Mardi soir autour de la place de l'Europe, à Kourou. Les gendarmes et les policiers municipaux sont à tous les coins de rue. Le maire, le préfet, le procureur de la République et le patron des gendarmes font le tour des commerçants, pour discuter des problèmes de délinquance et constater les résultats de la zone de sécurité prioritaire. Le plus remonté est Laurent Macé, le patron du Bar des sports et de l'armurerie. Il raconte avoir été victime de sa « dix-huitième agression » , il y a quinze jours, à la fermeture du bar : « Les jeunes étaient armés de matraques télescopiques. » Des représentants associatifs, des clients et des riverains sont là pour l'écouter. Aucun représentant des forces de l'ordre ne contredit sa version. Pourtant, quelques minutes auparavant, le lieutenant-colonel Guillaume de Roquigny-Iragne avait discrètement soufflé au préfet ses doutes sur le déroulement des faits. PAS D'ÉCLAIRAGE PUBLIC
Alors le préfet amène le commerçant sur le terrain de l'aménagement du quartier. Laurent Macé embraye : « Sur la place, il n'y a pas de lumière. Pourtant, on paie des impôts. » Devant les caméras de télévision, Éric Spitz insiste sur ce point : « On ne peut pas nier que, dans ce quartier, notamment à cause du problème d'éclairage, il y a un sentiment d'insécurité. » L'aménagement du quartier, un autre commerçant l'a critiqué, un quart d'heure plus tôt : « Dans tous les autres quartiers, les poubelles sont face à la rue. Ici, les dealers peuvent s'y cacher et dissimuler leur marchandise. Le soir, ils agressent les gens. Tous les quartiers ont été modifiés. Pas le nôtre. » Il reconnaît que « les vols se sont calmés » , mais demande que la place de l'Europe soit fermée, « pour que les gars ne puissent pas s'enfuir. » Jean-Étienne Antoinette n'est pas convaincu : « Il est important que les gens puissent circuler d'un quartier à un autre. » « J'ai cru que j'allais y passer »
Parmi les personnes présentes, mardi soir, sur la visite de la place de l'Europe figurait Jean-Marc Gamba. Il habite de l'autre côté de Kourou mais souhaitait alerter le maire de l'agression qu'il avait subie une semaine plus tôt et dont il avait témoigné sur Guyane 1re.
« J'habite sur la plage. Je rentre à 19 heures du boulot. À l'Anse, au pied de deux immeubles, je m'arrête pour laisser une dame traverser avec sa poussette et des jeunes m'ont caillassé. Je suis sorti vers les gamins. C'était violent. Ils étaient vingt, trente, quarante.
Quand je suis reparti vers ma voiture, ça continuait de pleuvoir. Un pavé a défoncé mon pare-brise. J'ai eu de la chance de ne pas en prendre un sur la tête. Les gendarmes sont arrivés assez vite, mais ils m'ont dit : « On va prendre votre plainte pour l'assurance, mais ça ne sert à rien contre des mineurs : on ne pourra rien faire. » Le procureur m'a dit que ce n'est pas comme ça que ça se passe, mais c'est de la théorie.
J'ai pas mal d'amis qui se sont fait caillasser. Alors maintenant, pour rentrer chez moi, je fais un détour. Les jeunes ont gagné. J'ai eu peur. Quand ils vous arrivent dessus à quarante, vous croyez que vous allez y passer. On est impuissant et si on fait quelque chose, on se fait ramasser. »
ET AUSSI
- Un travailleur social pour les victimes
Dans les prochains jours, un travailleur social sera chargé d'accueillir les victimes et les personnes en situation de détresse sociale, à la gendarmerie de Kourou. Mardi soir, le maire, le préfet et le commandant de la gendarmerie de Guyane ont signé la convention créant son poste.
Sa mission consistera à « accueillir les victimes ou les personnes en situation de détresse sociale recensées lors d'une intervention des forces de l'ordre ou orientées par les partenaires, réaliser une écoute active permettant de travailler la verbalisation des affects suite à un événement subi, réaliser une évaluation sociale globale de la situation et informer les personnes des dispositifs et de l'accès au droit » .
Ce poste est créé pour un an. Il sera financé par l'État et par la mairie, dans le cadre du contrat urbain de cohésion sociale (Cucs).
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