Aimé Césaire rejoint Arthur Rimbaud
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UNE RUE A CHARLEVILLE-MEZIERES

Aimé Césaire rejoint Arthur Rimbaud

C’est une rue neuve qui dessert les petites villas du lotissement Clos-Paul, dans le quartier La Houillère.

Raymond Saint-Louis Augustin

Euzhan Palcy « Aimé Césaire a déjà laissé sa trace dans des milliers d’esprits à travers le monde et je trouve admirable que dans des villes comme celle-ci qu’il y ait une rue, une trace physique qui rappelle aux générations futures qui était ce grand homme. Qui plus est dans la ville de Rimbaud. Tout deux sont de grands amis, spirituellement parlant, qui ont beaucoup de choses en commun. »

Alain Bidelogne, président de l’Amicale afro-antillaise des Ardennes « Nous sommes très présents dans la cité » Le maire de Charleville voit que nous sommes très présents dans la cité, dans toutes les manifestations dans le département et elle nous a fait ce cadeau, profitant de l’opportunité de l’année des Outre-mer. Notre association a 40 ans et regroupe une quarantaine d’adhérents. Elle a été créée sous le nom d’Amicale africaine des Ardennes par Amadou Diallo et regroupait au départ les Sénégalais, Maliens et Réunionnais des Ardennes.

Luc Sonor « J’ai été formé ici ! Je suis arrivé de la Guadeloupe, j’avais 13 ans, et j’ai atterri à Charleville-Mézières. J’ai joué au foot à Auvillers-les-Forges, puis à Sedan. J’habitais avec mon frère Jocelyn, rue Bourbon. Mon frère a été président de l’association AAAA. C’est tout naturellement que j’ai répondu à leur invitation. »

Antoine John

La municipalité de Charleville-Mézières a inauguré, vendredi 25 novembre, une rue du quartier La Houillère du nom d’Aimé Césaire en présence de la ministre de l’Outre-mer et du maire de Fort-de-France.

Raymond Saint-Louis Augustin,le maire de Foyal, Marie-Luce Penchard, ministre de l’Outre-mer, la réalisatrice Euzhan Palcy, ont eu bien froid vendredi 25 novembre dans la capitale des Ardennes. Mais pour rien au monde, ils n’auraient voulu manquer l’inauguration d’une nouvelle rue Aimé-Césaire dans la ville qui a vu naître un très grand poète, Arthur Rimbaud. Ce n’est pourtant pas la première rue qu’une cité de l’Hexagone consacre un espace urbain au plus grand des Martiniquais… Il faut y voir les liens très forts qui unissent cette ville aux Antilles grâce à la présence quarantenaire d’un noyau dur et militant : l’amicale afro-antillaise des Ardennes. Dès lors qu’ils ont eu vent de l’année des outre-mer français, Alain Bidelogne, son président, Bernard Dordonne, Jean-Yves Faraudière, Jocelyn Sonor (frère d e l’ancien international de football Luc), François Binga sont allés taper à toutes les portes, mairie, région, département... Le préfet Pierre N’Gahane leur a dit : « Sortez du traditionnel ti punch, accra, boudin. Soyez ambitieux ! » Alors, ils ont développé un véritable programme qui a démarré le 10 mai : une projection des films d’Euzhan Palcy, Rue Cases-nègres et Parcours de dissident, un plaque explicative dédiée à Victor Schoelcher dans la rue carolo-mézérienne qui porte son nom, une exposition sur l’Africain blanc et le chantre de la négritude, Rimbaud et Césaire, un chanté Nwel et même un concert de Kassav ! Le nec plus ultra est venu quand Claudine Ledoux, maire de Charleville-Mézières leur a annoncé : « J’aurai une surprise pour vous… » Et c’est la rue Aimé-Césaire, devenue réalité vendredi. C’est une rue neuve qui dessert les petites villas du lotissement Clos-Paul, dans le quartier La Houillère. La plaque a été dévoilée après une série de discours et une lecture du poème d’Aimé Césaire, Barbare, par Gary Cadenat, acteur de Rue Cases-Nègres. Claudine Ledoux a vanté « la pluralité des cultures, richesse de notre patrimoine commun » : « En cultivant son identité, on va vers l’universel », a-t-elle déclaré dans les pas de Césaire. Saluant le lien jeté entre Césaire et Rimlbaud, Raymond Saint-Louis Augustin, évoquant l’Africain aux yeux bleus et le Nègre fondamental, a déclaré : « La négritude n’est pas affaire de couleur de peau, maid de situation, celle de dominé. » Marie-Luce Penchard a eu des élans poétiques quand elle a déclaré : « Le mont Olympe (qui domine le massif ardennais et Charleville-Mézières) sera, à compter de ce jour, parent de la Soufrière et de la Montagne Pelée, et Aimé Césaire, depuis la crypte du Panthéon comme depuis la Martinique où il repose, se réveillera demain dans cette rue de Charleville-Mézières qui dorénavant porte son nom. »



 
Raymond Saint-Louis Augustin, maire de Fort-de-France
 
Raymond Saint-Louis Augustin
«  Il n’est pas important d’être noir ou blanc, mais d’être homme »

Quelle importance accordez-vous à un tel baptême, si loin de Foyal ?
C’est capital à un moment où le monde est en pleine effervescence, que ce soit dans le Maghreb, en Egypte, en Côte d’Ivoire, au Yémen ou ailleurs, que le message césairien soit compris et que chacun puisse se l’approprier. C’est un message qui incite à mieux cultiver son identité, non pour se recroqueviller sur soi, mais pour d’ouvrir au monde. C’est d’abord un message de solidarité, de fraternité vraie et il faut qu’il puisse être inoculé à tout le monde, que cet humanisme soit mieux connu, mieux intégré pour que le monde s’en porte mieux.

Il y a une symbolique forte ici, dans la ville de naissance d’Arthur Rimbaud…
Je remercie Claudine Ledoux, maire de Charleville-Mézières qui a eu cette idée géniale, géante de rapprocher ces deux hommes, pratiquement de les unir. Rimbaud se proclamait l’Africain blanc aux yeux bleus tandis que Césaire disait : « Le Nègre t’emmerde. » Manière de dire de ne pas le regarder comme Nègre, mais comme un homme. Leurs messages se rejoignent en bien des points et ils méritent d’être associés. Il n’est pas important d’être noir ou blanc, mais d’être homme, debout, droit et libre.

Savez-vous où vous irez la prochaine fois pour inaugurer un espace public dédié à Aimé Césaire ?
Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il faut absolument que toute discothèque, médiathèque, bibliothèque, toute artère ici ou là prennent le nom d’Aimé Césaire. Il faut conserver à Césaire l’aura qu’il mérite.

Portrait :

Antoine John, dissident antillais
Antoine John

A 88 ans, Antoine John fait partie de ces hommes qui ont choisi la dissidence. Aujourd’hui âgé de 88 ans, il vit depuis les années 1960, à Warck, une petite commune ardennaise de l’arrondissement de Charleville-Mézières. Avec Mauricette, l’épouse rencontrée dans le Nord après la guerre. Notre confrère, L’Ardennais, lui a consacré un article en septembre dernier. Il y raconte sa dissidence et sa guerre. Antoine avait 20 ans en 1943 et vivait à Pointe-à-Pitre. « Il y avait le couvre-feu… Je le souviens d’une échauffourée qui a éclaté un soir à la sortie du cinéma la Renaissance. Les militaires ont tiré sur les jeunes. C’était le pot de terre contre le pot de fer… »Antoine travaillait alors comme tailleur. « On faisait du trocage pour vivre. On travaillait pour les pêcheurs et les bouchers qui nous réservaient un bout de viande ou de poisson parce que sinon, c’était difficile d’en avoir. Il fallait faire la queue, mais il ne restait que des morceaux pour les chiens parce que les hommes de la Jeanne-d’Arc étaient passés le matin à 8 heures et avaient tout pris. Et l’huile et le sucre, tout était difficile à trouver… » Ne supportant plus l’oppression et rêvant d’en découdre, il décide de partir un soir de juillet ou août 1943. C’était un jeudi. « J’ai embarqué de nuit sur un voilier. J’ai dû payer 200 francs pour le passage… » Sur le canal de la Dominique, les vagues sont très fortes. « On était huit sur le voilier et on faisait des signes de croix… » Débarqué à Portsmouth, il y reste trois semaines puis il est rapatrié en Martinique pour y faire son service militaire, à Saint-Pierre. « La montagne Pelée avait brûlé la terre ; on a été malade à tour de bras, on a eu la chique… » Ils ont du tout faire : construire leur caserne, les dortoir « avec de la paille de canne à sucre et du bambou parce qu’il n’y avait plus rien… » Enfin, c’est le départ pour les Etats-Unis. Il est parti à Steel Town où il se retrouve avec 400 volontaires. « J’y suis resté plusieurs mois. On nous appelait les french black. Ca ne rigolait pas il n’y en avait que pour le drapeau, l’entraînement… Les Américains voulaient qu’on fasse le débarquement aux Philippines mais il en a été décidé autrement durant la traversée. Ils nous ont transférés, mon contingent et moi à Royan puis à Fréjus. Comme j’étais tailleur, on m’a mis à l’intendance jusqu’à la fin de la guerre. » Son ami, le pêcheur Vinçobe est mort à Monte-Cassino. « Ca a été le tombeau des Antillais. Les Allemands, en haut de la crête, n’avaient qu’à dégoupiller les grenades sur le bataillon des Antillais. A la fin, il ne restait qu’une seule compagnie. Mais on n’en parle pas. » Comme nombre de ses camarades survivants, il a du attendre 2009 pour que la République reconnaisse la dissidence. « A l’époque, les Français ne nous connaissaient pas, ni notre mode de vie, ni même notre existence. » Vendredi dernier à Charleville, il était présent pour l’inauguration de la rue Aimé-Césaire. Sur son revers, il y avait toutes ses médailles.


 
Euzhan Palcy « Aimé Césaire a déjà laissé sa trace dans des milliers d’esprits à travers le monde et je trouve admirable que dans des villes comme celle-ci qu’il y ait une rue, une trace physique qui rappelle aux générations futures qui était ce grand homme. Qui plus est dans la ville de Rimbaud. Tout deux sont de grands amis, spirituellement parlant, qui ont beaucoup de choses en commun. »
Alain Bidelogne, président de l’Amicale afro-antillaise des Ardennes « Nous sommes très présents dans la cité » Le maire de Charleville voit que nous sommes très présents dans la cité, dans toutes les manifestations dans le département et elle nous a fait ce cadeau, profitant de l’opportunité de l’année des Outre-mer. Notre association a 40 ans et regroupe une quarantaine d’adhérents. Elle a été créée sous le nom d’Amicale africaine des Ardennes par Amadou Diallo et regroupait au départ les Sénégalais, Maliens et Réunionnais des Ardennes.
Luc Sonor « J’ai été formé ici ! Je suis arrivé de la Guadeloupe, j’avais 13 ans, et j’ai atterri à Charleville-Mézières. J’ai joué au foot à Auvillers-les-Forges, puis à Sedan. J’habitais avec mon frère Jocelyn, rue Bourbon. Mon frère a été président de l’association AAAA. C’est tout naturellement que j’ai répondu à leur invitation. »

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