Patricia Saïd : « Il faut soigner la population guyanaise »
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

La radio 100% Caraïbes
8s
×

Patricia Saïd : « Il faut soigner la population guyanaise »

Propos recueillis par Arnaud Saint-Maxent
Patricia Saïd lors de l'assemblée générale de l'UTG santé de jeudi (ASM)
Patricia Saïd lors de l'assemblée générale de l'UTG santé de jeudi (ASM)

Jeudi, l'UTG santé a organisé son assemblée générale au Centre hospitalier Andrée-Rosemon à Cayenne. Sa secrétaire générale, Patricia Saïd, revient sur deux gros dossiers : le projet de privatisation de services non-soignants et les élections professionnelles du 4 décembre.

 
Où en est-on du projet d'externalisation ?
Nous ne sommes pas à l'initiative de la privatisation des services. Tout ce que nous savons dans notre fonctionnement, c'est que nous sommes debout contre cette privatisation et que nous demandons au directeur de respecter le statut de la fonction publique hospitalière. Il a dit sur France Guyane du 11 septembre qu'il était un légaliste, et bien nous lui demandons de respecter la légalité, c'est-à-dire de présenter tous ces projets devant les instances de l'hôpital.
Actuellement, cela se passe de cette manière ?
Nous assistons à des programmations précipitées d'instances de fin d'année. Cela est déplorable car nous sommes dans une période où il y a beaucoup d'absences en raison des départs en congés, et nous avons du mal à réunir nos élus. Malheureusement, nous allons devoir nous exprimer sur ces projets avec un nombre moindre d'élus. Mais notre position est connue, nous l'avons suffisamment exprimée. Nous sommes sur des stratégies que je ne pourrai pas dévoiler immédiatement, mais ce que je peux dire d'une manière globale, c'est qu'il n'est pas question pour l'UTG d'accepter cette privatisation.
Quelle est l'état des discussions avec le directeur sur ce projet ?
Nous n'avons pas eu de discussion avec lui. On est finalement témoins de pratiques de ce directeur qui veut induire le personnel en erreur par rapport à nos communications, qui s'amuse à répondre à nos tracts et qui appelle cela "lettre ouverte". Il pense que le dialogue s'ouvre comme cela ! Suite à sa dernière lettre ouverte, nous lui avons demandé de nous recevoir, nous sommes sur des propositions de date mais nous ne sommes pas encore fixés.
Durant cette AG, vous avez lu une lettre adressée par Alain Tien Liong au directeur de l'hôpital. Il vous apporte clairement son soutient. Qu'en est-il des autres élus ?
Les parlementaires ont tous accepter de nous recevoir et de nous accompagner dans cette lutte. Aucun d'eux n'a émis d'objection. Madame Berthelot nous a même donné des informations concernant la loi Lurel sur le fait que l'hôpital n'a pas de commande de marché publique et que tous les ingrédients arrivent par container, des produits européens ou français qui ne rentrent pas dans la culture culinaire guyanaise. Pour elle, que l'on veuille faire des économies, d'accord, mais la qualité doit prévaloir. Monsieur Serville nous dit qu'il faut que nous soyons tous ensemble, politiques et travailleurs, sur cette affaire. Nous allons aussi bientôt rencontrer les deux sénateurs ensemble. Donc, pour nous, toutes les rencontres sont favorables.
Vous êtes tout de même d'accord sur le fait que des économies sont nécessaires…
Vous voulez une réponse claire ? Je crois que la Guyane n'est pas au stade de faire des économies sur ce domaine-là. La Guyane est un pays qui se construit. Nous n'avons pas de CHU ici. Nous sommes encore sur des gaspillages mais qui ne sont ni de l'ordre des effectifs ni d'ordre organisationnel. Il faut peut-être réfléchir aux créations de postes qu'on voit arriver juste pour embaucher celui-ci ou celui-là, comme la femme du préfet par exemple. Peut-être y a-t-il un mauvais stockage de certaines choses mais j'attends d'avoir plus d'information pour en parler. On a fait appel à beaucoup de cabinets d'expertises alors qu'on pouvait s'en passer car des expertises, on en avait eu en amont. On pense qu'on est plus dans la démagogie qu'autre chose. En tout état de cause, il faut soigner la population guyanaise. Il n'y a pas de robot qui existe pour soigner. Donc, on veut nous faire comprendre qu'on a un gros projet et on veut nous endormir avec cela, mais il faut être conscient que ces projets là ne pourront pas voir le jour s'il n'y a pas des humains pour les faire fonctionner.
En résumé, vous déplorez surtout un problème de gouvernance comme vous le faisiez déjà à l'époque de Pierre Pauchard (ancien directeur du Char). Le dialogue semblait pourtant plus facile avec Dominique Delpech (le directeur actuel) ?
Est-ce que le dialogue est plus facile ? Si on doit comparer avec monsieur Pauchard, je dirais "oui". Mais on part de loin ! Ce n'est pas parce que le dialogue est facile, qu'il est efficace. Là, on est face à quelqu'un qui dit qu'il veut dialoguer, mais qui nous dit, en contrepartie, "je fais ce que je veux". Donc, pour l'UTG, nous ne sommes plus dans un dialogue. On est encore dans de la démagogie. On peut parler de dialogue quand on est capables de s'entendre tous les deux et de partir vers une orientation dans l'intérêt général de tous. Monsieur Pauchard disait : "Je pratique le dialogue parce que je réunis les instances." Il avait obligation de réunir ces instances. Mais il n'avait aucune relation avec notre syndicat. Dès son arrivée, après le conflit de 2006, il a tout de suite mis des barrières. J'ai été traduit devant les tribunaux et il a sanctionné les dirigeants de l'UTG. Monsieur Delpech applique la loi, pour autant il propose des rencontres mais, si dans ces rencontres, il modifie nos orientations sur la rédaction qui lui permettent  de faire ce qu'il veut faire, alors nous ne sommes plus dans le dialogue.
Dans ce contexte, on imagine que les élections professionnelles de fin d'année seront un moment sensible. Lors de l'AG vous disiez, en plaisantant un peu, vouloir obtenir 100%.
Je sais que l'on n'aura pas 100%. Malheureusement, dans l'idéologie guyanaise, l'UTG ne peut pas faire 100%. Et je pèse mes mots quand je dis "malheureusement". Je veux parler de ce que je maîtrise. Dans la santé, aujourd'hui l'UTG n'a pas signé le pacte social (proposé par le directeur du Char aux syndicats, ndlr), les autres syndicats l'ont signé. Ce sera aux travailleurs de juger. Soit l'UTG les mène, soit les autres organisations les mènent. C'est comme  une élection politique, on aura ce qu'on aura choisi. Une fois qu'on a choisi, soit on est fort et on se gonfle, soit on pleure et  on assume sur les quatre années à venir.
Vous êtes en train de dire que l'UTG santé serait la seule opposition réelle au projet de monsieur Delpech ?
Je suis en train  de vous dire qu'il n'y a que l'UTG qui soit capable de se mettre debout aujourd'hui. Il n'y a que l'UTG qui soit capable de présenter un dossier dans les détails. Nous sommes une organisation organisée dans l'intérêt des travailleurs de la santé et dans l'intérêt de la politique de santé en Guyane. Tout ce qui est en train de se créer a d'abord été des revendications de l'UTG : l'école de médecine en Guyane, la mise en place de formations inexistantes en Guyane, la création de différents services au Char, les créations de postes, de directeur, de médecins, l'obtention d'un CHU en Guyane… Le seul regret que nous avons, c'est que l'action syndicale est reconnu à un niveau, mais qu'au moment des actions concrètes, on n'en parle plus. Mais les hommes et les femmes qui ont réfléchi à développer le schéma sanitaire en Guyane, c'était notre syndicat. Et nous pouvons le prouver par toutes nos archives.
Vous évoquez la création d'un CHU. Avec l'université de plein exercice, vous espérez cette création rapidement ou cela reste du domaine du rêve ?
Je rappelle simplement que, lors de la signature du protocole d'accord du 17 janvier 2001, le gouvernement en place nous avait demandé dix années de réflexion. Nous sommes en 2014 ! Malheureusement, on aura enfin un CHU quand on comprendra enfin que c'est l'union qui fait la force. Mais je garde espoir. Au cours de l'année 2013, on n'avait pas idée qu'on aurait une université de plein exercice. Je rappelle que nous avons été très présents dans cette mobilisation pour l'université. C'est bien parce qu'on savait que c'est comme cela qu'on aurait notre CHU. Je pense que la Guyane a tout le potentiel pour aider des pays voisins, comme la Martinique et la Guadeloupe, à développer leur potentiel au niveau de leur CHU. Ils  sont arrivés à un niveau où ils ne peuvent plus avancer. Nous, on a de quoi créer et former avec des spécialités qui existent ici et qu'on ne trouve pas ailleurs. Mais cela fait vingt ans qu'on le dit. Je garde espoir et j'espère qu'on verra le CHU avant que je parte à la retraite.

 
Hôpital de Cayenne : l'UTG refuse la sous-traitance
(Jeudi 11 septembre 2014)

L'UTG-santé dénonce un projet d'externalisation de plusieurs services techniques au centre hospitalier de Cayenne, dont la restauration. Le directeur évoque des raisons budgétaires et qualitatives.
En juin dernier, invité d'une émission de radio, le directeur du centre hospitalier Andrée-Rosemon de Cayenne, Dominique Delpech, évoque un projet d'externalisation des services logistiques de l'hôpital. Autrement dit, il envisage de sous-traiter une partie des activités non-soignantes.
Pour l'UTG-santé, l'annonce est prématurée, le projet en question n'ayant été présenté ni aux organisations syndicales, ni au conseil de surveillance de l'établissement. Mais le syndicat ne réagit pas tout de suite. « C'est lors d'une réunion le 21 août que le directeur nous a confirmé qu'il prévoyait d'externaliser » , raconte Patricia Saïd, secrétaire générale de l'UTG-santé. La cuisine, le magasin général, le standard et les archives sont concernés. Le syndicat se positionne aussitôt contre ce projet. Il craint notamment des suppressions d'emploi parmi les agents contractuels et une détérioration de la qualité du service.
Un effort demandé par l'état
Pour le directeur, en revanche, il faut confier ces tâches « à des professionnels dont c'est le coeur de métier » , afin d'améliorer la qualité. Cependant, un premier « test » a lieu depuis plusieurs années avec l'externalisation d'une partie de la blanchisserie. Et de l'avis du directeur comme du syndicat, les résultats seraient peu probants. Dominique Delpech promet cependant que des efforts vont être faits en ce sens.
Mais la raison d'être de ce projet tient aussi, selon le directeur, dans un programme plus ambitieux. « Nous sommes en train de solliciter l'aide de l'État dans le cadre d'un grand projet de développement, explique-t-il. L'État est d'accord pour apporter une aide financière mais demande à l'hôpital d'être plus performant dans sa gestion budgétaire et d'avoir des finances à l'équilibre. » C'est donc par cette externalisation que se traduisent les « efforts budgétaires » réclamés par l'État. Inacceptable pour l'UTG-santé. Le directeur, lui, promet, grâce à ce projet de développement, 140 lits supplémentaires sur les cinq prochaines années et 225 emplois créés, dont une grande partie serait des redéploiements de personnels issus des services externalisés.
  
FACE À FACE
Patricia Saïd secrétaire générale de l'UTG-santé : "La qualité va en pâtir"
Nous nous opposons clairement au projet d'externalisation, il en va de la qualité du service. Par exemple, alors que l'hôpital dispose d'une cuisine moderne, expérimentale, qui respecte la culture culinaire guyanaise, à la place, on risque de proposer des produits surgelés. La qualité va en pâtir. C'est ce qui s'est passé avec la blanchisserie qui est déjà sous-traitée. Ça coûte plus cher à l'hôpital et au final, il manque des draps et les blouses sont mal lavées.
Des emplois sont aussi en danger. Les services logistiques permettent de maintenir l'embauche des jeunes travailleurs guyanais dans la catégorie C. Le Guyanais qui ne sort qu'avec un CAP cuisine, c'est une opportunité pour lui. En cuisine, justement, il y a trente agents qui sont tous menacés de perdre leur emploi. Les contractuels vont voir leur contrat non renouvelé. Ils représentent 40% du personnel de ces services. Les autres vont devoir accepter d'autres postes.
Le directeur veut aussi nous faire signer ce qu'il appelle « un pacte social » , mais pour nous, c'est un plan d'austérité. Par exemple, il veut réduire le personnel paramédical en instaurant les douze heures travaillées dans les services de soins et médico-techniques. Nous ne le signerons pas.


Dominique Delpech directeur du centre hospitalier Andrée-Rosemon : "Nous voulons proposer le confort hôtelier"
On a travaillé sur le plan de la performance. Les services logistiques vont partir car ce n'est pas notre coeur de métier. Il y a des raisons d'ordre budgétaire mais aussi d'augmentation de la qualité du service rendu. Nous voulons proposer le confort hôtelier. C'est vrai que l'exemple de la blanchisserie n'est pas très réussi, Patricia Saïd a raison. Ce n'est pas parce qu'on externalise que la qualité est forcément au rendez-vous, on va travailler là-dessus, il faut que le fournisseur respecte le cahier des charges.
Concernant l'emploi, nous avons la volonté de réduire le nombre de contractuels. Il y en a actuellement 500 sur 2 200 agents. L'objectif est de pérenniser les emplois, c'est mieux pour les employés et mieux pour l'établissement. Certains contractuels pourront se reconvertir au sein de l'hôpital mais je ne nie pas qu'il y aura des suppressions d'emploi. Tout cela fait partie d'un pacte social que je veux signer avec les organisations les syndicales. Il portera sur le temps de travail, l'exercice du droit syndical, les amplitudes horaires, les conditions de travail et donc la résorption de l'emploi contractuel.
Tout cela va se faire dans les règles. Je suis un légaliste, le projet passera devant les instances concernées avant la fin du dernier trimestre. Mon rôle, en tant que directeur, est de donner un cap et c'est à ces instances de prendre les décisions.
 

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger
8s
×