« Ma crainte : que des lycéens se radicalisent »
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« Ma crainte : que des lycéens se radicalisent »

A.S.-M.
Bruno Niederkorn : « A nous, adultes, de prendre nos responsabilités »
Bruno Niederkorn : « A nous, adultes, de prendre nos responsabilités »

Connu pour son engagement syndical, Bruno Niederkorn est d'abord professeur de lettres et d'histoire-géographie au lycée de Balata. Élu au conseil d'administration de l'établissement depuis son ouverture en 2005, il organise, avec d'autres enseignants, une « grosse réunion » ce midi suite aux violences de ces derniers jours aux abords du lycée.

Comment réagissent les enseignants suite aux différents faits de violences aux abords du lycée ?
Il y a un décalage entre l'intérieur et l'extérieur. Dans le lycée, ça se passe bien. Le proviseur fait du bon boulot, il a apaisé la situation, il fait bosser les élèves. Mais c'est à l'extérieur que surviennent les problèmes et ça, tous les enseignants n'en ont pas forcément conscience. Mais certains, oui.
Comment expliquez-vous ce « décalage » entre ce qui se passe à l'intérieur et ce qui se passe à l'extérieur du lycée ?
On est dans une problématique inclusion/exclusion. Le problème de l'extérieur vient de jeunes qui sont exclus de la scolarité et de l'emploi. Certains deviennent violents et les jeunes qui sont inclus, maintenant, ont peur. Le problème, c'est que le proviseur nie la parole de ces élèves.
Justement, vous avez travaillé avec une classe de 2nde bac pro sur ce sujet. Comment cela s'est-il passé ?
C'est dans le cadre d'une séquence « construire l'info » . On a travaillé sur le fait divers en se basant sur les événements du vendredi 12 et du mardi 16 (deux agressions aux abords du lycée de Balata, ndlr). En équipe, les élèves sont allés recueillir des témoignages. Cela a permis de délier les langues, d'autant qu'une bonne moitié avait été témoin de l'agression de vendredi. Pendant près d'une heure, chacun a donné sa version.
Qu'en est-il ressorti ?
Deux sentiments se dégagent : le fatalisme chez les uns et l'envie de ne pas se laisser faire chez les autres. Ma grande crainte, c'est qu'une partie des élèves soit désespérée et quitte le lycée et que l'autre partie se radicalise. Si on continue comme ça, ça va mal se terminer. A nous, adultes, de prendre nos responsabilités. Il y a des gens dont la responsabilité c'est la sécurité. On ne peut pas rester dans un discours du genre : « On va faire du sport » . Non, ce n'est pas possible.
Concrètement quelles solutions proposez-vous ?
D'abord, la présence des adultes aux abords des établissements. Que ce soit la gendarmerie, la police nationale ou la police municipale, j'ai l'impression qu'il n'y a aucune coordination. Et puis, l'Education nationale n'embauche jamais de professionnels de l'éducation.
Moniteurs-éducateurs ou éducateurs spécialisés, leur boulot c'est de créer du lien. Les forces dissuasives, c'est une chose, mais le lien, c'est la base de tout dans la société. Ensuite, au lieu que les élèves attendent les bus à l'extérieur, on pourrait installer des bancs à l'intérieur du lycée. D'ailleurs, les élèves attendent les bus trop longtemps. Il faut une rotation plus rapide des bus. Enfin, nous allons demander au proviseur de porter plainte systématiquement en cas d'agression. Si des réponses ne sont pas apportées, vous pouvez être sûr qu'on va réagir en posant une journée de grève, un débrayage ou autre.
Le vol Cayenne-Orly d'Air France annulé aujourd'hui
Les pilotes d'Air France entament une nouvelle semaine de grève. Mauvaise nouvelle pour les passagers en partance pour l'Hexagone : le vol Cayenne-Orly de ce soir est simplement annulé. Les vols pour les Antilles sont en revanche maintenus, avec un vol pour Fort-de-France et un autre pour Pointe-à-Pitre en soirée. Débutée le 15 septembre, cette grève des pilotes est la plus longue depuis 1998.
Les mesures d'Évidence pas encore en place
Endiguer les Violences et les Incivilités en Développant les Échanges pour Normaliser le Climat Éducatif : voilà la signification de l'acronyme Évidence, nom donné à la convention signée le 3 juillet à Cayenne en présence de la ministre de l'Outre-mer, George Pau-Langevin. L'objectif est d'améliorer le climat scolaire. Forces de l'ordre, justice, Education nationale et collectivités s'y engagent à travailler de concert « en vue d'améliorer la sécurité dans et aux abords des établissements, et de mieux combattre la violence » . Des mesures concrètes y sont détaillées comme la nomination d'un réfèrent sécurité par établissement, des dispositifs de vidéosurveillance, l'accompagnement des victimes ou encore des aides à la parentalité. « Ce texte manifeste que la sécurité est une production commune, que l'Education nationale n'est pas seule à gérer le problème » , concluait tout sourire George Pau-Langevin. Cette convention a été signée au tout début des grandes vacances et, dans les faits, les choses ne semblent pas encore en place depuis la rentrée. Interviewé par France-Guyane il y a quelques jours, le procureur de la République admettait :
« Nous ne sommes qu'à deux semaines de la rentrée et les choses vont se mettre en place. »
« UN DEFAUT DE COORDINATION »
Si elles le sont comme prévu dans le texte, « des patrouilles embarquées ou pédestres, dissuasives et préventives » devraient se faire remarquer aux abords des établissements sensibles. Pour l'heure, les lycéens interrogés évoquent surtout « une voiture qui passe vite fait » . De même, des dispositifs de vidéo-protection devraient être installés, malgré l'avis de nombreux chefs d'établissement qui disent préférer une présence physique d'agents de sécurité.
La convention Evidence a été signée le 3 juillet au rectorat (photos d'archives)
La convention Evidence a été signée le 3 juillet au rectorat (photos d'archives)
Mais ce qui interpelle surtout à la lecture de la convention, c'est l'absence de sentiment d'urgence. Il est demandé à chaque proviseur d'effectuer « un diagnostic de sécurité » de son lycée, conjointement avec un correspondant sécurité, l'équipe mobile de sécurité du rectorat et les collectivités locales. Autant dire qu'il va falloir tomber d'accord et que cela ne se fera pas du jour au lendemain. Autre exemple : le document ne prévoit que « deux rencontres annuelles » entre les différents protagonistes, en novembre et en mars. « Nous souffrons d'un défaut de coordination » , reconnaissait pourtant le préfet au moment de la signature.
A.S.-M.
LE CONTEXTE - Une fin de semaine encore tendue
Deux nouvelles agressions ont eu lieu jeudi après-midi aux abords du lycée de Balata. Vers 14 heures, une lycéenne aurait été « violemment agressée » à la sortie de l'établissement. Selon certains lycéens, elle aurait été agressée au taser et jetée au sol. Deux heures plus tard, dans le même secteur, un élève se faisait racketter son téléphone portable. Le lendemain, à Rémire vers 15 heures, un enseignant du collège Auguste-Dédé et ses élèves ont été témoins de l'agression d'une lycéenne de Lama-Prévot. Elle aurait été « projetée à terre par deux individus en scooter » qui lui aurait volé son téléphone.

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