Aimé Césaire rejoint Arthur Rimbaud
La municipalité de Charleville-Mézières a inauguré, vendredi 25 novembre, une rue du quartier La Houillère du nom d’Aimé Césaire en présence de la ministre de l’Outre-mer et du maire de Fort-de-France.
Quelle importance accordez-vous à un tel baptême, si loin de Foyal ?
C’est capital à un moment où le monde est en pleine effervescence, que ce soit dans le Maghreb, en Egypte, en Côte d’Ivoire, au Yémen ou ailleurs, que le message césairien soit compris et que chacun puisse se l’approprier. C’est un message qui incite à mieux cultiver son identité, non pour se recroqueviller sur soi, mais pour d’ouvrir au monde. C’est d’abord un message de solidarité, de fraternité vraie et il faut qu’il puisse être inoculé à tout le monde, que cet humanisme soit mieux connu, mieux intégré pour que le monde s’en porte mieux.
Il y a une symbolique forte ici, dans la ville de naissance d’Arthur Rimbaud…
Je remercie Claudine Ledoux, maire de Charleville-Mézières qui a eu cette idée géniale, géante de rapprocher ces deux hommes, pratiquement de les unir. Rimbaud se proclamait l’Africain blanc aux yeux bleus tandis que Césaire disait : « Le Nègre t’emmerde. » Manière de dire de ne pas le regarder comme Nègre, mais comme un homme. Leurs messages se rejoignent en bien des points et ils méritent d’être associés. Il n’est pas important d’être noir ou blanc, mais d’être homme, debout, droit et libre.
Savez-vous où vous irez la prochaine fois pour inaugurer un espace public dédié à Aimé Césaire ?
Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il faut absolument que toute discothèque, médiathèque, bibliothèque, toute artère ici ou là prennent le nom d’Aimé Césaire. Il faut conserver à Césaire l’aura qu’il mérite.
Portrait :
Antoine John, dissident antillais
A 88 ans, Antoine John fait partie de ces hommes qui ont choisi la dissidence. Aujourd’hui âgé de 88 ans, il vit depuis les années 1960, à Warck, une petite commune ardennaise de l’arrondissement de Charleville-Mézières. Avec Mauricette, l’épouse rencontrée dans le Nord après la guerre. Notre confrère, L’Ardennais, lui a consacré un article en septembre dernier. Il y raconte sa dissidence et sa guerre. Antoine avait 20 ans en 1943 et vivait à Pointe-à-Pitre. « Il y avait le couvre-feu… Je le souviens d’une échauffourée qui a éclaté un soir à la sortie du cinéma la Renaissance. Les militaires ont tiré sur les jeunes. C’était le pot de terre contre le pot de fer… »Antoine travaillait alors comme tailleur. « On faisait du trocage pour vivre. On travaillait pour les pêcheurs et les bouchers qui nous réservaient un bout de viande ou de poisson parce que sinon, c’était difficile d’en avoir. Il fallait faire la queue, mais il ne restait que des morceaux pour les chiens parce que les hommes de la Jeanne-d’Arc étaient passés le matin à 8 heures et avaient tout pris. Et l’huile et le sucre, tout était difficile à trouver… » Ne supportant plus l’oppression et rêvant d’en découdre, il décide de partir un soir de juillet ou août 1943. C’était un jeudi. « J’ai embarqué de nuit sur un voilier. J’ai dû payer 200 francs pour le passage… » Sur le canal de la Dominique, les vagues sont très fortes. « On était huit sur le voilier et on faisait des signes de croix… » Débarqué à Portsmouth, il y reste trois semaines puis il est rapatrié en Martinique pour y faire son service militaire, à Saint-Pierre. « La montagne Pelée avait brûlé la terre ; on a été malade à tour de bras, on a eu la chique… » Ils ont du tout faire : construire leur caserne, les dortoir « avec de la paille de canne à sucre et du bambou parce qu’il n’y avait plus rien… » Enfin, c’est le départ pour les Etats-Unis. Il est parti à Steel Town où il se retrouve avec 400 volontaires. « J’y suis resté plusieurs mois. On nous appelait les french black. Ca ne rigolait pas il n’y en avait que pour le drapeau, l’entraînement… Les Américains voulaient qu’on fasse le débarquement aux Philippines mais il en a été décidé autrement durant la traversée. Ils nous ont transférés, mon contingent et moi à Royan puis à Fréjus. Comme j’étais tailleur, on m’a mis à l’intendance jusqu’à la fin de la guerre. » Son ami, le pêcheur Vinçobe est mort à Monte-Cassino. « Ca a été le tombeau des Antillais. Les Allemands, en haut de la crête, n’avaient qu’à dégoupiller les grenades sur le bataillon des Antillais. A la fin, il ne restait qu’une seule compagnie. Mais on n’en parle pas. » Comme nombre de ses camarades survivants, il a du attendre 2009 pour que la République reconnaisse la dissidence. « A l’époque, les Français ne nous connaissaient pas, ni notre mode de vie, ni même notre existence. » Vendredi dernier à Charleville, il était présent pour l’inauguration de la rue Aimé-Césaire. Sur son revers, il y avait toutes ses médailles.

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