« Montrer que nous sommes là »
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MATOURY

« Montrer que nous sommes là »

Propos recueillis par Karin SCHERHAG
En juin, Léonard Raghnauth a été élu président de l'association hindoue de Matoury pour trois ans (KS)
En juin, Léonard Raghnauth a été élu président de l'association hindoue de Matoury pour trois ans (KS)

Ce soir, la communauté hindoue célèbrera la fête des lumières. Rencontre avec Léonard Raghnauth, le nouveau président de l'association Sev Ashram Sangh, qui rêve de faire connaître sa culture.

Ce soir à l'ashram de Matoury, vous fêterez Diwali, la fête des lumières. Que symbolise-t-elle ?
Le retour du dieu Rama après quatorze ans d'exil dans la jungle et sa victoire sur le démon Ravana. Les habitants avaient alors allumé des diya (des petites lampes, ndlr) pour éclairer son passage. C'est une fête majeure chez les Hindous, célébrée chaque année à des périodes différentes, en fonction du calendrier astral. Les festivités durent cinq jours mais c'est aujourd'hui la grande fête, celle consacrée à Lakshmi, la déesse de la lumière, de la prospérité et du bien-être.
Que va-t-il se passer ?
A partir de 19 heures, on commencera à allumer les diya. Ce sont des petits contenants en terre cuite (il nous les montre, tous soigneusement alignés sur une table, ndlr). Ils représentent le corps humain et les cinq éléments qui le composent : l'air, l'eau, le feu, la terre et l'espace.
On les remplit d'huile avant d'y plonger une tige de coton. La flamme représente la réflexion.
Après une prière de bienvenue, chaque participant apportera sa diya. Comme s'il donnait un peu de sa chaleur humaine, de son coeur. C'est bien plus qu'une simple lumière déposée.
Et la fête est ouverte à qui ?
A l'ensemble de la population guyanaise! Et j'insiste là-dessus. Nous voulons nous montrer, partager notre culture.
Vous avez été élu président en juin et vous marquez déjà un virage. Jusqu'à présent, on avait l'impression que l'association était en sommeil. Vous étiez très discrets.
L'ancien président avait mis l'accent sur les cérémonies. Mais nous représentons la nouvelle génération. Nos parents sont venus du Guyana ou du Suriname mais nous, nous sommes nés ici. Nous sommes Guyanais et nous voulons faire savoir que nous sommes là. Je fais tout ça pour les jeunes : je veux qu'ils soient fiers d'être Hindous et qu'ils sachent ce que ça signifie.
Les choses avancent doucement. Quand j'étais petit, il n'y avait pas de temple alors j'allais à l'église catholique. Et puis en 1991, on nous a fait don de ce terrain et nous avons pu y construire l'ashram de Matoury. C'est le plus ancien des trois temples (les autres sont à Kourou et Cayenne, ndlr). Mon rêve aujourd'hui, ce serait qu'il y ait un crématorium en Guyane.
Dans la tradition hindoue, on croit à la réincarnation et doit être incinéré. Mais ici, c'est impossible.
Pouvez-vous vous présenter ?
J'ai 36 ans, j'enseigne la techno au lycée Michotte à Cayenne depuis onze ans. Mon grand-père était prêtre au Guyana.
Mes parents ont fui à cause de la dictature et se sont installés en Guyane. J'ai toujours été intéressé par mes origines et j'essaie de participer au développement de notre culture en Guyane. Ce serait bien qu'on ait au moins une fête reconnue, Diwali ou Holi (la fête des couleurs), et que ce soit un jour férié ici comme Pâques ou Noël.

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