargir l'espace. " Poser ma pierre à l'édifice ", dit-elle simplement.
Une impératrice en devenir
Dans la vie, elle se décrit comme réservée. Mais sur scène, Shelly devient une autre : " elle a plus faim... elle veut tout rafler ". À l'heure de cette première sortie, rien n'est encore figé. Tout est en mouvement. Mais une chose est certaine : Shelly ne demande pas sa place. Elle la construit, avec méthode et détermination.

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