« Il faut bouger et soutenir ceux qui bougent »
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

La radio 100% Caraïbes
VENDREDI CULTURE

« Il faut bouger et soutenir ceux qui bougent »

Propos recueillis par Pierre ROSSOVICH

Le chanteur dancehall Dasinga était récemment en Guyane pour les Lindor. L'occasion pour nous de le questionner sur son parcours.

Votre titre Péyi a a été nommé dans deux catégories cette année aux Lindor. Surpris d'avoir été sélectionné ?
Oui, être dans les nominations était déjà une belle surprise. C'était une super soirée. Être sur scène au pays était au top.
Vous avez également été salué par l'association Tròp Violans. En êtes-vous membre ?
Je n'en suis pas membre mais plutôt un parrain. Ils ont aimé la manière dont j'ai soutenu le mouvement social de mars 2017. J'ai été le premier artiste à les soutenir avec les titres 500 Frè, Briga et Baraj. Ils m'ont dit que ça leur a donné beaucoup de force pour continuer. J'ai découvert que mon titre était même la sonnerie de téléphone de José Achille! Ça m'a marqué. Cela prouve qu'on est écouté. En tant que chanteur dancehall conscient, je représente ce qu'ils défendent, avec d'autres comme Lova Jah, Sugar Kawar, etc.
Vous avez participé au récent meeting mené par Olivier Goudet et Yvane Goua à la place des Palmistes. Pourquoi ?
Habitant dans l'Hexagone, à Tours (Indre-et-Loire) plus précisément, je ne suis l'actualité que de loin et je pensais que peu de choses avaient avancé depuis mars 2017. Lors de cette réunion des 500 Frères, j'ai compris que des choses avaient tout de même été faites et d'autres non. Ça avance lentement mais sûrement. Je salue les associations qui sont toujours là, au combat. Avec le soutien de la population, ça aurait plus de poids. Nou, a alé nou ka alé. C'est une lutte pour les générations futures, les pères et mères de demain.
À vos débuts, quand vous vous appeliez Cyanide, vous aviez vous aussi des textes « hardcore » .
À l'époque, j'étais un rebelle, j'avais des textes virulents, corrosifs, d'où le nom (ndlr : cyanide veut dire cyanure en anglais). Mais je dénonçais aussi la violence, comme avec le titre Murderer sorti en 2007. J'ai changé de message lorsque je suis passé au pseudo Dasinga. Avant, je chantais beaucoup trop en anglais. On m'a d'ailleurs souvent fait la remarque. Après le virage Dasinga, j'ai mis beaucoup plus de créole dans mes textes. Avec toujours un peu d'anglais. Mon père est né à Saint-Laurent et c'est une langue qu'il m'a transmise.
En 2015, vous aviez décidé de vous mettre en retrait de la musique. Étiez-vous alors dégoûté du milieu ?
Je voulais lâcher prise. J'en étais arrivé à un ras-le-bol, pas seulement musical mais général. Je m'investissais trop, sans avoir de retour, et mes messages n'étaient pas entendus. Du coup, en lâchant prise, les choses se passent mieux pour moi. Je fais ma musique sans prise de tête. J'ai un nouveau label, We Are Soldiers, avec qui j'ai plusieurs chansons en préparation. Je fonctionne au feeling. Je mets moins d'attente. Dans tout, même dans ma vie personnelle.
Quel est votre titre favori et quel est celui du public ?
Si je devais choisir, je dirais Karma parce que c'est une période qui m'a marqué. Les gens qui me connaissent savent que je suis amoureux de la musique. Mo toujou o fon oun son. Je me suis vraiment appliqué sur Karma, pour faire passer mon ressenti. Concernant le public, Mo la ké zot est le morceau qui revient le plus avec Karma et Galéré, sorti en 2014.
Quelle est selon vous la différence entre talent et popularité ?
Le talent c'est le pouvoir que tu as entre tes mains quand tu écris, chantes, que tu crées. La popularité vient de la façon dont tu promeus ta musique. L'intensité que tu y mets. Popularité ne veut pas forcément dire talent.
Dans le milieu dancehall, vous êtes reconnu pour avoir poussé beaucoup de jeunes.
J'avais un petit matériel pour enregistrer et c'est vrai que je donnais de ma personne, car j'aime la musique. Snipa, Jiero, Danayouths (ndlr : aujourd'hui Dana di Baddest), Shizu, H Clan, Général Loustyk, Little Popo (ndlr : aujourd'hui Poplane), Chani man, Nino Urry, Fun X, Madness, Don Gégé... font partis de ceux que j'ai pu aider.
Le dancehall mo to so n'était alors pas à la mode, contrairement à aujourd'hui.
Aujourd'hui, la vibes des riddims guyanais marche fort. Beaucoup d'Antillais veulent faire des featurings avec des artistes guyanais, ce que l'on ne voyait pas avant. Ça fait plaisir. On a fait un travail en amont. De ma génération, je peux citer Reggaematik, MC Al, Little Guerrier, Fléot, Rhamsin, Ruud Daddy, Lil Drick... Pour que les jeunes soient autant influencés aujourd'hui, c'est qu'on a fait le taf!
Vous avez également lancé votre marque de vêtement, Djok...
Je travaille dessus depuis un moment. Le mot djok me définit et parle à tout le monde. C'est un mot créole typique. Nous avons lancé de nouveaux modèles. L'idée est de rendre la marque attrayante.
Un dernier mot à ajouter ?
Je demande aux Guyanais de se rassembler au maximum. Il faut bouger et soutenir ceux qui bougent. Le recul que j'ai en habitant dans l'Hexagone est qu'en Guyane, on se fait malmener. Il y a plein de choses pas normales qui se passent, les gens devraient gueuler pour ça. Certains sont enfermés dans leur bulle et ne cherchent pas à militer pour leurs pays, chak moun chak moun mais c'est dommage. Il faut que les gens d'en haut voient que l'on est soudés.

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger