Malgré ses déboires, Desi Bouterse reste un homme très apprécié dans son pays / photo d'archives
Prev
Next
Prev
Next
L'arrivée au pouvoir de Desi Bouterse ne laisse personne indifférent, tant sur le continent sud-américain qu'en Europe. Les Etats-Unis, eux, ont pris acte de l'élection de l'ancien dictateur, sereinement.
Pendant que la France achève de juger Manuel Noriega, Bouterse revient au pouvoir à sa frontière. Ce retour aux urnes discret, mais brillant, sous la bannière de la révolution bolivarienne, met un point de suspension, faute de point final, à une disgrâce internationale qui a frôlé la correctionnelle - au sens propre du terme. Mais l'urgence diplomatique dans le cône sud n'est certainement plus dans la chasse aux narco Républiques.
Quand le 12 août prochain Désiré Delano Bouterse prendra possession du palais présidentiel, les forces armées du Suriname salueront le chouchou de Memre Boekoe Carsern (*), mais d'autres corps d'Etat, comme la police ou la magistratureravaleront l'hymne national. « Bouta » comme l'appellent affectueusement ses fidèles arrivera ce jour-là au faîte d'une épopée sud-américaine comme seule l'histoire du « nouveau monde » aura su nous en conter. Ce sous-continent, pourtant, avait tout tenté pour s'inspirer du fédéralisme économique de sa grande soeur nordiste ou de l'intégration politique sur le modèle de la vielle Europe. Mais rien n'y fait!
Immunité diplomatique
Il faut se rappeler les déclarations du transparent président surinamais Johan Kraag, placé au pouvoir par Desi Bouterse, chef suprême de l'armée nationale du Suriname après le coup d'état « par téléphone » de Noël 2000. Commentant les déclarations du sous-secrétaire d'Etat américain Bernard Aronson, n'excluant pas une intervention militaire américaine, Kraag considérait (provocation innocente) « qu'une intervention américaine serait bienvenue si elle permet de promouvoir la démocratie et de mettre fin aux trafics de drogue » . Faute de rétablir la démocratie par les armes, au Suriname, l'Occident n'a rien épargné à Desi Bouterse durant les 20 dernières années.
Néanmoins, seule certitude, son élection lui confère l'immunité présidentielle. Immunité diplomatique aussi que les Pays-Bas se disent prêts à respecter, tout en maintenant leurs relations avec le Suriname. Contraste d'avec l'année 2000, quand Bataves et Belges avaient brutalement interrompu l'aide économique accordée à la seule ancienne colonie dont l'indépendance réussie avait valu le surnom de « Suisse du continent » .
Une position européenne
« Il faut que l'on s'attende à ce que Paris se range à la position européenne » , confient les diplomates. Le Quai d'Orsay devrait voir d'un bon oeil que l'ancien ennemi d'hier, le guérillero Ronny Brunjswik, ait rejoint la coalition de Bouterse. La table du passé serait presque totalement rase si les associations de défense des droits de l'homme et les familles des disparus du haut Brokopondo étaient sur la même ligne. Droitisant, il y a quelques décennies, il a troqué le treillis kaki contre le tee-shirt « guevariste » . Désormais converti à la Révolution bolivarienne par Hugo Chavez, le « Bouta » nouveau est né des urnes.
Le sous-secrétaire d'Etat pour la diplomatique du gouvernement Obama, Philip Crowley, se contente très sereinement de prendre acte de l'adoubement électoral de Desi Bouterse. « Les Etats Unis soutiennent les élections et processus démocratiques » .
Fermez le ban! L'oncle Sam s'exprime au nom de la communauté internationale. Communauté unanime dans l'anathème il y a vingt ans, autant que dans la mansuétude.
Quant aux exégèses sur l'autocratie et la démocratie, la part de l'individu dans l'exercice de « l'arkhé » (pouvoir), la voici renvoyée au philosophe. Le monarque moderne est réputé être toujours le peuple. N'importe l'histoire qui porte le peuple au pouvoir.
(* Le quartier général de l'armée surinamaise.
20 années de chasse à l'homme
Le plus spectaculaire : son arrestation à São Paulo au Brésil en octobre 1988, en compagnie de deux gardes du corps, d'un trafiquant colombien et de deux miliaires surinamais. Malgré la dénonciation de la DEA (les services antidrogue américains), les autorités brésiliennes finissent par le relâcher.
Aux Pays-Bas en 1999, l'ancien homme fort de l'ancienne colonie est condamné par contumace à 11 ans de prison. Et si la sentence n'est pas exécutée, c'est seulement faute de traité d'extradition entre les deux pays. Mais Interpol lance un mandat d'arrêt international qui de fait l'assigne à résidence autochtone.
Son fils Dino a eu moins de chance et sera condamné en 2005 à 8 ans de prison pour trafic de drogue, trafic d'armes et trafic de voitures de luxe. Autant de chefs que la rumeur, les associations et la presse internationale portent également à l'acte d'accusation de l'ascendant, assortis de crimes contre l'humanité.
Et pour cause, depuis trois ans, Desi Bouterse est dans son pays l'objet d'une procédure à propos du massacre de Moeiwana. Il encourt 20 ans de prison. Restent également à élucider les responsabilités pénales de la mort de 15 opposants en décembre 1982.
Amérique du Sud : la lessiveuse des régimes militaires
OEA, Alena, Mercosur, Ulea, Caricom ont toutes en commun des objectifs économiques, d'intégration régionale, des velléités de langage politique commun face au géant américain, d'abord, puis européen et enfin, chinois. Mais force est de constater que le nouveau héraut politique de la région, Hugo Chavez, fait cavalier seul, et que les enjeux économiques n'ont toujours pas inspiré de politique commune tant les intérêts nationaux sont dramatiquement identiques.
C'est donc ailleurs qu'il faut rechercher une personnalité commune à l'Amérique du sud. Et cette personnalité, cette marche dans le sens de l'histoire, le Suriname est peut-être en train de contribuer à la construire. L'Amérique majoritairement latine puiserait dans sa capacité à ressusciter des cendres du régime dictatorial, les démocraties les plus originales du monde. En ceci le géant brésilien, le nouveau leader de la gauche latino que personnifie Hugo Chavez, les résurgences de la droite chilienne nostalgique du Pinochetisme, le Péronisme argentin, la naissance de la République coopérative du Guyana et même la discrète Bolivie du romantique Evo Morales ont tous ceci en commun que les putschistes, les militaires, les juntes n'ont jamais été bien loin du pouvoir.
Si le Pérou d'Abdelkader Bucaran et d'Alberto Fujimori ont une histoire militaire moins mouvementée, les amnisties de droit commun imposées par la corruption équilibrent largement le tableau.
L'autre nouveauté majeure de la conjoncture réside probablement dans l'apparente passivité des Etats-Unis.
Édition spéciale : Rétro 2025
Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique
- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters