Habitat spontané : la mairie s'engage dans un bras de fer
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MATOURY

Habitat spontané : la mairie s'engage dans un bras de fer

Karin SCHERHAG
Jeudi, les forces de l'ordre sont intervenues à l'entrée de Cogneau-Lamirande pour expulser les occupants illégaux de cette parcelle communale (KS)
Jeudi, les forces de l'ordre sont intervenues à l'entrée de Cogneau-Lamirande pour expulser les occupants illégaux de cette parcelle communale (KS)

Jeudi, les autorités ont débarqué en force à l'entrée de Cogneau-Lamirande pour déloger une centaine de personnes installées illégalement sur une parcelle communale. Une opération d'envergure qui montre la volonté de la nouvelle municipalité d'en découdre enfin.

C'est une première à Matoury. Face à la recrudescence de l'habitat spontané sur son territoire, la nouvelle municipalité a décidé de réagir. « On a la volonté de tout mettre en oeuvre pour assurer la sauvegarde des biens appartenant à la collectivité » , souligne le député-maire, Gabriel Serville. Aux grands maux, les grands remèdes : mardi, le premier magistrat a déposé une plainte pour abattage d'arbres, brûlage et occupation illégale de terrains communaux. Cette procédure vise les familles fraîchement installées entre la crique Hôpital et la crique Fouillée, à Cogneau-Lamirande. 100 à 150 personnes seraient concernées. Difficile d'obtenir un nombre précis tant la parcelle est étendue. On parle là de 79 hectares de forêt à passer au peigne fin. Pour s'y employer, les autorités ont débarqué en force jeudi matin : près de 50 gendarmes, une dizaine d'agents de la Paf et le même nombre de policiers municipaux et d'employés communaux. Selon un témoin, les premiers défrichages auraient commencé il y a trois semaines. Sur place, c'est encore rudimentaire : les hommes ont fait place nette, arrachant ou brûlant les végétaux, se partageant des parcelles parfois même au terme de bagarres armées. Et les premiers carbets se construisent doucement.
Placé en garde-à-vue par la brigade de gendarmerie de Matoury, cet homme fait mine de ne pas comprendre. Avant de l'emmener, un gendarme lui rappelle que « ce que vous faites là est interdit. Vous n'avez pas le droit de couper les arbres et de construire ici. » L'interpellé visiblement abasourdi lui répond qu'il fait cela pour son fils, comme si la sentence pouvait être moins lourde.
DES ARMES SAISIES
Les équipes de gendarmes et de policiers continuent leur fouille. De nombreuses armes sont saisies : des sabres d'abattis bien sûr, mais aussi plusieurs fusils. Le reste du matériel est également confisqué. Et les carbets, détruits à grand renfort de masses et de tronçonneuse.
Les personnes qui ne sont pas placées en garde-à-vue sont simplement identifiées. Elles assistent à la scène et le ton monte rapidement. Un groupe de jeunes prend à partie le député-maire qui vient d'arriver sur place. « C'est honteux. Partout à Cogneau c'est illégal alors pourquoi aujourd'hui, vous venez écraser nos carbets ? » , s'insurge un jeune homme. Gabriel Serville reste pragmatique et à bonne distance. « Je suis conscient qu'on s'est engagé dans un bras de fer, confie-t-il. L'un des hommes m'a dit qu'il n'y avait que la mort qui pourrait le sortir de là. Ils vont revenir et il va falloir qu'on reste vigilant. »
Roger Aron, le quatrième adjoint chargé de la sécurité intervient. « Ces gens occupent des logements sociaux à Balata mais ils ont bien compris qu'ici, ils pouvaient faire de la spéculation foncière. Ils viennent, s'approprient des morceaux de terrain. On ne peut pas rester sans rien faire. Ils faut qu'ils sachent qu'à l'avenir, on agira toujours comme ça. » Un jeu sans fin ? « Il faudra qu'il y ait une fin » , rétorque le député-maire, décidé à en découdre. A Matoury, la guerre des nerfs ne fait que commencer.
Le matériel a été saisi par les autorités et les constructions détruites par les employés de la mairie. (KS)
Le matériel a été saisi par les autorités et les constructions détruites par les employés de la mairie. (KS)
Tony : « On ne va pas lâcher »
Tony fait partie des hommes qui ont pris Gabriel Serville à partie. D'abord très virulent, ce père de cinq enfants a peu à peu retrouvé son calme. Et a finalement accepté de témoigner. « Je vis dans un appartement, raconte-t-il. Mais le propriétaire veut le récupérer. J'ai fait des demandes à la Siguy, la Simko, la Semsamar, mais rien. Y'a des gens qui demandent des logements depuis 20 ou 30 ans et c'est toujours le même baratin. Alors oui, je suis venu ici pour construire mon logement. » L'interdit ? Il s'en moque. Pire, il tente de retourner la situation : « Pourquoi la mairie veut garder ce terrain ? Pour le vendre et partager l'argent. Tout ça, c'est une magouille. » L'homme campe sur ses positions. Pas question de bouger. « Ils nous chassent aujourd'hui mais on va revenir. On ne va pas lâcher. Jamais. »

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