Les victimes de violences sont souvent oppressées par la honte et ont tendance à se renfermer sur elles-mêmes. À Cayenne, des associations sont là pour les aider (DR)
D'abord des injures, puis des blessures. Les femmes victimes de violences se retrouvent rapidement isolées de leurs proches et de la société. Lundi, marquera la journée internationale contre les violences faites aux femmes. Des associations, comme l'Arbre fromager à Cayenne, soutiennent ces victimes. Pour qu'elles sortent de cet engrenage et qu'elles retrouvent l'estime d'elles-mêmes.
Maria a 40 ans. Mère de trois enfants, elle a poussé la porte de l'association l'Arbre fromager en mars dernier. Le regard un peu fuyant, elle avoue que venir ici, lui « fait du bien » . Actuellement sans emploi, Maria participe à deux ateliers proposés par la structure : couture et salon de beauté. « Je vais au salon pour être une jolie femme » , sourit-elle timidement.
Ce salon n'est pas spécifiquement réservé aux femmes victimes de violences. Il est aussi destiné à des personnes fragilisées, atteintes du VIH, « rabaissées » par la vie. « Les femmes que l'on reçoit sont des individus cassés, affirme Lesly Porte, présidente de l'Arbre fromager. Nous les aidons à se remettre debout et à regagner l'estime d'elles-mêmes. »
SE RÉAPPRENDRE APRÈS LES COUPS
Mis en place depuis avril, le salon, en partie financé par le DSU de Cayenne, accueille trois femmes, une fois toutes les deux semaines. Durant trois heures, une masseuse, une coiffeuse et une esthéticienne médico-sociale sont à leurs côtés. Ancienne éducatrice spécialisée, Gladys a suivi une formation spécifique. « Avec l'esthétique, je les invite à se centrer sur elle-même. Lorsque l'on est victime de violences, on est dans l'abandon de son corps » , précise l'esthéticienne. Ces professionnelles travaillent également en service d'oncologie ou auprès de personnes atteintes du Sida.
Dominées par l'autre, les femmes violentées n'ont plus confiance en elles. « Elles sont en perte d'élan vital » , confirme Marthe Desprès, psychologue intervenant auprès de l'Arbre fromager. Selon elle, elles doivent verbaliser la domination de l'autre afin d'en prendre conscience. Ensuite, vient le travail de se « réapprendre » . « Elles sont infantilisées et il faut qu'elles retrouvent leur autonomie » , précise la psychologue. Lesly Porte le confirme : « Nous leur donnons des possibilités, c'est à elles de choisir. Ce n'est pas notre vie. »
Chez elle, Maria n'a pas de produits de beauté. « J'oublie de m'occuper de moi. » Après avoir participé deux fois au salon, elle attend le troisième rendez-vous car comme elle le dit : « J'ai le droit d'être jolie... Je suis jolie... »
Marthe Desprès (à gauche) est psychologue intervenant auprès de l'association l'Arbre fromager. Gladys, esthéticienne médico-sociale, anime le salon de beauté proposé par l'Arbre fromager. Avec pour objectif que chaque femme se réapproprie sa féminité (NL)
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REPÈRES
Dans le cadre de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, des associations se mobilisent pour sensibiliser le grand public.
- Cinéma et conférence
Le Club Soroptimist de Kourou organise, aujourd'hui, à 9 h 30 et 15 heures, la projection de Wadjda, réalisé par la cinéaste Haifaa Al-Mansour, à la médiathèque de Kourou, suivie d'une conférence. L'association remettra également, lundi, à 18 h 30, un chèque de soutien à l'Apameg (association pour la protection et l'accompagnement mère enfant en Guyane). Infos sur www.kourou.soroptimist.fr
- Action citoyenne
Ce matin, de 8 heures à midi, au marché de Cayenne, le Conseil de la citoyenneté brésilienne organise une action, avec le soutien du consulat du Brésil.
- Théâtre et stands
Le centre d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) propose, ce matin à 10 heures, la pièce Horizons de femmes, mise en scène par la compagnie La Malmanourienne, à l'Encre à Cayenne.
Dimanche, le CIDFF organise une journée au Jardin botanique, de 10 heures à 18 h 30 avec stands d'informations, concert de slams, témoignages...
- Débat et projection
Lundi, la Cimade s'associe à l'Arbre fromager, pour parler des femmes retenues. Le débat sera suivi de la projection du film Illégal. À 18 heures, au local de la Cimade, rue Lieutenant-Becker à Cayenne.
Un numéro spécial en janvier 2014
Depuis 1992, dans l'Hexagone, les femmes victimes de violences composent le 3919. En Guyane, ce numéro vert n'existe pas. Les victimes appellent le 115, géré par le Samusocial de l'Île de Cayenne, dédié à tous les appels d'urgence. « Près de 20% des appels concernent des femmes victimes de violences. Il existe un réel besoin et nous devons y répondre » , insiste Sonia Francius, directrice de la Direction de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale.
La DJSCS signera un partenariat, lundi, avec le Samusocial. En janvier 2014, toute personne victime de violences pourra composer le 115. Elle sera orientée automatiquement vers un service spécial. Trois salariés du Samu, soutenus par des bénévoles, répondront exclusivement à ces appels, 24h/24.
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